Comme il fallait s’y attendre, l’enquête sur les personnes handicapées a permis d’établir une cartographie au sein de la population marocaine des habitants dépendants ou semi dépendants. Les résultats de l’enquête étaient, en outre, très attendus dans le schéma d’application de l’INDH. Dans cette optique, l’étude menée par le Secrétariat d’État chargé de la Famille, de l’Enfance et des Personnes Handicapées, avec l’assistance technique du consortium français CREDES / Handicap International, dans le cadre d’un financement de l’Union Européenne, a permis d’établir qu’à fin septembre 2004, le Maroc comptait 5,12% de personnes déclarant être en situation de handicap, soit l’équivalent de 1 530 000 personnes sur l’ensemble de la population. Cette révélation n’est pas non plus surprenante du côté des ONG, lesquelles ont toujours soutenu que la couverture administrative était insignifiante par rapport au nombre de personnes handicapées. Faut-il rappeler, à ce sujet que les personnes possédant une carte ne dépassaient pas 500. Ce qui faisait que toutes les politiques appliquées jusqu’à maintenant ne pouvaient produire le résultat escompté. D’ailleurs, c’est les raisons qui ont poussé l’actuelle Secrétaire d’État chargée de la Famille, de l’Enfance et des Personnes Handicapées, Mme Yasmina Baddou, à diligenter cette enquête. Ainsi, l’Enquête Nationale sur le Handicap a été réalisée sur un échantillon représentatif de la population, de plus de 54.000 personnes, construit à partir de la base de sondage des districts du Recensement Général de la Population et de l’Habitat 2004 (RGPH) élaboré par le Haut Commissariat au Plan. Son protocole méthodologique a été validé par le Comité de Coordination des Enquêtes Statistiques (COCOES). Tout comme un grand nombre de données ont pu être recueillies, dont la prévalence du handicap au Maroc, les principales caractéristiques sociodémographiques de la population des personnes en situation de handicap, leurs difficultés au quotidien, leurs attentes vis-à-vis de l’État et de la société… Pour le Département de tutelle, ces données ont été collectées sur la base des déclarations des personnes handicapées identifiées parmi la population interrogée. Selon Mme Baddou, l’ensemble des personnes en situation de handicap interrogées présente plus de 5.500 déficiences. Parmi elles, 45,6% en présentent une et 54,4% en présentent plusieurs. Les plus fréquentes sont les déficiences motrices (51,9%), puis les déficiences viscérales et métaboliques (31,8%), liées aux maladies cardiovasculaires, endocriniennes, respiratoires, immunitaires… Les déficiences visuelles (28,8%) et du langage (25,8%) arrivent en troisième et quatrième position, suivies des déficiences psychiques et mentales (23%), auditives (14,3%) et, plus loin derrière, esthétiques (4,7%). Mais l’autre aspect de l’étude est la façon dont les personnes handicapées vivent leur situation. Les rapporteurs soulignent, à cet effet, que les activités pour lesquelles les personnes en situation de handicap rencontrent le plus de problèmes sont celles de la vie quotidienne (hygiène, habillage, alimentation, activités au domicile – 40% des réponses, déplacements – 20%, communiquer – 14%). Dans le même cadre, celles consistant à assumer des responsabilités personnelles et familiales sont de 7%. Par contre, fait remarquer le rapport final, «avoir un emploi ou étudier, cela ne recueille que 5 et 2% des réponses.» Tandis que les principaux besoins exprimés concernent l’accès aux soins et aux aides financières pour résoudre les besoins essentiels (respectivement 31 et 30% des réponses). Pour ce qui est de l’accès à l’emploi, à l’éducation et la formation professionnelle, ils arrivent très loin derrière, soit respectivement 4, 2 et 1% des réponses. Il n’est donc pas étonnant que les enquêteurs affichent un certain satisfecit puisque ces données montrent que «la grande majorité des Marocains en situation de handicap sont dans des dynamiques de survie au quotidien, bien plus que dans la recherche d’autonomie et d’intégration.» Avec ces résultats, c’est une nouvelle feuille de route qui se met en place quant à l’encadrement des personnes handicapées avec un soutien constant et consistant.
M.S.
Des causes multiples
Selon l’enquête, les premières causes déclarées par les personnes interrogées en ce qui concerne leur situation de handicap sont les maladies acquises (38,4%), c’est-à-dire les maladies apparues après la naissance. Viennent ensuite les accidents (24,4%), avec en tête les accidents de la route, puis les accidents du travail, les complications liées à un traitement médical ou une opération et les violences sociales et familiales. Les problèmes qui apparaissent durant la grossesse ou lors de l’accouchement sont aussi fréquemment déclarés comme cause de handicap (22,8%), ainsi que les maladies dues au vieillissement (14,4%). L’analyse des causes de handicap en fonction de l’âge montre l’importance des problèmes congénitaux et obstétricaux. Elle révèle aussi que les enfants et les adolescents marocains sont surtout victimes de maladies d’origine parasitaire et infectieuse. Des angines mal traitées sont notamment à l’origine de rhumatismes articulaires aigu entraînant parfois de graves cardiopathies. Chez les jeunes adultes, les causes du handicap sont surtout d’origines accidentelles ou liées à des problèmes de santé mentale, comme la schizophrénie. Enfin, chez les personnes plus âgées, ce sont les maladies cardiovasculaires, favorisées par l’hypertension, le diabète et l’obésité qui sont en tête des causes de déficiences invalidantes.
Situation sociale
Sur les personnes recensées, seules 12% sont affiliées à la Caisse Nationale de Sécurité Sociale, à une assurance ou à une mutuelle. Parmi les personnes affiliées, seules 11% déclarent que leur(s) assurance(s) couvre(nt) la totalité de leurs frais. Seulement une personne touchée par le handicap sur 100 bénéficie donc d’une assurance couvrant à 100% les frais médicaux et paramédicaux liés à son handicap. Au moment de l’enquête, 32% des enfants en situation de handicap, entre 4 et 15 ans, étaient scolarisés, soit un taux de scolarisation pratiquement trois fois inférieur à celui des enfants non atteints par un handicap (de 6 à 11 ans, le taux de scolarisation des jeunes marocains est de 92,6%. De 12 à 14 ans, il est de 69,3% / Source : Ministère de l’Éducation). Pour les personnes en situation de handicap de plus de 15 ans, seulement 29% ont pu bénéficier d’une scolarité. La tendance est donc en voie d’amélioration, mais de façon très timide cependant. Seulement 10,1% des personnes en situation de handicap sont des actifs occupés. Dans les tranches d’âges de 15 à 60 ans, ce taux atteint 12,2%. Les actifs chômeurs représentent 13% de l’ensemble de la population des personnes en situation de handicap et 15,6% de la tranche d’âge 15 - 60 ans. L’ensemble des personnes inaptes au travail pour raisons médicales représentent 32,7% de l’ensemble de la population des personnes en situation de handicap et 39,6% des personnes ayant 15 ans ou plus. Les personnes en situation de handicap en âge d’être actives mais exclues du marché du travail s’élève à 55,2%. Comparé au taux de chômage de 11,9% (Maroc en chiffre 2003) de l’ensemble de la population marocaine en âge d’être active, il est clair que le handicap est un facteur extrêmement fort d’exclusion du marché du travail. Plus d’une personne sur deux en âge d’être active, en situation de handicap, en est exclue.