Faire de Fès un musée millénaire vivant. Tel est l’objectif de l’Administration et des opérateurs du Tourisme. Un objectif trop ambitieux? Peut-être pas. Vu l’ardeur et le dynamisme dont les professionnels, les élus locaux, mais surtout le gouvernement, qui semblent multiplier les actions pour se rattraper à la suite des critiques qui ont fusé sur le risque d’essoufflement de la vision 2010. Augmentation de la TPT, augmentation du budget de l’ONMT, soutien de l’Observatoire du Tourisme, mise en place de la stratégie nationale de l’Artisanat, le département de M. Adil Douiri a affiché un dynamisme particulier durant les dernières semaines, toutefois le lancement du PDR à Fès, semble un chapitre important dans le développement du secteur et l’évolution de la vision 2010. La subvention financière concédée par l’Etat dans le cadre du PDR à la région de Fès, atteste de l’importance qu’accorde le Gouvernement à ce programme, qui ambitionne une évolution exponentielle du secteur “à travers une meilleure coordination et une capitalisation des efforts.”, a déclaré le premier ministre M. Driss Jettou, qui a précisé que “Le gouvernement va veiller à la réussite de ce programme.”, qui marque, il est vrai un tournant majeur dans la stratégie 2010. Ce sont en effet, quelque 3 milliards de Dhs (près de 900 millions de Dhs seront investis par l’Etat contre 2 milliards de Dhs par la CDG) qui seront consentis pour le développement de la région de Fès-Boulemane. Il s’agit d’aménager des nouvelles zones d’hébergement touristiques et d’assurer une mise à niveau globale de la région, à travers un copilotage entre les professionnels privés et les institutionnels. “La stratégie visant à atteindre10 millions de touristes en 2010, est fondée sur une nouvelle approche qui unit les deux secteurs public et privé afin d’établir un partenariat efficace entre les professionnels du secteur et le gouvernement ”, a rappelé M. Adil Douiri. D’où l’intérêt du PDR qui vise l’intérêt de cette nouvelle approche qui est de clarifier la mission de chaque intervenant, assurer la coordination entre eux, et la cohérence des programmes ” ajoute-t-il. Dans ce sens, il convient de rappeler que le CRI a pour rôle de s’assurer de la bonne application des programmes fixés dans le cadre du contrat programme qui s’articule autour d’un plan d’action composé de six axes, à savoir le produit, la promotion, le transport aérien, la formation, l’environnement et l’organisation institutionnelle. “ L’objectif étant de faire de Fès une destination à part entière ”, rappelle-t-on au ministère. (Actuellement Fès est commercialisée comme une étape dans un circuit). L’amélioration de l’offre en termes de capacité et de variété d’hébergement, l’idée étant de toucher diverses cibles, mais aussi, en termes d’animation, elle figure à la tête des travaux. Le présent programme ambitionne de multiplier par trois, à l’horizon 2015, la durée moyenne du séjour (de 2,1% à 2.5%) ; le taux des nuitées (de 602 000 à 1 880 000) ; et le taux d’occupation (34% à 58%). Pour ce faire, la capacité des lits devra passer de 5 880 à 10400 lits.
Appui total du gouvernement
Dans cette optique, Le conseil régional de Fès-Boulemane et la CDG ont établi un partenariat qui a pour visée le soutien du développement économique de la région (à travers l’aménagement de projets urbanistiques, immobiliers, industriels et touristiques). Dans cette optique, la société Maroc Hôtels -Villages, créée par la CDG, au lendemain des premières assises en 2001, va entreprendre l’aménagement de deux zones touristiques Oued Fès (194 ha) et Ouislane (62 ha). Un investissement d’environ 850 millions de Dhs est consenti à la première zone et d’environ 600 millions de Dhs pour la deuxième. L’entreprise prend également en charge la revalorisation des demeures touristiques en particulier (Palais Mokri, Glaoui et Dar Ba Mohamed) “ C’est un budget de près de 2 milliards de Dhs qui sera investi par la CDG en termes d’aménagement et de construction dans la région de Fès-Boulemane ”, a rappelé M. Ali Ghannam, directeur général de Maroc Hôtels -Villages. “ En tant qu’institution de développement la CDG a pris sur elle d’accompagner les secteurs qui visent les pouvoirs publics, à savoir l’Industrie et le Tourisme et d’orienter ses actions de développement local en tant qu’investisseur institutionnel et opérateur dans une large gamme de métiers, vers des partenariats avec les collectivités locales. La manifestation d’aujourd’hui est une consécration de cette double orientation.” a déclaré M. Bakoury, directeur général de la CDG.
Partenariat public/privé
Pour sa part, M. Mohammed Saâd Hassar, wali, directeur général des collectivités locales, n’a pas hésité a signifier l’appui de l’Intérieur pour une telle approche. “ le Ministère de l’Intérieur est prêt à investir quand la condition de rentabilité est assurée.” C’est une dizaine de millions de dirhams que la DGCL va concéder pour la région de Fès-Boulemane, notamment l’ancienne médina et les petites communes rurales, dans le cadre du plan d’action du Tourisme rural lancée par le département de Adil Douiri, il y a plus de deux ans. Par ailleurs, le Gouvernement s’engage à encourager les investissements étrangers. Des terrains aménagés seront conventionnés avec l’Etat à des coûts abordables pour que Fès soit après Marrakech un grand City Break. “ Le PDR constitue un véritable accélérateur de la promotion et du développement de la région. ” a déclaré M. D. Faceh , directeur du CRT, (qui doit veiller à la réalisation et au suivi du PDR)
Le volet animation revêt une importance de taille dans le PDR, puisqu’en dehors du festival des Musiques Sacrées, et tout récemment “ Jazz in Riads ”, la ville baigne dans une sorte de marasme qui la mine alors qu’elle dispose de tous les atouts pour être érigée au premier rang des destinations culturelles du Maroc. D’où la création de la Fondation Esprit Fès car “ on ne peut pas sauver un corps sans âme ”, disait M. Faouzi Skalli, président de la jeune fondation. Une organisation qui espère prolonger l’esprit du Festival des musiques sacrées tout au long de l’année, à travers la création de structures d’animations culturelles permanentes telles les cafés thématiques. Les projets de la Fondation seront financés dès sa première année par le département de Tourisme. La promotion, n’est pas en reste. Un plan marketing moderne en rupture avec ce qui se faisant dans le passé a été élaboré par l’ONMT après une étude réalisée dans les marchés potentiels. Un budget de l’ordre de 413 millions de dirhams (178 consentis à la communication) a été dégagé pour asseoir la notoriété de Fès. “ D’ici 2008 ; Fès sera commercialisée dans quatre nouveaux marchés (France, Italie, Royaume Uni, Espagne) ” a déclaré M. Azzouzi, directeur de l’ONMT. Or qui dit augmentation du nombre de lits, dit forcément des sièges en plus. 534 000 nouveaux sièges sont prévus, pour rendre la ville accessible sur le plan aérien. Dans ce sens, l’ONMT a signé avec Atlas-Blue, une convention pour le lancement de la ligne Barcelone-Fès. D’autres accords sont en négociation avec d’autres TO, dont Globalia.
Enfin, il semble que tous les moyens sont déployés pour faire de Fès une City Break, reste à savoir si les réalisations seront à la hauteur des ambitions.
Leïla Ouazry