“Bonnes”, femmes de ménage ou aides ménagères, les appellations diffèrent mais le souci demeure le même, la quasi-totalité des foyers marocains ne peut pas se passer des services de ces personnes. Cela fait partie de notre culture, et n’est ni “ hram ” ni “ hchouma ”. Nos arrières grands-mères, avaient des personnes qui les assistaient dans les tâches ménagères, nos mères également; on se disait qu’avec les révolutions de la technologie et les services inestimables en termes de temps, les générations actuelles de femmes actives n’auraient plus besoin de “ bonnes ”. Ce n’est pas le cas. Le besoin persiste toujours. Il y a une demande et une offre, et c’est tant mieux, à chacun son domaine et il n’ y a pas de sot métier. Ce qu’il faut, c’est une régularisation du secteur. Comme cela se passe sous d’autres cieux.
Prestations variées …
Dans ce domaine, Il y a quelques temps, une entreprise privée a eu l’idée d’investir ce secteur. On s’était dit Bravo. Fini le calvaire des uns et des autres, tout le monde y trouvera son compte. Les employeurs pourront désormais s’adresser à une structure organisée et les employés verront leurs droits respectés. Que neni. Le premier contact téléphonique avec cette entreprise ou “ agence ” de recrutement, comme ses dirigeants se plaisent à l’appeler, laisse entendre un service correct. L’agence en question promet monts et merveilles. On se dit: cela bouge à tous les niveaux au Maroc, c’est la révolution dans les services domestiques! Dorénavant, plus de soucis, les foyers marocains auront affaire à des professionnelles, ce sont des personnes rodées aux tâches de ménage, compétentes, “qualifiées”... Le rendez-vous est pris pour le premier contact physique, cette fois-ci. Il est difficile de trouver les bureaux de ladite agence, aucune mention de “ Allô ma bonne ” ne figure sur l’adresse qui nous est confiée. C’est “ Sopremco ”, (société d’intérim et travail temporaire). Situés au premier étage d’une vieille construction sur le boulevard Emile Zola, les locaux de cette agence, très mal entretenus, voire sales, contrastent avec les prestations qu’elle est censée faire assurer.
Une jeune femme aimable, nous accueille. D’ailleurs, c’est le seul effectif que compte cette agence. Elle a pour mission d’accueillir les clients (employeurs potentiels) et les demandeurs d’emplois, et de les mettre en contact. Cette personne qui a un faible niveau d’instruction, comme le prouvera son élocution, s’évertue à nous expliquer les services déclinés par l’agence et leurs avantages. Les salaires varient selon que vous possédez une villa, un appartement, un duplex ou autre, ainsi que les compétences de la personne engagée ( cuisine ou pas, heures de travail…), mais il faut compter un minimum de 250 Dhs/ semaine. “ Ici, par notre entremise, personne ne travaille à moins de 250 Dhs/semaine. ”, explique la jeune femme. C’est la première curiosité qui nous saute aux yeux. Une agence spécialisée dans le travail intérim et temporaire devrait être en mesure de fournir des prestations de service en fonction de la demande de chacun, un service qui sera rémunéré par rapport au besoin exprimé. Pour une villa, il faut compter un minimum de 350 à 400 Dhs/semaine, et 250 à 300 Dhs pour un appartement, quelle que soit la quantité de travail. Cette quantité de travail et les services exigés dans une maison habitée par un célibataire, un couple ou une famille nombreuse, ne sont pas les mêmes. Bref, on passe à la phase suivante, car du sur mesure, ça n’existe pas, nous explique-t-on. “ Aucune fille n’acceptera de travailler à moins de 250 Dhs/semaine même si elle ne vient que deux heures par jour ou trois jours par semaine. Pour elles, peu ou beaucoup de travail c’est kif kif, ce qui compte c’est combien elles vont toucher. ” Amen.
