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Les maisons familiales rurales, au service des jeunes générations

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Dans un contexte de globalisation où la qualité est de rigueur, les producteurs marocains sont conscients que leurs produits doivent répondre aux normes des standards internationaux, autrement, ils ne pourront pas survivre face aux nouvelles exigences du marché. C’est dans ce cadre qu’est née la maison familiale rurale (MFR) de Machraâ Belksiri. Fruit d’un partenariat entre la région d’Aquitaine et Machraâ Belksiri (MBK), la MFR, situéé dans la commune de Nouirat, sur la route de Had Kourt dans la région du Gharb (Province de Sidi Kacem), est créée à l’initiative de plusieurs agriculteurs de la région, fédérés en association. L’objectif étant la formation des jeunes qui ont décroché leur scolarité. Il convient de rappeler que 50% de la population de cette région vit en milieu rural, partant, l’agriculture représente l’unique activité pour les habitants qui sont exploitants, propriétaires ou simples employés. Mais force est de constater que  les nouvelles générations, fils d’employés, ne semblent pas aussi passionnées que leurs aînés pour travailler dans l’agriculture. Ainsi, on constate un mouvement d’émigration assez soutenu. Si auparavant, ils allaient vers les villes, aujourd’hui, c’est franchir le cap des frontières en quête de l’Eldorado européens qui les obsède. D’où l’intérêt des maisons familiales rurales, qui offrent aux enfants qui ont abandonné  leur scolarité l’opportunité de suivre une formation axée sur les techniques de l’agriculture. En suivant cette formation, les jeunes élèves pourront accéder à un avenir meilleur que celui de leur parents, majoritairement non alphabétisés. Résultats, ces ouvriers sont mal  exploités, puisqu’ils sont en décalage avec l’évolution des techniques de développement. Selon Mme Zineb Khattab, présidente de la MFR, la raison d’être de cette maison est de former une nouvelle génération de techniciens agricoles, en phase avec l’évolution du marché et les exigences de la nouvelle économie.” Partie de ce principe, la MFR de MBK, a permis à une vingtaine d’élèves de poursuivre une formation sur une durée de trois années, sous le régime d’internat. Ils ont passé, dans le cadre de cette formation, plusieurs stages, tout comme ils ont pu échanger avec leurs homologues français de la MFR de Vanxains (Périgord)- dans le cadre d’un partenariat liant les deux structures- leurs expériences et leurs connaissances Ainsi la remise des diplômses de la première promotion aura lieu le 26 juillet prochain. Mieux outillés, les lauréats de la MFR de MBK pourront prétendre à une carrière évolutive, en faisant valoir leur droit en tant qu’employés de qualité, car outre la formation technique, les jeunes élèves bénéficient de cours d’éducation civique, de cours de langues, de cours d’informatique… Cependant, cette initiative, qui s’inscrit dans le même esprit de l’INDH,  risque d’être avortée, si elle ne bénéficie pas du soutien nécessaire. On n’est pas sans savoir que le monde rural est le plus touché par la pauvreté et une telle initiative peut avoir un impact appréciable si elle est menée à bon port. Partant, opérateurs publics et privés pourraient justement encourager ce genre d’action, tout comme le Ministère de l’agriculture, de l’emploi, le Secrétariat d’État chargé de l’alphabétisation et de la formation professionnelle devraient jouer un rôle pour donner à cette entreprise l’élan qu’elle mérite. Mme Khattab, ambitionne la construction d’une école en bonne et due forme, un projet ambitieux qui nécessiterait une enveloppe de 1 200 000 Dhs, -hors frais du terrain -mis à la disposition de l’association par la commune de MBK-.  

L.O.

