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Code de la Famille : Les Femmes en colloque

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“Femmes et société en transition ” est le thème du colloque organisé à Casablanca du 04 au 07 février, à l’initiative de la Ligue démocratique des Droits des Femmes (LDDF), du “ Centre Amazone ” et de “ Citoyennes d’ici et d’Ailleurs ” avec le soutien de l’Institut pour l’Égalité pour Femmes et Hommes, en Belgique. Ce colloque revêt un grand intérêt de par le thème choisi et la qualité des intervenants d’ici et d’ailleurs, qui ont ponctué cette rencontre, mais aussi de par son timing. Ce colloque organisé deux années après l’entrée en vigueur du nouveau Code de la famille, permet de voir les avancées, mais aussi les lacunes de cette réforme dans tous ses aspects. Dans ce sens, la variété des intervenants composés de juristes, économistes, académiciens, membres associatifs…, a permis d’avoir une vision globale de la situation de la femme marocaine après la réforme. Rappelons à cet effet, que ce colloque est un premier jalon dans un projet ambitieux, à savoir un projet de diplomatie préventive. Il s’agit de confronter, échanger les différentes expériences de femmes du Maroc, de la Turquie, et de l’Iran, des pays unis, certes, par une même idéologie religieuse, mais avec chacun sa propre vision de la démocratie, des droits humains et de l’égalité des sexes. Chacun des trois pays accueillera un séminaire de 5 jours qui permettra l’échange d’informations, de bonnes pratiques et de contacts fructueux entre les participants. Une conférence de clôture en Belgique, début 2007, permettra d’en tirer les conclusions et de mettre en place un suivi pour les actions du réseau.
Ce colloque, inaugure, en effet, les travaux pour la mise en place d’un projet à double visée. Intitulé “ Femmes et Société en Transition ”, il ambitionne la création d’un réseau de femmes issues de différents secteurs de ces trois sociétés, en vue d’échanger leurs expériences, en recensant les problèmes auxquels elles sont confrontées  mais aussi les acquis réalisés pour promouvoir la culture des droits de la femme. Le but final étant d’améliorer la condition des femmes dans ces pays, mais aussi celles issues de ces mêmes pays mais qui vivent une double culture en Belgique. Pour Mme Laurette Onkelinx, Vice premier-ministre,  ministre de la Justice et ministre des Cultes (connue pour son engagement dans le combat des droits humains et surtout l’égalité entre femmes et hommes, puisque c’est grâce à elle que la Belgique s’est dotée de l’Institut pour l’Égalité des femmes et des Hommes  en 2002), ce projet atteste de l’engagement permanent des femmes pour une promotion de la culture de l’égalité entre les femmes et les hommes. Il constitue une partie d’un projet de diplomatie préventive. Pour répondre d’urgence aux atteintes des droits des femmes. L’idée étant d’encourager la réflexion sur les moyens de combattre toutes les formes d’injustice, à travers la promotion des valeurs humaines, en diffusant les valeurs de la tolérance, de la solidarité, de l’égalité et de la citoyenneté. “Dans certains pays, des histoires de femmes qui vivent dans des conditions très difficiles nous interpellent, on se sent concerné par le même combat. D’où l’intérêt de ce projet. ” Et de poursuivre “Le Maroc est devenu un modèle dans le monde musulman, maintenant le défi pour la société marocaine réside dans l’exécution de cette réforme.”
En effet, ce colloque a pour but d’amener les femmes de ces pays, qui a chacun ses propres caractéristiques, à échanger leurs expériences, en tirer des leçons pour améliorer leur conditions et mesurer le chemin qui reste à parcourir.

L.O.

