Depuis que le Ramadan a commencé, KM, père de quatre enfants, dont trois jeunes filles, ne pensait qu’à l’Aïd El Fitr. Il pensait surtout au moyen d’offrir de nouveaux habits à ses quatre bambins. La question l’a tellement hanté qu’il s’est adressé à un ami, commerçant du quartier, pour un prêt de 1500 dirhams afin de faire plaisir à ses enfants. Une somme bien dérisoire quand on sait que les espadrilles de bonne qualité et autres grandes marques de vêtements, affichées tout au long du boulevard Mohammed V, coûtent au minimum 450 dhs l’unité. De quoi donner le vertige aux petits fonctionnaires ainsi qu’aux autres employés de bureau qui bouclent difficilement leurs fins de mois. Comme c’est le cas de F D qui vient d’avoir son deuxième bébé. Pour lui, l’heure n’est pas encore aux achats de cadeaux pour la fête. «Ma femme et moi, nous avons décidé cette année de ne pas offrir une nouvelle robe à notre petite Siham. Avec la naissance de son jeune frère, nous sommes obligés de nous équiper correctement pour bien passer l’hiver d’autant plus que ma femme ne travaille pas. Il faudra donc faire nos achats en fonction de nos priorités», avance-t-il. Une décision que ne comprend guère la petite Siham. Pour KM, l’argent emprunté pour faire plaisir à ses quatre mômes ne suffit pas s’il veut acheter de nouveaux habits. Il a donc pris le soin de faire un tour au marché du dimanche et chez les étalagistes. Résultat : il a pu trouver ce qu’il faut pour habiller ses enfants pendant cette fête. Un autre père souligne avoir pris des vêtements à crédit chez le commerçant du coin. Dans cette boutique, d’ailleurs, on trouve tous les articles-cadeaux destinés aux enfants. Une affaire qui semble juteuse pour le gérant. «La crise de cette année est visible à tous les niveaux. D’habitude, les gens viennent acheter cash. Aujourd’hui, beaucoup de pères de famille ne viennent ici que pour acheter à crédit. Le seul avantage que je tire de ces transactions est que je fidélise mes clients et que je peux appliquer le plein tarif . C’est ainsi que je peux faire plus de bénéfice», dit-il. Cependant, à la question de savoir s’il ne se considère pas comme un usurier, activité bannie par l’islam, il répond sans détour : «Non, je ne suis qu’un commerçant qui paie ses impôts à l’État. J’ai aussi d’autres frais, notamment le transport. Les prix que je fixe reflètent sans exagération les dépenses engagées. Du côté des étalagistes et les espaces dédiés à la vente à la criée, la veille de la fête est l’occasion de liquider beaucoup d’articles. C’est ce qu’a compris le jeune Hicham de Douar Graâ à Rabat. Pour lui, les préparatifs commencent pendant le mois sacré. «Depuis quinze jours, je ne fais que stocker des habits d’enfants achetés chez des revendeurs. J’ai déjà rempli trois sacs, en fonction des zones de vente, car je vais de quartier en quartier.» Un déplacement qui fait le bonheur de certaines femmes âgées et d’autres femmes au foyer. Pour ce qui est des grandes surfaces, certaines proposent des soldes et connaissent également un déferlement de foule. Comme c’est le cas de ce super marché très côté à Rabat où un programme d’animation a été conçu uniquement pour ce mois sacré. Selon l’un des responsables d’un grand magasin, ce super marché a été réalisé en tant qu’espace familial où l’on peut trouver sur place des rayons pour enfants, de différentes aires de jeu sans oublier les cafés et autres espaces de distractions. Tout a été conçu pour accueillir les familles, quels que soient leurs besoins. Le tout dans la quiétude et la sérénité. Un argument soutenu par une mère de famille qui nous a confié n’avoir aucun problème lorsqu’elle y arrive avec son mari et ses enfants. Pour ce qui est de l’animation, la direction de cet espace a élaboré un programme riche et varié avec des horaires améliorés pour permettre à chacun de mieux profiter de son passage. Le choix y est assez varié puisqu’on y trouve toutes sortes de vêtements et de chaussures pour grands et petits. Quant aux prix, beaucoup de clients estiment que le déplacement en vaut la peine quand on les compare aux autres offres de la place. Mais il faut relever que la fête est difficilement vécue cette année par un grand nombre de familles, en raison du coût actuel de la vie. Un coût que beaucoup de personnes jugent très élevé par rapport au pouvoir d’achat.
M.S.