Auteur : M. Sidibé Publier le : May 5, 2008
Le Premier ministre, Abbass El Fassi, vient d'essuyer son premier échec depuis qu'il est à la tête du Gouvernement post-consensuel. Ainsi donc le troisième round du dialogue social, entamé avec les syndicats et le patronat, il y a plusieurs semaines, n'a pas produit les résultats escomptés. Les organisations syndicales, dans leur majorité, ont dit niet aux propositions du Gouvernement. Au terme d'âpres négociations, les deux parties ne se sont guère entendues notamment sur le volet de l'augmentation des salaires. Résultat : Abbass El Fassi et son équipe ont décidé d'appliquer unilatéralement et de façon souveraine, les mesures qu'ils avaient mises sur la table des discussions. Pour nombreux d'observateurs, le chef de Gouvernement a misé gros en envoyant aux calendes grecques les revendications de la classe laborieuse, dans une contexte où le pouvoir d'achat des citoyens est laminé par les hausses de tous genres.
Dialogue de sourds Contacté, à ce sujet, un des cadres de la Primature, souligne que tout aura été fait pour qu'il y ait un accord avec les syndicats. "Nous avons tout essayé, mais en vain car certaines centrales chipotent sur des éléments mineurs par rapport aux engagements du gouvernement", explique notre interlocuteur dans l'anonymat. Pour étayer ses propos, il donne des chiffres on ne peut plus faramineux. Jugez-en : le Gouvernement veut allouer près de 14 milliards de dirhams au dialogue social, 5 milliards de dirhams en augmentation des salaires et 9 milliards de dirhams sous forme de réductions d'impôt sur le revenu. Pour ce qui est de ce dernier volet, soutient notre cadre, il s'agit notamment de la baisse de l'impôt sur le revenu se fera de 42% à 40% en 2008, pour arriver à 38% en 2011. Mieux, dit-il, dès 2009, les salaires de 3200 DH seront exonérés, puis à terme ceux de 3500 DH tandis que 95% des retraités seront exonérés d'IR en 2011. Pour les syndicats, ces mesures ne sont pas suffisantes dans un contexte où la vie chère a atteint tous les pays. "Il serait plus intéressant de prévoir ces hausses qui n'épargneront pas le Maroc, en raison d'une conjoncture économique internationale la plus hostile", précise un responsable de l'UMT. Dans les propositions du Gouvernement, la Fonction Publique devrait connaître une amélioration. Ainsi une augmentation du revenu de 10,4% sur la période 2008/2011 avec une augmentation minimale nette de 300 DH/mois dans la fonction publique sans compter que cette période sera raccourcie à 2,5 ans, voire 1,5 an si le contexte le permet. Le Gouvernement promet également d'augmenter de 18% pour les échelles de 1 à 7 avec une première augmentation dès juillet 2008. Cette mesure cible une population de 340 000 personnes. Toujours, sur la même lancée, dès janvier 2009, plus aucun fonctionnaire ne sera en dessous du SMIG. Quant au secteur privé, il sera procédé à la revalorisation du SMIG à hauteur de 10% à l'horizon 2011 avec 2,5% à juillet 2008 et 2,5% par an entre 2009 et 2011. Tout comme les salariés du privé bénéficieront d'une hausse des salaires d'au moins 10% consécutive à la baisse de l'IR.
Des mesures jugées insuffisantes Enfin, les ouvriers agricoles connaîtront une intégration au régime des allocations familiales dès 2009 en plus de la Couverture sociale par le RAMED. Concernant les allocations familiales, elles seront revalorisées à hauteur de 150 DH à 200 DH/mois pour les 3 premiers enfants avec des pensions minimales principales de 500 DH/mois à 600 DH/mois. Si ces chiffres semblent améliorer le quotidien du salarié, du point de vue du gouvernement, ils ne répondent guère aux attentes des syndicats, lesquels les trouvent insuffisants. "La question n'est pas d'annoncer des augmentations avec des montants pour détourner l'attention de nos concitoyens. Car, en réalité ces augmentations sont dérisoires sur le terrain. Les factures d'eau, d'électricité, le transport, le loyer et les prix des denrées alimentaires montent de façon ostentatoire sans que nous ayons des possibilités pour y faire face" avance un autre responsable syndical. Pourtant, personne n'aurait prédit une telle tournure des événements puisque Abbass El Fassi n'a cessé, depuis le début du dialogue, de répéter "nous respecterons les engagements de notre pacte social tel que précisé dans la déclaration du gouvernement". Mais le troisième round des négociations vient de démontrer le contraire puisque sans avoir attendu l'accord des syndicats, le gouvernement a décidé d'arrêter le dialogue et ce à la veille du 1er mai. Un 1 er mai qui devait servir de test pour l'actuelle équipe gouvernementale. Si Abbass El Fassi a pris ses responsabilités politiques, il appartient au mouvement syndical de présenter son plan d'action en attendant le prochain rendez-vous, prévu pour le mois de septembre. Un constat d'échec qui fait dire au chef du Gouvernement cette déclaration lapidaire : "Aujourd'hui le dialogue continue et nous ne sommes pas en rupture. Notre offre est une offre concrète et réaliste qui vise à améliorer le revenu de chaque Marocain. C'est notre priorité absolue. Tandis que le porte parole martèle tout naturellement que dans un contexte fluctuant et imprévisible, "nous sommes engagés à poursuivre avec détermination les réformes structurelles du pays". Cette situation pourrait donc déboucher sur une prochaine grève générale.
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