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Habitat insalubre à Rabat : Au coeur de Douar Graâ

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Il suffit d’évoquer le nom de Douar Graâ à quelqu’un à Rabat pour qu’il vous regarde d’un air étrange. Un regard qui en dit long sur ce bidonville. Et ne vous hasardez pas, de jour comme de nuit, sur ce terrain, devenu le cauchemar des passants. Car ici, même les Groupes Urbains de Sécurité n’osent pas s’aventurer. De l’extérieur, tout semble pourtant paisible. Sur les toits, se dressent des antennes paraboliques et autres capteurs d’images de télé. On se croirait dans un monde où il fait bon vivre. Mais en réalité, il n’en est rien. En ce lieu, la misère et la pauvreté sont le lot quotidien des habitants. Dans les «ruelles», qui ressemblent à des labyrinthes, les eaux crasseuses ruissellent sans arrêt. «Non, ce n’est pas toujours comme ça», explique un occupant de l’une de ces habitations qui relèvent d’un autre âge. En fait, ce dimanche, il semblerait qu’un puits de retenue ait débordé, faute de vidange. Dans ce magma, des enfants aux pieds nus s’amusent comme si de rien n’était, et ce devant le regard indifférent de leurs parents. Pourtant, personne n’aurait pensé que Douar Graâ resterait en son état actuel depuis les élections de 2003. Seules des ONG passent de temps à autre pour assurer l’hygiène. Ces dernières ne manquent pas d’idées et interpellent les autres parties à faire leur devoir vis-à-vis des habitants de cette localité. De l’avis d’un militant associatif, «il faut interpeller les élites, la société civile et la presse pour tirer la sonnette d’alarme et dire à haute voix qu’il est grand temps de dépasser les discours confus, les calculs politiciens et les règlements de compte pour faire de Douar Graâ un espace décent. Nous n’avons pas besoin d’un autre terreau d’exclusion.» Dans cette optique, notre interlocuteur invite en premier lieu les partis politiques à proposer et mettre en œuvre des projets socio-économiques en vue de soulager la souffrance de cette population car la vie dans un bidonville ne rime plus avec ce Maroc qui bouge. Idem pour le monde économique qui doit également réfléchir à la manière dont on peut réaliser des projets pour développer cet ilot. Dans cette ambiance toute particulière en raison des conditions de vie difficiles des gens, toute les aversions sont pour les partis politiques, à une année et demie des législatives. «Pensez-vous que les gens qui vivent la même situation que nous et qui manquent de tout, ont  encore la force, voire la disposition d’esprit, de croire aux réformes annoncées par les partis politiques?”, se demande ce jeune homme de 22 ans. Un autre, du même âge, dit avoir retenu la leçon. “Sincèrement, je regrette le fait d’avoir voté lors des législatives de septembre 2003 mais il faut dire aussi que je l’ai fait par crainte de me voir refuser les pièces administratives pour non inscription sur les listes électorales!” avant d’ajouter qu’il n’a aucune envie de voter pour qui que ce soit lors des élections prochaines. Même constat chez cet épicier du coin. «Je ne voterai pas en 2007. Peut-être que je me trompe mais c’est ma propre conviction. Je n’ai plus confiance en personne, car les partis politiques n’ont rien fait pour améliorer les conditions de vie dans ce quartier“. Face à toutes ces réactions, c’est un fonctionnaire qui nous dira pourquoi il y a autant de rejet à l’égard des formations politiques. «En fait, dit-il, depuis que SM le Roi a remis les clés de la première tranche du projet al Kora à leurs bénéficiaires, l’atmosphère est devenue différente  ici. Selon un élu communal, il existe bel et bien un projet de reconstruction de ce quartier et qui n’a pas encore vu le jour. D’ailleurs, il semblerait que certains résidents détiendraient des titres d’occupation en attendant le recasement final. Naturellement, quand on prend le projet al Kora, il y a de quoi. En effet, cette 1ère tranche, dont les travaux ont démarré en septembre 2003, concerne 870 logements et 350 commerces pour un investissement de 190 MDH. Quant à la deuxième tranche, les travaux devront démarrer en juillet 2005. Elle concerne 850 logements et 170 commerces. Dans sa globalité, le projet regroupe 2200 logements et 665 commerces, avec un coût total pour le relogement de l’ordre  de 465 MDHS. Pour comprendre l’opération Al Kora, projet d’envergure, il faut dire qu’elle porte sur une superficie de 11 hectares et se situe dans la Commune Urbaine de Yacoub El Mansour, le bidonville de “Douar Al Kora” qui est considéré comme le plus grand et le plus dense de la capitale. Le projet consiste, dans son ensemble, en la réalisation “in situ” d’une opération de logements sociaux destinés au relogement de l’ensemble des populations de “Douar Al Kora ” ainsi qu’en la réalisation d’une opération de promotion susceptible d’être le point de départ de la future corniche de Rabat. Cependant, c’est l’édification de ce nouvel espace qui a donné l’espoir aux habitants de Douar Graâ ou du moins qui a calmé leur colère. Car pour beaucoup d’entre eux, le temps est venu de penser à ce lopin de terre tant attendu. Un vœu qui ne restera certainement pas pieux puisque la stratégie du gouvernement «ville sans bidonville» est bel et bien engrangée sous les hautes instructions de Sa Majesté le Roi. Mais d’ici là, les mal-logés de Douar Graâ continueront à côtoyer ces malfrats, ces repris de justice, ces délinquants invétérés avec leur lot de haschisch et d’agressions. Triste réalité pour une capitale qui aspire de la modernité et du bien-être.

M.S.



 

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