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Enseignement privé : Petite enfance et grand business

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Le secteur des crèches connaît une expansion accentuée depuis quelques années. Évolution de la société oblige. Majoritairement actives, les femmes marocaines, à défaut de pouvoir laisser leurs petits chérubins chez la mère ou la belle-mère, voient dans la crèche leur seul recours. “ Nous n’avons pas vraiment le choix, au lieu de laisser l’enfant avec la bonne, au risque d’être mal traité, d’apprendre de vilaines choses, on s’adresse aux établissements spécialisés, même si cela nous revient cher et même si on prive quelque part l’enfant de profiter pleinement de l’insouciance de la petite enfance. ”, explique cette jeune maman, qui vient de mettre sa fillette de 2 ans et demi à l’école. L’éducation des enfants a été, de tout temps, le souci majeur des parents qui, de ce fait, ne lésinent pas, chacun selon ses capacités financières, sur les moyens de leur donner la meilleure éducation possible. Si d’antan, le choix d’une bonne école ne se posait point, parce que limité entre les établissements de l’Éducation nationale et la mission française, actuellement, c’est à un véritable parcours du combattant que les parents sont livrés avant de tomber sur la bonne école, et encore! “ C’est une aventure, les responsables de n’importe quelle école vous diront toujours que leur établissement est le meilleur de la place. ” Aussi, c’est souvent le “bouche à oreilles” qui permet de trancher. Le fils de la sœur, de la cousine ou de la voisine va à cette école, il fait bonne impression malgré son jeune âge. ” Et c’est souvent ainsi que les écoles font leur réputation. Et c’est ainsi qu’on trouve des écoles plus cotées que d’autres. Mais est-ce suffisant ? Cela relève de l’aventure. Or non seulement c’est des sommes importantes qui épuisent les bourses des parents, mais c’est surtout de l’éducation et de l’avenir de  l’enfant qu’il s’agit.
Les tarifs et les outils pédagogiques varient d’une manière éloquente, on ne sait pas sur quel critère on doit se baser pour juger tel ou tel établissement. Les frais de scolarité se situent entre 100 et 3500 Dhs ! Une différence qui nous incite à nous poser des questions. Ces écoles sont-elles auditées, contrôlées, le personnel qu’elles emploient est-il compétent pour s’acquitter d’une tâche plutôt complexe et qui peut peser sur le développement intellectuel et l’éducation de l’enfant,  comment peut-on aujourd’hui prétendre qu’une école et meilleure qu’une autre, est-ce qu’on doit se fier au seul critère des prix ?   
“ Une bonne école, c’est un cadre, un encadrement et un contenu ”, explique Mme Sefrioui, universitaire-fondatrice de Carré Junior. Il convient de rappeler que les écoles privées réservées à la petite enfance ont un tronc commun, mais que chacune apporte un plus, ce qui permet de les distinguer et c’est là où les limites entre le commercial et l’éducatif se confondent.
“ Certes, il est difficile de reconnaître un commerçant d’un vrai pédagogue, mais les parents doivent se donner la peine de poser toutes les questions aux responsables de l’école, et ils  doivent également s’enquérir du niveau du personnel encadrant car c’est avec les éducateurs et les éducatrices que l’enfant passe la majorité du temps, c’est là qu’il est sensé acquérir ses bases; donc si la personne qui s’en occupe n’est pas à la hauteur de sa mission, cela va se répercuter sur l’éducation de l’enfant. ”, déclare-t-on à la direction de La Rimabelle. Or, il arrive que même quand l’éducateur est compétent, il peut manquer à son devoir de prodiguer un enseignement de qualité aux enfants, faute de motivation. D’aucuns optent pour des stagiaires qu’ils remplacent chaque année. Cela leur revient, certes moins cher, mais c’est l’éducation de l’enfant qui s’en ressent. Pour Mme Oudade,  “ le secteur de l’enseignement privé réservé à la petite enfance a beaucoup évolué, certes, d’aucuns privilégient le volet pécuniaire, mais n’empêche qu’il y a de bons établissements porteurs de programmes éducatifs probants. Il revient aux parents de savoir distinguer entre les professionnels, les pédagogues et ceux qui cherchent les gains faciles au détriment de la qualité. ”
“ Il ne faut pas se contenter de regarder les jolies bâtisses car c’est d’éducation qu’il s’agit. Aussi, les compétences sont-elles la première chose qui doit interpeller les parents ”, explique M Hérvé Arnone, directeur de l’école Arnone Demoy. Les éducateurs sont unanimes, l’enseignement privé a progressé, les statistiques attestent que le secteur reçoit 22% de la population scolaire de la ville, mais le coût s’est considérablement accru. Pour une école moyenne, il faut compter entre 800 dhs/mois pour la demi-journée et environ 1100 dhs /mois pour la journée entière, ces frais peuvent atteindre 3000 ou 4000 Dhs dans certains établissement.
Selon M. Arnone, un projet éducatif ne se limite pas à un investissement financier. “ Diriger une école exige une présence permanente dans l’établissement. L’éducation est un secteur complexe et, du coup, il nécessite tout un savoir-faire et une pédagogie. ”
Il serait peut-être plus judicieux que les établissements se spécialisent dans une branche bien déterminée de l’enseignement. Parfois, on trouve un établissement avec tous les niveaux (crèche, maternelle, primaire, collège et lycée) et ce sont souvent les mêmes enseignants qu’on rencontre dans ces différents niveaux. Le Ministère de l’Éducation Nationale devrait avoir son mot à dire à ce sujet. Les écoles privées devraient être auditées pour s’assurer de la qualité de l’enseignement qu’elles  prodiguent. Il devrait y  aussi un “guide” officiel de ces établissements, ( avec des étoiles, comme pour l’hôtellerie, en somme), fruit de ces contrôles pédagogiques réguliers où prédomine l’avis autorisé des spécialistes de l’État, afin d’éviter aux  parents ces “bouches à oreilles” qu’influencent souvent des sympathies, des copinages ou la publicité... Cela créerait aussi, au bénéfice indiscutable de l’élève, une concurrence entre ces écoles pour accéder au meilleur classement possible, et aiderait les parents  à choisir, en toute connaissance de cause, l’école où ils pourraient mettre leurs chérubins, au lieu de jouer constamment à “pile ou face”.
Le Ministère de l’éducation nationale pourrait réfléchir à la question, cela ne serait nullement une perte de temps.

L.O.



 

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