Mme Laurette Onkelinx, ministre belge de la Justice : La Moudouwana, «une révolution fabuleuse»

Pourquoi cet intérêt pour le Code de la famille et que pensez vous de cette réforme, avec tout ce qu’elle a pu apporter, mais aussi avec ses failles et ses lacunes ?
Mme Laurette Onkelinx: Nous avons une communauté marocaine qui compte près de 500000 personnes , dans un petit pays comme la Belgique. Donc, nous nous intéressons à ce qui se passe au Maroc avec énormément d’attention. Nous portons un regard très attentif sur ce qui peut influencer de près ou de loin la vie des populations émigrées, qui vivent sur le sol belge. Nous avons déjà eu beaucoup de colloques sur la réforme de la Moudawana en Belgique, pour comprendre, analyser et informer. Pourquoi? Parce qu’elle a des effets directs, en Belgique par le Droit international. Mais notre message à nous, c’est de dire que c’est une révolution culturelle. Cette réforme a ses imperfections (même le Code de la famille en Belgique a ses imperfections) peu importe, elle demeure une révolution culturelle.

Le nouveau code a-t-il véritablement permis au Maroc de progresser sur le plan des droits humains, de la famille, de la justice…?
C’est justement l’objet de ce colloque. L’idée étant de se pencher sur l’expérience du Maroc, la comparer à celle d’autres pays comme la Turquie et l’Iran, en vue de développer par la suite un projet de diplomatie préventive, en partant de connaissances et d’expériences de différentes sociétés en transition. Mais, on peut déjà avancer qu’au Maroc, on sent déjà un changement. Les femmes osent aujourd’hui s’adresser à la justice pour dénoncer les différentes injustice dont elles font l’objet. Et cela n’est qu’un début.
Ceci dit, je réitère que le nouveau code est une révolution fabuleuse. Il devra peu à peu prendre de l’ampleur avec des changements de mentalités, de culture, mais aussi avec la formation des magistrats et cette nouvelle culture de droit que le nouveau Code a amenée. C’est une révolution culturelle fabuleuse dans l’histoire du combat pour l’égalité hommes-femmes. Maintenant, il faut batailler pour une mise en application objective de ce code. Sa réussite dépend de l’accompagnement idéologique de cette réforme, car au delà la bataille juridique, une bataille culturelle et idéologique s’avère nécessaire.

Sur le plan de la pratique, les lois nationales et celles des pays d’accueil (volet du droit international privé) peuvent-elles, dans certains cas, être conflictuelles, sachant que les référentiels sont différents, voire antagonistes ?
Vous savez, nos magistrats s’informent. On voudrait faire en Belgique ce qui est en train de se faire en Espagne en vue d’un échange entre les magistrats espagnols et marocains autour du dispositif de la Moudawana. En Belgique, nous avons déjà organisé des colloques  universitaires destinés aux magistrats, l’autre étape consiste en la mise au point d’un programme d’échange entre les magistrats des deux pays. L’objectif étant que la réalité du droit marocain  puisse être une réalité en Belgique quand elle tend à s’appliquer.

S’il y a aujourd’hui, un message à passer à travers ce colloque, il serait de quelle nature ? 
Dans tous les pays au niveau international, chacun a sa tradition, sa culture qu’il faut respecter, en même temps, il y a des valeurs universelles reconnues par l’Organisation des Nations Unies. A ce titre, l’égalité des droits entre les hommes et les femmes est une valeur reconnue par l’ensemble des nations. A partir de là, quelles que soient les traditions et les cultures, il faut aller vers cette évolution, qui est fondamentale pour l’humanité et le genre humain. Nous avons besoin d’un dialogue des cultures et des civilisations, nous avons besoin de nous soutenir les uns les autres, je dirais les unes et les autres pour que cette évolution puisse se frayer des petits chemins partout dans le monde. L’exemple marocain prouve qu’on peut y arriver. Cela a demandé beaucoup d’énergie, beaucoup de travail; beaucoup d’hommes et de femmes dans les associations, beaucoup de responsables politiques ont milité pour cela. Sa Majesté Mohammed IV a eu un rôle fondamental dans ce changement et le Maroc a réussi justement ce pari. Ce qui veut dire que partout, on peut y arriver. Pour cela il faut continuer de batailler pour que les droits humains ne soient plus bafoués.

Propos recueillis par
Leila Ouazry



 

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