Trois questions à Mme Zineb Khattab
présidente de la MFR de Bel Ksiri

Vous êtes propriétaire de plus de 250 ha dont vous assurez la gestion, Qu’est ce qui a alors motivé la création de la maison familiale rurale ?
Mme Zineb Khattab :
Deux raisons majeures ont motivé cette initiative. Les propriétaires terriens sont conscients du problème d’analphabétisme, qui sévit dans le rang des ouvriers. De plus, une fois ces derniers partis à la retraite, il faut assurer la relève. Souvent ce sont les enfants de ces mêmes ouvriers qui prennent la place de leurs parents. Or nous ne voulions pas être confrontés au même problème qu’avec leurs aînés. Aujourd’hui nous avons besoin d’une main-d’œuvre de qualité, d’où l’idée de former des employés dans le métier de l’agriculture, qui sachent écrire, parler, des gens qui mesurent l’évolution du secteur et les contraintes de la qualité. La mondialisation nous impose la traçabilité de nos produits, la certification des produits. Ce qui est impensable, c’est que nos collaborateurs ne sachent pas déchiffrer un mot. Pour accompagner les changements exigés par la nouvelle économie, nous sommes tenus de moderniser notre agriculture, autrement on ratera le coche, or cela passe impérativement par le développement des ressources humaines. Malheureusement, force est de constater que la population d’ici, est démunie sur tous les plans. A partir de là, est née l’idée de la MFR de Mechraa Bel Ksiri, fruit d’un partenariat avec la région d’Aquitaine. L’idée étant de former une génération d’employés consciencieux connaissant parfaitement leurs droits et leurs devoirs et à même d’assurer une prestation de qualité. 

Quel est le principe de fonctionnement des MFR ?
Nous récupérons les jeunes déscolarises, fils d’ouvriers agricoles et de petits exploitants, à qui nous offrons une scolarisation par alternance. Les enfants passent une semaine en classe où ils apprennent la théorie et trois semaines sur le terrain. Durant ce stage, ils sont encadrés soit par l’exploitant de la ferme ou un formateur de l’association et ils devront poser les questions qu’ils ont préparées pendant les cours de théorie. La première année consacrée au pré- apprentissage, où les élèves bénéficient de cours de français, d’arabe, de géographie  …, l’agriculture est très peu présente lors de cette première année. La 2ème année, l’apprentissage comprend des cours de pédologie, biologie, arboriculture, une initiation à l’informatique… Au cours de cette année les élèves apprendront les techniques de plantation, de conduite, de culture maraîchère et arboricole, l’entretien du matériel horticole, ’approvisionnement en intrants… Au terme de la troisième année, qui sert à approfondir les connaissances acquises auparavant, les élèves doivent présenter un projet de mémoire. Suite à quoi, les lauréats intègrent la vie active. Notre objectif n’est pas de former ces jeunes pour les lâcher dans la nature, mais de les accompagner dans le chemin qu’ils auront dans leur projet (création d’une coopérative, reprise de l’exploitation paternelle, salarié spécialisé.)

Quelles sont les difficultés que vous rencontrez pour faire tourner la MFR ?
Nous avons un manque faramineux en termes de fonds, alors que nos besoins ne sont pas énormes.  Hormis une aide de la Formation professionnelle, qui subventionne l’année d’apprentissage, le local fourni par le président de l’ASPAM (association des producteurs d’agrumes) et les équipements (chaises, bureaux, …)  fournis  par les autorités locales, nous ne disposons d’aucune aide. La MFR fonctionne surtout grâce au bénévolat, des dons de certains agriculteurs, or ceci n’est pas la solution. En France, l’État finance les MFR à raison de 1200 euros/ élèves/an et les parents paient 1000 euros/an pour la formation de leurs enfants. Ici, nous avions demandé aux parents une participation de 500 Dhs/an/ élève, mais ne n’avons jamais rien reçu. Nous avons besoin d’apports réguliers pour assurer la pérennité de notre action.
Il suffit de 100 000 à 120 000 Dhs/an (sans frais d’équipement) pour faire tourner deux classes, ce qui n’est pas énorme. Si chacun y met du sien on peut parvenir à changer la donne. Le secteur de l’agriculture est en train de s’essouffler et si on ne réagit pas, ce sera la mort assurée d’un secteur aussi vital pour notre économie. Aussi, nous lançons un appel à tous les acteurs concernés pour nous épauler dans notre initiative à étendre l’expérience de la MFR, en construisant une école MFR, où seront intégrés les filles également, car elles ont aussi droit à la formation et elles le méritent puisque sur un chantier elles en sont en général l’élément moteur. Pour cela, nous avons besoin de fonds importants.

Propos recueillis par
Leila Ouazry



 

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