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SOS Villages d’Enfants Maroc : Forger les outils de la citoyenneté

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“Tu reviendras me voir, dis, grand père ? ” Du haut de ses sept ans, Mounir adresse un sourire éclatant au vieil homme qui, après une journée passée en sa compagnie, s’apprête à reprendre le car qui l’attend pour regagner la ville. Le vieil homme l’embrasse et, en guise d’au revoir, lui glisse : “ toi aussi tu pourras venir chez moi quand tu voudras ”. Près de soixante cinq ans séparent Zoheir et Brahim. Pourtant, ce dimanche, au cœur du Village d’Enfants SOS de Dar Bouazza, il s’est passé quelque chose que ni Mounir ni Brahim ne sont prêts d’oublier : la rencontre émerveillée des personnes âgées de l’Orphelinat Islamique de Aïn Chock et des enfants du Village d’Enfants SOS.
“  Tout est venu, souligne El Mostafa Yaqouti, directeur du Village SOS, d’une idée émise par Béatrice Beloubad, directrice nationale de SOS Villages d’Enfants Maroc. Pourquoi ne pas organiser, en ce mois sacré de Ramadan, moment privilégié pour exprimer sa solidarité,  une journée de rencontre entre des personnes âgées venues d’un autre univers et nos enfants qui, pour beaucoup d’entre eux, n’ont jamais connu leurs grand parents ? J’ai été immédiatement séduit par cette initiative et nous avons mis sur pied cet événement avec cet établissement, dont le directeur nous a également fait part de son enthousiasme. Et le moment fut à la hauteur de nos espérances communes ”.
Le jour convenu, ce sont vingt pensionnaires de l’Orphelinat Islamique qui ont pris la route de Dar Bouazza pour s’en aller passer une journée avec ces enfants à qui la présence d’une famille a, dès les premiers moments de leur existence, fait cruellement défaut. Tout était prêt pour accueillir ces invités, à qui la vie n’a pas fait non plus de cadeau, avec tous les égards dus à leur grand âge. Bien sûr, mois de Ramadan oblige, le lait et les dattes traditionnels n‘étaient pas au rendez-vous, mais la chaleur était bien là. Par groupe de deux, les invités des enfants du Village d’Enfants SOS ont été reçus dans les maisons familiales par les mères SOS qui sont au centre du dispositif d’accueil à long terme mis en place par l’Association depuis maintenant vingt ans. “ Bien sûr, poursuit El Mostafa Yaqouti, il y eut bien quelques moments de réserve, de timidité bien compréhensibles, mais les mères comme les enfants ont eu tôt fait de rompre la glace. Longues promenades dans le jardin ou dans la campagne environnante en attendant l’heure du ftour ont permis de tisser des liens que chacun souhaite voir se renforcer encore ”.

Le modèle SOS

Une action parmi tant d’autre à mettre au crédit de SOS Villages d’Enfants Maroc qui ne ménage aucun effort pour accroître son ouverture sur l’extérieur. Bien sur, c’est à partir des trois villages que l’association a ouvert, selon les normes établies par SOS Kinderdorf International, à Aït Ourir, Imzouren et Dar Bouazza (un quatrième Village ouvrira très prochainement ses portes à El Jadida) qu’est appliqué ce qu’il est aujourd’hui convenu d’appeler le “ modèle SOS ”. “ C’est là, souligne Béatrice Beloubad, autour de cet élément essentiel qu’est la mère SOS, que nous avons bâti notre dispositif d’accueil familial à long terme. Le Village  d’Enfants SOS étant en quelque sorte la première pierre d’un édifice destiné à accompagner ces enfants démunis, abandonnés ou orphelins jusqu’à l’acquisition de leur autonomie et leur insertion réussie dans la vie professionnelle ”. Car bien sûr, si c’est avant tout d’amour dont les enfants ont besoin, de la chaleur d’un foyer, de petites sœurs et de petits frères, SOS Villages d’Enfants Maroc n’a rien d’un organisme a but purement caritatif dont la vocation se limiterait à panser des blessures. “ C’est sur le long terme que l’on réfléchit, affirme Béatrice Beloubad,  avec cette conviction que l’abandon d’enfants n’est pas une fatalité ”. Car la vie ne s’arrête pas à la porte des Villages d’Enfants SOS, et les enfants, qui ont grandi au sein d’un milieu privilégié, sous le regard attentif d’équipes pluridisciplinaires parfaitement formées, auront un jour à affronter un monde extérieur qui ne fait pas forcément de cadeau. “ Notre démarche consiste à élever ces enfants sans les couper du reste de la société. Les écoles que nous avons fondées autour de nos Villages sont très largement ouvertes aux autres enfants nécessiteux des communes où nous sommes implantés.

Les Villages et après…

Des écoles pas tout à fait comme les autres où l’on est très pointilleux sur la qualité de l’enseignement
dispensé. Une pédagogie différente qui marie l’éducation “ traditionnelle ” aux activités pratiques et qui donne à chacun toutes ses chances de développer ses potentialités. Plus tard c’est dans les foyers SOS qu’ils  trouveront toutes les conditions requises pour la poursuite harmonieuse de leurs études ou de leur formation professionnelle. Et les exemples de réussite ne manquent pas.  Rachid, qui a grandi au sein du Village d’Enfants SOS de Aït Ourir, dans la région de Marrakech, en témoigne avec une vivifiante force de conviction. Orphelin de père, il affirme haut et fort que  “ sans le soutien de l’Association ” à chacune des étapes de son apprentissage de la vie, jamais il ne serait parvenu “ à réaliser son rêve ” Son rêve, il est là, bien concret, au cœur de la campagne marrakchie où il gère, avec l’un de ses frères une entreprise d’élevage. Sa propre entreprise. Plus loin, à Immouzer Kandar, ce sont les jeunes filles pensionnaires du Centre social SOS qui rayonne dans toute la région, grâce à ses ateliers ouverts à des femmes de la région en quête d’une activité professionnelle, qui sont soutenues jusqu’ à leur baccalauréat, et bien au delà, jusqu’à leur insertion dans la vie professionnelle.  Plus loin encore, à proximité du Village de Dar Bouazza, ce sont des handicapés mentaux qui sont pris en charge au sein d’un Lieu de Vie aux portes grandes ouvertes sur l’extérieur qui leur offre toutes leurs chances d’épanouissement. Malgré la souffrance et la maladie, comme un formidable refus de la fatalité.
En quittant le Village SOS de Dar Bouazza, les personnes âgées de l’orphelinat islamique de Aïn Chock auront, sans peut-être le savoir, contribué à poser des jalons et des repères dans l’esprit de ces enfants pour qui les premiers pas dans la vie n’ont pas été faciles. C’est en tout cas l’idée sous jacente à cette initiative qui participe pleinement d’un effort de reconstruction, et s’inscrit dans un ensemble cohérents d’actions dont l’objectif ultime est de donner à ces enfants meurtris les moyens d’acquérir les outils de la citoyenneté. Une solidarité pleine et entière construite autour des valeurs d’entre-aide, de solidarité et d’effort personnel qui sont véhiculées par SOS Villages d’Enfants Maroc.



 

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