Une jeunesse sacrifiée! C’est le moins qu’on puisse dire, pour ces jeunes qui viennent semer des avoirs difficilement réunis dans les sables du désert, s’ils ne les noient pas dans les poches de passeurs véreux, ou de malfaiteurs croisés dans les bois de Gourougou (au Nord du Maroc). La trentaine bien sonnée, M. MBoup, jeune Sénégalais ne dut son salut qu’à la solidarité de commerçantes rencontrées dans un trois étoiles de la place. Revenu en catastrophe de Tanger, où des malfaiteurs l’ont menacé et agressé à l’arme blanche, dans une forêt avoisinante, il était hagard et déboussolé. N’eût été sa clairvoyance de laisser son billet de retour chez une recommandation, il se serait retrouvé en errance dans un pays étranger, où il n’a aucune attache.
Ce cas n’est pas rare. Très souvent, les rangs de négro-africains à Casablanca sont gonflés par ce type de clandestins, à qui on promet monts et merveilles, ou que des parents encouragent à émigrer pour améliorer le niveau de vie de famille comme le voisin qui envoie des SWIFT et mandats réguliers. L’absence de véritables institutions de soutien et solidarité, rend la condition de ces clandestins et sans papiers exécrable et très pénible.
De la gabegie en cascade
Le clandestin se mue en sans papiers, lorsque face à des problèmes de survie, il met sur le marché son billet de retour pour des miettes. Ceux qui n’arrivent pas à franchir les barbelés de Sebta et Mellilia ou à s’insérer, rachètent ces billets pour retourner au pays, d’autres caïds les utilisent également pour faire des aller-et-retour entre leurs capitales et Casablanca.
La déperdition de devises, qui s’accumule chaque fois qu’une telle opération d’émigration est entreprise, porte un sacré coup aux économies chancelantes des pays émetteurs. Il faut se rendre à l’évidence et savoir qu’un candidat de la filière aérienne, qui fait le déplacement, sort en moyenne 20.000 à 25.000 Dh (2.000 à 2.500 euros), hormis les 4.000 à 5.000 Dh pour payer le billet d’avion. Au bout du compte, lorsque leur périple se termine en fiasco, ils sont réduits à la mendicité au Maroc, ne trouvant pas de travail.
Ceux qui arrivent à regagner l’UE et qui n’ont pas encore reçu leurs papiers s’adonnent à des travaux aux antipodes de leurs qualifications. Si au moins ces candidats acceptaient d’effectuer un tant soit peu chez eux, les travaux qu’ils acceptent d’assurer en Europe, alors ils y aurait moins de départs. L’orgueil, le complexe de l’Eldorado européen, l’aspiration immédiate à un niveau de vie plus élevé, et par conséquent le manque de patience, les habitent et les poussent sur les côtes nord marocaines.
Maintenant que la coupe est pleine, l’heure de prendre de bonnes mesures, pas des mesurettes, a enfin sonné.
D. MB.