Inaugurée à Rabat le 16 mai, cette exposition née après le 11/09, qui a déjà été présentée dans plusieurs capitales européennes -Madrid, Bruxelles, Paris, Rome, Bucarest, Skopje, Podgorica et Belgrade- sort pour la première fois d’Europe. Après Rabat et Casa, la tournée se poursuivra à Téhéran, Moscou, Amman et Doha. Cette exposition apolitique, à vocation européenne au départ, rassemble plus d’une centaine de photographies sur le terrorisme international sélectionnées dans les plus grandes revues et journaux internationaux. Des photos des attentats de Casablanca font également partie de l’exposition et des clichés d’Irak, de Palestine et d’Israël rejoindront bientôt les autres.
Les photos exposées n’ont pas été choisies par hasard : chaque détail a été minutieusement étudié par les initiateurs de l’évènement. Partant du principe que tout acte de terrorisme est répréhensible et illégitime, même s’il repose sur une certaine idée de justice, aucun type de clichés n’a été marginalisé.
“ Choquer pour éduquer ”
La douleur est montrée dans toute sa cruauté. Les photos choquantes (les plus terribles sont protégées par une petite porte) ont été volontairement inclues dans le but éducatif de secouer les citoyens. Au jour le jour, des images sanglantes sont publiées par les médias avec le risque de provoquer la banalisation de la violence. Vues ensemble et de façon permanente, les photos de l’exposition agissent comme un véritable électrochoc émotionnel. Dans le cadre de sa conférence “ Terrorisme et Média ”, M. Julio Cabrera Moreno, journaliste et rédacteur en chef de Diplomaticnews, déclare que “ le meilleur hommage que l’on puisse rendre aux victimes d’actes terroristes, c’est d’agir pour éviter la répétition de l’horreur ”. L’objectif de l’actuelle manifestation est justement d’éveiller dans l’action la conscience du citoyen et de susciter une mobilisation sociale contre le terrorisme. Le rédacteur en chef espagnol insiste sur l’importance de l’éducation des enfants au respect de la vie, du pluralisme et de la démocratie. Et Mme Khamal, Présidente de l’Association des Victimes du 16 mai, de poser très dignement la question de savoir si “ le monde entier serait mal éduqué ”?
FDD
Trois questions à M. Julio Cabrera Moreno, président de «Diplomacy and Global Risk» et rédacteur en chef du magazine «Diplomatic News»
La Nouvelle Tribune : D’après vous, les médias remplissent-ils correctement leur rôle en matière de terrorisme ?
Tous les journalistes doivent participer au travail d’éducation évoqué ci-dessus. Pour ce faire, ils doivent impérativement se défaire de certains préjugés qui les empêchent de communiquer objectivement.
Inconsciemment, nombre de journalistes portent des jugements de valeur et ne s’adaptent pas au monde contemporain. Ils continuent à analyser le terrorisme actuel comme par le passé. A titre d’exemple, si un otage est tué en Irak, les journalistes n’utiliseront jamais le terme de “terroristes” mais celui d’insurgés ou de résistants. L’antiaméricanisme ou l’ “ antibushisme ” primaires sont d’autres préjugés qui nuisent à l’objectivité et biaisent les discours.
Sachant que les causes du terrorisme sont extrêmement complexes et toute vérité relative, l’essentiel n’est pas de trouver les causes mais d’agir, de combattre l’indifférence. Si on s’attarde trop sur les causes, on court le risque de justifier le terrorisme sans le vouloir.
Quelle est la distinction entre le terrorisme du passé et le terrorisme actuel ?
Quand je parle du terrorisme passé, je pense aux années 60. A cette époque, la population civile ou les enfants n’étaient jamais pris pour cibles, les actes étaient dirigés contre des tyrans. C’était vrai pour la révolution cubaine comme pour les attentats contre le général Pinochet. Je ne suis bien entendu pas partisan de ce type de violences, c’étaient également des crimes. Cependant, il est moralement inacceptable d’utiliser les actes terroristes passés pour justifier le présent. La pièce de théâtre “ Les Justes ” de Camus illustre parfaitement le passé et le romantisme des terroristes d’antan. Après discussion, ceux-ci renoncent à commettre un attentat parce que des enfants risqueraient d’y perdre la vie. Ces terroristes-là éprouvaient de la considération pour leurs semblables mais ces actions révolutionnaires humanistes n’existent plus. Le monde a beaucoup évolué et le terrorisme aussi. Aujourd’hui, tout est devenu possible, les enfants, les femmes ou les lieux saints ne sont plus des barrières. Le terrorisme est devenu aveugle et les attaques contre les plus faibles sont spécialement pernicieuses et condamnables. Les auteurs de tels actes ne manifestent plus aucun respect que ce soit pour les autres ou pour leur propre vie. C’est le culte de la mort, un retour à la barbarie !
Comment envisagez-vous l’évolution du terrorisme dans les décennies à venir ?
Les spécialistes disent que la situation peut évoluer et devenir extrêmement dangereuse. Il suffit par exemple de penser aux attaques bactériologiques ou à la pollution de l’eau d’une grande ville. Il est donc impératif de préparer les populations et les gouvernements. D’une part, il faut que les populations puissent se défendre, “ être armées ” intellectuellement et moralement pour ne pas céder à la panique. L’éducation tant sur les aspects éthiques du terrorisme que sur la solidarité à apporter aux victimes joue donc un rôle primordial. D’autre part, le terrorisme comporte une facette beaucoup plus profonde que l’éducation parce qu’il s’attaque au tissu même de la collectivité, à l’Etat. Il faut donc créer l’exemple, crier que nous n’avons pas peur comme l’ont fait, par exemple, les moscovites lors d’une manifestation suite à l’attentat de Beslam en Ossétie du nord. Certains gouvernements doivent impérativement cesser d’abriter et d’aider les terroristes.
Propos recueillis par
FDD