Actualité | Economie | Entreprise | Finance | Grand Public | Lire, Voir, Entendre

Rechercher :
  
Edition


Administration
Articles » Actualité
« Les pharmaciens sont en grande difficulté »

Auteur : Propos recueillis par Karim Dronet

La Nouvelle Tribune : Faisons tout d’abord le point sur la situation de votre profession. Quel est l’état de santé du pharmacien au Maroc ?


Oualid Amri : Il n’y a pas si longtemps que cela, le pharmacien au Maroc était considéré comme un cadre supérieur, un notable, comme quelqu’un de très riche. Puis, il est devenu un peu moins riche. Aujourd’hui, il y a un appauvrissement et une paupérisation de la profession pharmaceutique. Tout cela est dû notamment au nombre de créations de pharmacies. Ces nouvelles officines contribuent à réduire le chiffre d’affaires des autres pharmacies. Aujourd’hui, on recense plus de 10 000 pharmacies alors qu’il n’y en avait que 2000 en 1996 (NDLR : l’Organisation mondiale de la santé préconise une pharmacie pour 5 000 habitants. Au Maroc, il y a une pharmacie pour moins de 3 000 habitants).


Aujourd’hui, le constat est éloquent : les pharmaciens sont en grande difficulté. Et ce, non seulement en raison du nombre des pharmacies qui se sont installées, mais aussi en fonction du faible pouvoir d’achat des Marocains (NDLR : les dépenses pour l’achat de médicaments au Maroc sont de l’ordre de 300 dirhams par an et par habitant. En Algérie, le ratio est de 800 dirhams par an et par habitant et de 900 dirhams en Tunisie. En Europe, un Français dépense entre 400 et 500 euros par an). Des chiffres réels montrent ainsi que 25 à 30% des pharmaciens connaissent de graves difficultés financières : ils n’ont plus de chéquier, ils sont devant les tribunaux, ils n’arrivent plus à payer leurs grossistes…certains sont même soit en prison, soit en fuite. Aujourd’hui, le rapport parlementaire a été clair : il faut que les industriels pharmaceutiques fassent un effort sur leurs marges bénéficiaires.


 


Pourtant un pharmacien gagne de l’argent…


On dit aujourd’hui que le pharmacien gagne 30% sur le prix du médicament. Mais, il faut relativiser ces chiffres. A Casablanca, combien coûte le foncier  ? Combien coûte le pas-de-porte  ? Combien coûte l’investissement ? Nous avons des crédits à rembourser. Nous avons des employés, en moyenne deux ou trois pour chaque officine, à payer. Finalement, sur ces 30%, il ne nous reste que 10 à 12%. Aujourd’hui, le chiffre d’affaires global au niveau du Maroc est de l’ordre de 11 milliards de dirhams, ce qui représente une moyenne d’un million de dirhams de chiffre d’affaires par pharmacie. Or, certaines officines ne font que 300 ou 400 000 dirhams de chiffre d’affaires par an. Cela veut dire qu’ils ne gagnent pas plus de 4 000 dirhams par mois ! Aujourd’hui, on a une fausse idée sur le pharmacien car il n’est même pas un cadre moyen. Aujourd’hui, on refuse que l’on touche à notre marge.


 


Outre cette question de la marge qui revient au pharmacien sur le prix du médicament, vous soulevez aussi le problème de la TVA


Oui, tout à fait. Aujourd’hui, la TVA sur le prix du médicament est de 7%, mais on impose aux pharmacies qui font plus de 2 millions de dirhams de chiffre d’affaires à payer ces 7%. Cette mesure est discriminatoire. Certaines pharmacies qui n’atteignent pas ce palier de 2 millions de dirhams gagnent finalement plus d’argent car elles ne payent pas ces 7%. Nous ne sommes pas contre payer la TVA, mais je pense qu’il faut repenser cette taxe. Le citoyen malade est déjà pénalisé par la maladie. En France, par exemple, pays industrialisé, membre du G7, le taux du médicament n’est que de 2,1%. Au Maroc, on devrait faire un effort dans ce sens et repenser le taux de la TVA sur le médicament.


Et c’est vrai aussi que le prix du médicament au Maroc est particulièrement élevé.


 


Comment peut-on envisager une baisse des prix du médicament sans condamner une profession à la faillite ?


Aujourd’hui, le pharmacien est prêt à faire des efforts par rapport à sa marge pour des produits chers comme les médicaments utilisés en oncologie. C’est tout à fait inconcevable que ces produits soient si chers et que l’on demande une marge de 30%. On est d’accord pour négocier cette marge et de la revoir à la baisse. Mais, il faut aussi que la commercialisation de ces produits se fasse par l’intermédiaire des pharmacies et que les industries ne les revendent pas directement aux malades. C’est comme cela que nous allons pouvoir jouer notre rôle pleinement et c’est comme cela que nous allons faire participer le pharmacien dans son action quotidienne d’éducateur sanitaire. Il ne faut pas oublier que nous sommes le maillon le plus important de l’éducation sanitaire dans le pays car on reçoit chaque jour près d’un million de visiteurs dans toutes les officines du Maroc. Imaginez le rôle que le pharmacien peut jouer en tant que partenaire de l’Etat. Il ne faudrait plus voir uniquement le pharmacien comme une vache à traire.


 


Vous dénoncez aussi certaines pratiques qui constituent un manque à gagner pour votre profession


En effet, vous avez aujourd’hui des associations qui se permettent de vendre le médicament directement au malade. De quel droit des industries pharmaceutiques peuvent-elle nous faire directement de la concurrence en vendant le médicament directement aux malades ? Il y a des pédiatres qui vendent des vaccins pour les enfants, etc. Notre profession est aujourd’hui au bord de l’éclatement. Le pharmacien ne peut plus se permettre le moindre faux pas.


 


Et concernant le médicament générique ?


Bien sûr. En tant que pharmaciens, nous sommes parfaitement conscient qu’il existe des produits génériques, mais on peut encourager le médicament générique que s’il y a, à côté, une politique d’accompagnement au niveau de la marge car ces médicaments coûtent parfois 50% moins chers et cela aura encore des répercussions sur nos chiffres d’affaires. Dans d’autres pays, on augmente la marge du pharmacien lorsqu’il recommande ces produits de substitution. En plus, il ne faut en vouloir uniquement au pharmacien. Nous n’avons pas le droit de modifier l’ordonnance d’un médecin. Nous ne pouvons vendre au malade que ce qui est prescrit par le médecin. 



 

Hebdomadaire marocain paraissant le jeudi - Directeur de la publication: Fahd Yata 320 BD Zerktouni, angle rue Bouardel - Casablanca - Maroc
Tel : +212 (0) 22 42 46 70 (7 lignes groupées) | Fax : +212 (0) 22 20 00 31
eMail :  
courrier@lanouvelletribune.com | www.lanouvelletribune.com