Contrat à sens unique
L’agence met on contact l’employeur potentiel et une éventuelle employée sur un choix d’une, de deux ou trois personnes, jusqu’à ce qu’il tombe sur ce qu’il cherche. Ce n’est qu’une fois les deux parties d’accord que la réceptionniste, en charge de vous accueillir et de vous expliquer le fonctionnement de l’agence, vous annonce qu’il faut verser 400 Dhs comme frais de service. Il faut signaler avec indignation que dans ce “pactole”, une somme de 100 Dhs représente l’écot de la domestique à cette honorable institution, que vous réglez directement et qu’il vous appartient de lui retenir sur sa première paye, (soit 250 Dhs - 100 Dhs) . C’est franchement scandaleux ! Par la suite, vous signez un contrat où est il écrit noir sur blanc que cette somme n’est pas restituable. Ce qui semble logique. Ce qui ne l’est pas par contre c’est que vous ne pouvez pas garder de copie de ce contrat où il est clairement stipulé que l’agence n’est pas responsable en cas de vol. C’est tout simplement un défi ( ou une insulte ) lancé au Code des Obligations et des Contrats... On se demande donc, quel est l’intérêt de cette agence pour l’employeur potentiel et encore plus pour l’employée. L’agence “ s’engage” à lui fournir à l’employeur une remplaçante sans exiger paiement durant les trois premiers mois qui suivent le contrat ( non délivré!). Au delà, il devra payer de nouveau. Pour l’employée, l’agence “s’engage” à lui fournir du travail, point barre! Crédule, comme on l’est dans de pareilles situations, on croit que l’agence offre une véritable manne à l’employée, en allant même jusqu’à lui assurer une couverture sociale, qui lui permettrait de prétendre à une retraite. Une personne qui perçoit 350, 400 ou 450 dhs/ semaine, voire plus atteint pratiquement le SMIG, si ce n’est plus (si on ajoute le gîte et le couvert et souvent les vêtements). Nos surprises ne sont pas finies. Le manque de professionnalisme de cette agence nous laisse perplexes. Une fois le contrat signé, l’employeur convient avec l’employée d’aller la chercher à la station de bus pour la ramener à son domicile. L’agence appelle l’employeur pour l’informer que l’employée attend comme prévu à l’arrêt du bus. Après une longue attente, devant la station en question, l’employeur appelle l’agence et il lui est signifié que la personne s’excuse, qu’elle ne pourra pas se présenter au travail parce que sa belle-sœur va subir une intervention chirurgicale ! Excédé, il demande à cette agence de lui restituer son argent tant qu’ils n’ont encore rien entrepris.
Manque de professionnalisme
L’agence lui propose de lui trouver une remplaçante. Mais cette personne a aussi des engagements professionnels... Le fait de se rendre jusqu’au boulevard Emile Zola c’est beaucoup de temps, d’essence, sans parler des appels téléphoniques, bref c’est de l’argent perdu et comme il n’ y a pas trente six mille solutions, et que l’employeur “ arnaqué” a besoin d’une aide ménagère illico, il revient vers l’agence et demande à parler à un responsable puisque la “réceptionniste” lui dit qu’elle n’y est pour rien: “ Il faut voir avec les responsables, mais ils ne sont pas là ” Demandant à joindre les responsables par téléphone, “ l’employeur” s’entend répliquer que pour un portable, il faut aller dans une cabine téléphonique pour le joindre. Impatient et surtout en manquant de temps, “l’employeur” appelle ce responsable, à partir de son propre portable pour tomber sur... une boîte vocale! La seule solution qui lui restait, c’était de signer un nouveau contrat et d’engager la seule personne présente, sur l’heure, dans l’agence.
Cette femme de ménage a travaillé entre 11 h et 15 h et a perçu sa paie pour le service fourni en s’engageant à revenir lundi à 8h30. Mais, elle ne se représenta pas... En moins de 48 heures, le client de “ Allô ma bonne ” a eu une idée des plus désastreuses sur le service fourni par cette agence. Il l’appela de nouveau et on lui signifia leur “regret”, encore une fois il insista pour qu’on lui restitue ses 400 Dhs, mais en vain. “ Appelez les responsables... ”. Chose qu’il a faite. Au bout du fil, une voix féminine ne prit même la peine de demander des excuses pour le service désastreux et le manque de professionnalisme de cette “structure”. “ L’argent n’est pas restituable, vous saviez ce que vous signez. Et puis c’est des êtres humains “ Bachar ”, on essaie la première, la deuxième, la troisième, parfois on va même jusqu’à cinq personnes avant de trouver celle qui convient ” Convaincu que son acharnement lui ferait perdre du temps et de l’argent parce que c’est lui qui paie l’appel, il demande à la personne qui se dit responsable et qui refuse de donner son nom, de lui trouver une substitution de suite. Et sans la moindre gêne, la responsable lui dit qu’il n’y a aucune bonne qui se présente avant 9 heures, elles ne commencent à venir qu’à partir de 10h30/11h. Il faut attendre, on vous appellera dès que l’une d’elles se présentera. C’est vers 14 h que “ Allô ma bonne ” a fini par appeler. Mais le client a renoncé parce qu’il n’a pas que ça à faire. Cela ne sert à rien de passer par une agence qui ne vous apporte absolument rien de plus par rapport au Semsar du coin.
Des questions nous interpellent tout de même: Comment peut-on tolérer ce genre de pratique, quelle est la valeur juridique de ce contrat, le ministère de l’Emploi ne devrait-il pas intervenir dans ce genre de procédure ? On se moque de l’employeur et de l’employé. Ou est-ce que l’anarchie et le non respect de la loi sont devenus tellement courants qu’on peut tout se permettre dans notre pays ?
L.O.