La Nouvelle Tribune
lundi 6 septembre 2010

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Accueil du site > ACTUALITÉS > L’edito > Un maître de la « tchatche » à la tête du PPS…

Même si elle n’a pas été facilement acquise, l’élection de Nabil Benabdallah au poste de Secrétaire général du Parti du Progrès et du Socialisme, selon les canons les plus stricts de la transparence et de la démocratie, à l’issue du huitième congrès de ce parti politique, était attendue, voire souhaitée par la majeure partie de la classe dirigeante. Son challenger, Mohamed Saïd Saadi, quoiqu’apprécié par certains cercles de la société civile, (notamment les féministes), soutenu par une fraction non négligeable de la base et de l’appareil du PPS, (il a obtenu plus de 41% des suffrages des membres du nouveau Comité Central), n’avait pas le relationnel, l’aura, la prestance, la « tchatche » même du fringant Nabil, aux allures de jeune premier (enfin plus tout à fait), devenu depuis son passage au gouvernement, la coqueluche des milieux dirigeants, de la jet set et des grands capitaines d’industrie. Mais si la cote de popularité du successeur de Moulay Ismaïl Alaoui est élevée hors PPS, il ne faudrait pas pour autant minimiser le travail de fond, mené depuis des années par Nabil Benabdallah pour arriver, à l’aube de la cinquantaine, à ce poste.

Ould Al Hizb…

Beaucoup ignorent en effet, que le nouveau patron du Parti du Progrès et du Socialisme est un authentique « fils du Parti », un apparatchik éprouvé qui a fait toutes ses classes et gravi tous les échelons avant d’atteindre une place que deux hommes seulement ont occupée depuis la fondation de la mouture marocaine du Parti communiste, Ali Yata et Ismaïl Alaoui. Nabil Benabdallah, en effet, est adhérent au PPS depuis la fin des années 70, lorsque tout jeune étudiant en langues étrangères à Paris, il militait dans la section locale de ce parti, sous la protection d’aînés et de mentors comme Nadir Yata, Toufik El Hajoui, Mustapha Alaoui. Revenu au Maroc, au milieu des années 80, son dynamisme et sa capacité militante le font remarquer de la hiérarchie du parti qui le choisit pour remplacer à la tête de l’organisation de jeunesse du PPS, la « JMPS », le quadragénaire (à l’époque !) Ahmed Salem Latafi. Entre cette période et l’effondrement du Mur de Berlin (et des illusions de pas mal de gens par la même occasion….), le jeune Nabil multipliera les voyages dans les pays du « socialisme réel », perfectionnant sa formation et son discours militant, sa connaissance des rouages des organisations juvéniles du monde entier, mais aussi tissant de nombreux liens avec ses homologues des organisations de jeunesse marocaines (PI, UMT, USFP, etc). Considéré au début des années 90 comme l’un des membres les plus actifs du « clan des réformateurs », emmené par Nadir Yata, avec Said Ibrahimi, le regretté Mustapha Zaoui et d’autres, Nabil fait son entrée au Bureau Politique du PPS lors du congrès de juillet 1995, aux côtés de Nadir Yata, à la faveur d’un rajeunissement de la direction du Parti, opération très mal vécue à l’époque par un homme comme Simon Lévy, éjecté du BP et devenu depuis un critique virulent de ses anciens compagnons. On ne saurait donc considérer que Nabil Benabdallah est un entriste, un carriériste ou un opportuniste. Il est, en fait, malgré son âge, un authentique produit de la maison PPS, formé à l’école d’Ali Yata. Très bon communicateur, (bien avant d’arriver au gouvernement Jettou !), tacticien habile, Nabil Benabadallah a eu la chance et l’intelligence de se trouver au bon moment à la bonne place, notamment après la disparition d’Ali Yata et de Nadir Yata dont il était incontestablement proche. En prenant les rênes d’Al Bayane au tout début de l’alternance consensuelle, il devenait ainsi l’interlocuteur obligé des cercles décideurs qui, à leur tout, allaient découvrir le dynamisme et l’entregent d’un homme fidèle au Parti qui l’a fait.

Un parti de clients

Dans la bataille pour le secrétariat général, Saïd Saadi, intellectuel et économiste, mais introverti et trop discret, n’avait donc pas les mêmes armes de communication, ni les mêmes réseaux ou amitiés pour gagner les suffrages du Comité central, sachant que Nabil, depuis son retour de Rome (au moins), « travaillait au corps » les sections du parti pour s’assurer des soutiens nécessaires lors de la succession d’Ismaïl Alaoui qui aura été, jusqu’au bout, un homme d’honneur et de parole. Accédant à une charge qu’il convoite depuis longtemps, Nabil Benabdallah, qui ne compte pas que des amis au sein de la hiérarchie du Parti, n’aura sans doute pas la tâche facile. Le premier écueil sera de gérer un Comité Central devenu une véritable « auberge espagnole », avec près de 700 membres, constitué essentiellement d’élus locaux, municipaux, de parlementaires, de dirigeants régionaux qui tous, veulent appartenir à cette instance, essentiellement du fait de la présence du PPS au gouvernement ! Au successeur d’Ismail Alaoui donc de se colleter avec cette nouvelle réalité qui fait du PPS, un parti de clients, lui qui fut, des décennies durant, un parti de militants ! A Nabil Benabdallah également de préparer 2012, voire, comme l’explique un « compagnon » de la Koutla, la rentrée 2011 alors que le rapprochement de M. Benatik de l’USFP risque fort de sonner le glas du groupe parlementaire PPS et assimilés qui n’aura peut-être pas le nombre d’élus suffisants pour prétendre à cette position institutionnelle porteuse d’avantages multiples… Mais, plus que ces défis, il reviendra au nouveau Secrétaire général du Parti du Progrès et du Socialisme de constituer une équipe solide et performante pour réconcilier son parti avec « les masses populaires » ou, du moins, avec l’élite intellectuelle et civile qui a été, pendant des années, son terrain d’expansion naturelle. Une bataille qui nécessitera, sans doute, des outils plus efficaces que les « Bayane » d’aujourd’hui, un discours plus convaincant que la langue de bois pratiquée encore actuellement et des hommes plus motivés que les satrapes locaux en quête d’investitures !

Fahd Yata

jeudi 3 juin 2010

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