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Le travail des enfants, un scandale qui perdure

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Alors que la loi interdit l’emploi des mineurs de moins de 15 ans révolus et 18 ans quand il s’agit de travaux, au Maroc, le nombre des enfants âgés de 7 à 14 ans qui travaillent est estimé à 600 000. Ils sont exploités dans les domaines agricoles, les ateliers d’artisanat, les épiceries, les maisons …Les entreprises d’agriculture, forêts et pêches occupent près d’un enfant actif sur trois. En milieu rural cette proportion est la plus importante, intéressant près de 9 enfants sur 10. La part des garçons dans ces activités est légèrement plus élevée que celle des filles. L’industrie du Textile vient en seconde position et occupe près d’un enfant sur dix. Les proportions les plus élevées sont retrouvées chez les citadins..., le commerce et les réparations qui occupent 8,6% des enfants..., les services domestiques intéressent 6,6% des enfants et concernent exclusivement la petite fille. Selon une étude réalisée par l’UNICEF, IPEC et la banque mondiale, 85% des enfants qui travaillent dans le secteur agricole le font sans rémunération pour leur famille.  “ Les enfants travaillent pour de longues heures et disposent de peu de temps pour jouer ou faire d’autres activités. Il faut compter près de 43 heures/semaine en agriculture,  61 en auto mécanique, au moment où le travail domestique peut arriver à jusqu’à 67 heures. ”
Interpellés par ces chiffres, les responsables du projet “ Adros ” et l’ambassade de Grande Bretagne à Rabat ont réalisé une enquête auprès d’éventuels employeurs et de parents d’enfants à risque, en vue de cibler les employeurs et de jauger à quel point parents et employeurs sont conscients de la loi et des sanctions qu’ils encourent. Cette enquête a révélé un déficit important en termes d’information, dans le rang des populations interrogées. Les parents en milieu rural ignorent que l’école est obligatoire; presque la moitié des parents urbains et trois quarts des parents ruraux ne connaissent pas l’âge légal de scolarisation ; plus que la moitié des ruraux croient que c’est légal que des jeunes filles  travaillent et 32% des employeurs potentiels ne connaissent pas l’âge légal d’entrée à l’école. De plus l’enquête a révélé qu’une grande majorité des parents, qu’ils soient en milieu urbain ou rural, ignorent que le travail comporte des risques pour leurs enfants; alors qu’une évaluation des conditions de travail des enfants faite par le BIT et le gouvernement sur un échantillon de 3500 enfants atteste que plus de la moitié de ces enfants est exposée à des risques élevés ou très élevés et seulement 3% ne présentent aucun risque. Comment peut-il en être autrement quand on sait que des petites créatures  sont exposées à longueur de journée à tout type de danger. Dans tous les cas de figure, un enfant qui travaille est une opportunité perdue pour la société, pour sa famille et surtout pour lui-même. C’est un adulte mal outillé pour intégrer le marché de l’emploi par sa grande porte, c’est un adulte non alphabétisé, donc ignorant le B.a.b.a de ses droits, ses obligations, la vie en communauté, le civisme…, ce ne peut pas être autrement pour un enfant qui n’a reçu aucune éducation, qui a été privé de ses droits les plus élémentaires. Dans la majorité des cas, c’est un adulte perturbé, qu’on aura mis au banc de la société. Les répercussions négatives se reflètent non seulement au niveau du développement physique, psychique ou psycho-affectif mais aussi au niveau socio-économique. En raison de la non ou de la faible scolarisation, arrivé à l’âge adulte, le jeune actif ne pourra prétendre qu’à une activité sans qualification et il se perpétuera ainsi dans la pauvreté d’une génération à une autre.
Le cas des aides ménagères, un phénomène que la quasi-totalité des familles marocaines connaissent parfaitement bien, illustre bien ces préoccupations. Il s’agit souvent de personnes indignes de confiance, malhonnêtes, incompétentes…. Pourquoi ? Parce que ces femmes de ménage qu’elles sont devenues aujourd’hui, étaient à l’origine des petites bonnes. Que peut-on attendre d’une personne qu’on envoie  faire l’esclave en milieu urbain, alors qu’elle, n’est qu’une mioche, au moment où ses semblables sont sur des bancs d’école;  que ses parents, le “ semsar ”, ses employeurs  la  privent de son droit inaliénable à l’éducation, son itinéraire est, en général, tout tracé : esclavage - grossesse extra-conjugale - prostitution (pour financer l’IVG ou pour subvenir aux besoins de son “ rescapé ”) et retour à la case départ, quand elle aura plus de chair à vendre, mais cette fois elle y retourne avec tous les défauts ramassés pendant son parcours.
Si le Maroc a ratifié les conventions  internationales et a modifié les textes de lois relatives au  travail des enfants, tout en encourageant la scolarisation des enfants, les réalisations restent en deçà des espérances. Et pour cause, la loi n’est pas assez vulgarisée. Si les parents ignorent jusqu’à son existence, les employeurs font fi, encouragé par un manque de fermeté dans ce sens.
A ce titre, la rentrée scolaire aurait été une excellente opportunité pour sensibiliser les gens à cette problématique. Alors que ni gouvernement, ni société civile, ni médias, et encore moins l’Observatoire national des droits de l’enfant et autres n’ont pas jugé la question importante, pour s’y attarder. La rentrée socioéconomique a été marquée par une excellente dynamique visant la relance de l’emploi, mais encore faut-il outiller les gens pour qu’ils puissent prétendre à un travail décent. 

L. Ouazry



 

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