La Nouvelle Tribune : Pourquoi un Pôle économique à la Fondation ?
M. Abdessalam El Ftouh : Je crois qu’il est important de rappeler qu’en 1997, il y a eu une restructuration de la Fondation Hassan II pour les MRE avec la création d’un certain nombre de pôles parmi lesquels celui de la promotion économique. Son objectif est d’accompagner les MRE dans leur action d’investissement au Maroc mais aussi dans leur promotion économique, d’une manière générale, ici ou ailleurs. Faut-il rappeler, à ce sujet, que l’une des missions de la Fondation est de préserver les relations entre les MRE et leur pays d’origine et d’aplanir leurs difficultés du fait de leur absence sur le territoire national. Parmi ces difficultés, il y a celles d’ordre économique, à travers le traitement de leur requête. Ce qui a amené la Fondation à créer une entité, à part, à côté des autres pôles se rapportant au caractère juridique, au statut personnel ou encore aux relations avec l’administration. Donc le pôle économique ne s’occupe que de tout ce qui est relatif à ce domaine, c’est-à-dire ce qui est à caractère économique, fiscal ou financier et qui puisse affecter, d’une manière ou d’une autre, dans le cadre de l’action des migrants marocains dans ses intérêts ou lui faciliter la réalisation de ses objectifs sur le territoire national. Qu’il s’agisse de l’investissement, de lotissement social ou de préservation de son patrimoine en recourant à ces différents aspects.
Quel est l’apport de votre Départ dans le domaine de l’investissement provenant des MRE ?
Soyons d’accord. Les MRE sont des investisseurs potentiels étrangers car tout ce qu’ils reçoivent, ils essaient de l’investir dans leur pays d’origine, ici au Maroc. Par rapport à d’autres nations, les Marocains restent très attachés à leur marocanité qui se renforce chaque jour un peu plus avec le temps, que ce soit la deuxième ou la troisième génération. Mais lorsqu’ils veulent réaliser ces investissements, en raison de leur absence sur le territoire national ou de leur méconnaissance de la réglementation en vigueur, ou encore des procédures administratives nationales au niveau des différents domaines, ils peuvent connaître des difficultés. À ce sujet, le Pôle économique est d’abord là pour les informer, les accompagner ensuite et traiter leurs difficultés en troisième lieu et puis leur apporter certains appuis auprès des instances concernées. En quelque sorte, la Fondation est l’interface entre les MRE et leur pays d’origine dans le domaine économique et de l’investissement.
Dans ce contexte, à quelle problématique répond le rendez-vous de Settat ?
Nous avons réalisé une étude sur les investissements des MRE, qui a donné lieu à l’établissement d’un document s’intitulant : «les Marocains de l’extérieur et le développement.» Il s’agit d’une étude qui a fait le point sur les investissements productifs des MRE. Cependant, dans cette étude, nous avons plus ou moins négligé l’investissement immobilier que l’on considère à mi-chemin entre consommation et investissement. Mais quand nous nous sommes intéressés à l’investissement productif des MRE, nous avons découvert que 80-90 % des investissements productifs sont réalisés dans les régions d’origine du migrant. Autrement dit, il y a un lien régional très fort et même déterminant du choix du site pour l’investisseur marocain de l’étranger. À partir de ce constat et au-delà, en quelque sorte, de l’avantage général accordé au MRE, il y a lieu de voir un peu plus clair au niveau de la région pour pouvoir lire ce qui l’attache et de choisir l’investissement productif conséquent pouvant lui permettre de participer au développement de la région. Et cet élément est primordial pour l’avenir.
Le rendez-vous de Settat est donc une sorte de prospection dans l’avenir ?
Certes, une prospection mais c’est aussi une interpellation des régionaux, qu’ils soient universitaires, politiques ou de l’administration locale. Une interpellation de tous ces acteurs au niveau de la région pour pouvoir, de telle sorte, donner des signaux forts quant aux choix, aux options, aux potentialités ainsi que les opportunités d’investissement dont bénéficient nos MRE. Car, livrés à eux-mêmes, ils choisissent ce qui est sûr. C’est-à-dire le bâtiment, l’immobilier. Ils sont donc incapables de voir les autres possibilités d’investissement. Il est question, dans ces conditions, au cours du Forum, de dégager des stratégies de développement à caractère local et régional et qui vont être médiatisées d’office auprès des MRE de manière que leur investissement et leurs épargnes soient mobilisés en faveur de la région. Ainsi il est prévu de terminer la rencontre par la signature d’un engagement, une convention entre les quatre parties, à savoir l’Université, la région économique, le CRI et la Fondation. Dans cette optique, nous allons élaborer l’offre territoriale pour permettre ainsi à nos MRE de mieux investir dans des secteurs différents au niveau régional.
Propos recueillis
par Mamady Sidibé
Un Forum pour valoriser la région
En collaboration avec l’Université Hassan 1er de Settat, la Fondation Hassan II pour les MRE organise le «1er Forum National sur la Migration et le Développement Local”. Cette rencontre, selon les organisateurs, s’inscrit dans le cadre de l’action menée en faveur de la promotion de l’investissement des Marocains Résidant à l’étranger. Elle vise à mobiliser les régions émettrices des flux migratoires en vue de mieux utiliser les transferts des migrants et les orienter vers des investissements productifs. Une telle démarche qui consistera à définir une stratégie de développement permettant une plus grande précision des choix économiques de la région, sera de nature à donner une meilleure visibilité à l’investisseur MRE et à faciliter les conditions de réalisation et de financement de ses projets. Le choix de la région Chaouia Ourdigha est dicté par l’importance des flux migratoires qu’elle alimente et celle des transferts financiers qu’elle reçoit en conséquence. Par ailleurs, la concentration de ce flux migratoire dans certaines régions d’Italie permet de créer un lien direct entre ces régions et la région Chaouia Ourdigha qui est à même de concrétiser des actions de coopération décentralisées. Le forum vise donc à favoriser toutes ces potentialités régionales. La participation active de l’Université répond à l’exigence d’intégrer cette dernière dans son milieu géographique pour accompagner son évolution économique et sociale. Cela, en tant que centre de recherche et d’anticipation et que capacité d’appréciation et d’évaluation des options de développement économique et social. L’éclairage scientifique, la méthodologie d’analyse, les compétences pluridisciplinaires qu’elle peut apporter confèrent à l’Université une position de premier ordre dans l’élaboration des choix de développement régional.
“Le 1er Forum National sur la Migration et le Développement Local” est adopté par le Programme Gold Maroc (Gouvernance locale et Développement) co-piloté par le PNUD et la Direction Générale des Collectivités Locales. Ce programme est en cours d’expérimentation dans cinq régions pilotes et sera étendu à d’autres régions.
Enfin, il convient de souligner que ce Forum s’intègre en toute pertinence dans le cadre de l’Initiative Nationale pour le Développement Humain. Le soutien aux régions et couches défavorisées se doit, en vue de pérenniser ses effets bénéfiques, d’être adossé à un programme de relance économique créateur d’emplois stables et générateurs de richesses. Le Forum vise justement ces objectifs. Il agit pour la mise en place, au niveau de La Région, des instruments favorisant sa croissance et son intégration dans l’espace économique national, voire même international. Il vise aussi à mobiliser les moyens financiers et technologiques des migrants, pour la réalisation de ces objectifs dans les meilleures conditions de sécurité et de rentabilité.