«Reconquista»
Depuis l’annonce officielle de sa tenue, les informations sur la préparation organisationnelle et thématique de ce congrès n’ont pas manqué, ainsi, d’ailleurs, que les pronostics sur le profil du prochain Premier secrétaire. Rares sont ceux, au demeurant, qui croient que M. Mohamed El Yazghi ne se succèdera pas à lui-même et les supputations des analystes portent plutôt sur le renouvellement du Bureau Politique, avec l’éventuelle sortie de certains " mammouths ", en place depuis plus de vingt-cinq ans…
Mais, au-delà des questions de personnes, c’est en termes d’alternative à la grave détérioration de l’image des partis progressistes dans l’opinion publique et de relance de la mobilisation militante pour reconquérir un électorat déçu que se présente cette réunion de l’instance suprême de l’Union Socialiste.
Avec un bilan du gouvernement d’alternance qui sera l’occasion sans doute de rendre hommage au prédécesseur d’El Yazghi, M. Abderrahmane El Youssoufi, mais également de l’expérience Jettou, la discussion de l’ouverture du parti aux jeunes et aux élites intellectuelles aujourd’hui peu motivés par l’adhésion à un parti politique, fut-il social démocrate, constituera également un moment fort où, espérons-le, le souci de franchise et d’autocritique l’emportera sur l’usage (si répandu chez nos politiques) de la langue de bois.
Cette septième édition sera donc celle de la relance, de la redynamisation, de la réaffirmation du rôle et de la place de l’USFP sur la scène politique nationale, à la précision près que ces assises devront immanquablement représenter un saut qualitatif et critique à la fois dans la perspective d’une " reconquista " qui devra s’engager au lendemain même de la clôture, le 12 juin.
Considéré pendant des décennies comme le leader et le moteur de la mouvance progressiste et patriotique au Maroc, le vivier d’une intelligentsia active et critique, le réceptacle et le défenseur des aspirations populaires, l’animateur d’une coalition des forces du mouvement national, la Koutla, l’USFP a incontestablement perdu de sa superbe, de sa capacité mobilisatrice, de sa puissance électorale et de sa représentativité populaire. Cette descente, qui s’est notamment traduite par de sévères déconvenues aux élections communales et municipales, une position amoindrie à l’issue des législatives, entraînant d’ailleurs la nomination d’un Premier ministre "technocrate", a longtemps été masquée par des querelles intestines, des guerres de succession, des tentatives d’OPA par des éléments gauchisants et, malheureusement, par l’étalage d’ambitions personnelles parfois dévorantes, comme l’illustra le triste épisode de la conquête avortée de la présidence du Conseil municipal de Casablanca…
L’USFP est donc, en quelque sorte, à la croisée des chemins, sachant que ce congrès, qui ne devrait pas être caractérisé par de longs débats sur les questions de leadership, pourrait représenter le début d’un sursaut qu’il faudra entretenir et prolonger jusqu’à l’échéance de 2007.
Les congressistes, et à travers eux les militants de la base, les organisations " courroies de transmission ", juvéniles ou syndicales, la presse du parti, les "figures " et les vedettes, tous auront donc à réfléchir et décider d’une relance de l’action en adoptant une plateforme aussi consensuelle que mobilisatrice, mais également en signifiant leur volonté d’ouverture, de rajeunissement et de réappropriation de l’idéal progressiste à l’occasion de ces assises nationales de Bouznika.
Car, comme on l’aura compris, c’est la capacité de l’Union Socialiste à préserver ses acquis historiques, mais également, à continuer de s’affirmer comme l’une des expressions privilégiées de la volonté " des masses populaires " qui est désormais en cause et qui pose, très visiblement problème.
Le grand et les petits...
L’USFP aura donc ce congrès pour décider d’une orientation claire, non seulement en termes de programme politique, mais également vis-à-vis de l’éternelle question des alliances et autres fusions alors que l’ancienne aile gauchiste du 23 mars,
" embourgeoisée " sous l’appellation de PSD, a officiellement exprimé son intention, par Aïssa Ouardighi interposé, d’opérer dans les prochains mois un processus de " fusion absorption " pour retrouver le bercail socialiste originel.
Une démarche, d’ailleurs, qui n’est pas sans poser le douloureux problème de la pérennité de certaines forces politiques encore présentes à gauche mais qui, objectivement, auront quelque mal à survivre au processus de laminage qui pourrait se produire en 2007. C’est, en tout cas, le sentiment de plusieurs observateurs qui s’interrogent, avec quelque inquiétude d’ailleurs, sur l’avenir de partis comme le PPS, héritier du Parti Communiste Marocain, et dont la position actuelle au niveau officiel et parlementaire paraît quelque peu surdimensionnée.
Les amis de Moulay Ismaïl Alaoui auront-ils le courage ou la volonté anticipatrice d’un Aïssa Ouardighi, précédé d’ailleurs dans son retour aux sources par un ancien condisciple au sein de 23 mars, Me Mrini ?
Quelle finalité pour une gauche éclatée, sans influence, coincée entre un mouvement islamiste dynamique et un Parti de l’Istiqlal ambitieux et manœuvrier, sinon celle de constituer un pôle unique et uni ?
Quelle option choisir dans la perspective d’élections législatives où la liberté de choix sera beaucoup plus grande et plus réelle qu’elle ne l’a jamais été par le passé ?
Le congrès de Bouznika apportera sans doute quelques réponses, mais il reviendra à tous ceux qui estiment que la Gauche n’est pas sans avenir dans notre pays de réfléchir à la délicate question de la constitution d’un grand parti socialiste dans notre pays, en laissant de côté les ambitions personnelles et les petits calculs.
Fahd Yata