Marrakech est sans doute la ville la plus cosmopolite du Maroc. En plus de la forte ascension des arrivées des touristes que connaît la ville depuis quelques temps, nombreux sont les étrangers qui ont décidé d’y élire domicile. En dehors des gros investisseurs, on assiste à un phénomène nouveau. Celui des petits investisseurs qui ont décidé de placer leur épargne dans un riad ou une maison d’hôtes. Ce qui leur permet de vivre à Marrakech tout en fructifiant leur investissement. Marrakech affiche, en effet, une pénétration des centres anciens de la ville marocaine par les résidents européens. La réputation internationale de la médina de Marrakech a engendré une importante demande sur les riads que les résidents étrangers achètent pour les rénover et les transformer en maisons d’hôtes. Quelque 500 opérations ont été recensées à fin 2000 et la ville compte actuellement près de 2000 résidents étrangers. C’est une bonne chose pour certains, alors que d’aucuns estiment que si cette cadence continue, nous aurons ainsi vendu notre patrimoine culturel, notre identité et “nous serons des étrangers dans nos propres villes. Ce n’est pas parce que nous avons de l’argent qu’on peut tout acheter.” Mais les prix proposés par les nouveaux acquéreurs sont tellement alléchants que les propriétaires se séparent de leurs vieilles demeures sans hésitation. Le débat continue d’animer les soirées mondaines marakchies et en attendant, les étrangers continuent de se ruer sur les riads, certains que le retour sur l’investissement est assuré.
En tout cas, une chose est sûre, cet intérêt pour Marrakech fait que les prix du foncier ont flambé. Certains observateurs pensent que c’est provisoire. “ Comme toutes les destinations à la mode, Marrakech connaît un boom important, mais il faut s’attendre à une chute. Lorsque l’on prolonge la courbe des entrées sur une trentaine d’années l’irrégularité de ce flux ressort plus que sa croissance fulgurante ”, explique un responsable d’un TO. Néanmoins, il reconnaît que Marrakech est sans conteste la destination phare du Maroc. Marrakech occupe la première place dans le produit culturel avec 19 % de la capacité dans une conjoncture où le tourisme culturel est en train de percer. Alors que pendant longtemps, le balnéaire a pris le dessus sur la composante culturelle dans le tourisme marocain. Le Maroc reçoit désormais plus de 54% de ces touristes pour le produit culturel. Si d’autres villes du sud telles Ouarzazate-Errachidia-Erfoud s’affirment de plus en plus, Marrakech, dont le taux de fréquentation dépasse pour la première fois Agadir, est la destination la plus in du Maroc. La preuve est que tous les établissements hôteliers de la ville ont affiché complet pendant plus d’un mois. “ Et cela va encore durer pour un bon bout de temps encore, sachant que Mai est la haute saison à Marrakech. ”, explique un voyagiste français.
Avec un foisonnement de nouvelles enseignes de restauration et d’animation, la ville ocre attire de plus en plus de touristes nationaux et étrangers. Elle est en effet hyper animée, hyper branchée. Fini le temps où on reprochait au Tourisme marocain, le manque d’animation. Marrakech a sans conteste réussi le pari d’une animation variée. Fini le temps où on était attaché au folklore marocain ou de la danseuse du ventre. A Marrakech, il y en a pour tous les goûts. Cela va du bar à Tapas au rythme latino, aux restaurant huppés, en passant par les tables marocaines authentiques, les boîtes de nuits…, les fêtards et les couche-tard n’ont que l’embarras du choix. Pendant la journée, Marrakech offre également à ses visiteurs de nombreuses activités. Outre les monuments historiques, l’ancienne médina, les musées et galerie d’arts y connaissent à leur tour un engouement particulier. Les centres de remise en forme et SPA ne désemplissent pas au grand bonheur de ceux qui ont opté pour un séjour de détente et de ressourcement.
Arrière-plan
Toutefois, ce qui frappe à Marrakech c’est que la ville est scindée en deux zones : La ville ancienne “ la Médina ”, entourée de longs remparts, et la ville nouvelle, le “ Guéliz ”. Tout observateur lucide ne manquerait pas de relever que tout un monde sépare ces deux zones. D’un côté, c’est la richesse, c’est la modernité, la propreté, l’ordre et la sécurité, un pari, a priori, réussi par les acteurs sociaux ; alors que dès que l’on franchit les remparts de l’ancienne médina, la misère nous rattrape. Rien à voir avec la richesse ostentatoire de l’autre côté. C’est le spectacle d’une ville anarchique, hideuse et sale qui s’offre à nous. Jamaâ Lafna compte autant de mendiants que de pick-pockets. Les habitants cantonnés dans cette ville affichent une pauvreté consternante. “ Nous sommes ravis que la ville connaissent un regain d’intérêt des touristes nationaux et étrangers, mais cela ne change absolument rien à notre quotidien. Nous n’en profitons guère, mes trois enfants sont toujours en chômage. Notre unique source de vie c’est le peu que je gagne en faisant ces tatouages au henné. ”, lance, non sans amertume, cette mère de famille. C’est vrai le contraste entre cette longue file de jeunes ados bien huppés qui se dresse devant MacDo, et le jeune garçon, d’ à peine douze ans, qui fait déjà la manche “ juste pour acheter un morceau de pain ”, est hallucinant.
Autre phénomène qui vous frappe dans cette ville qui grouille de monde de jour comme de nuit, c’est celui des filles de joie. C’est une véritable industrie, cette prostitution qui sévit dans la ville. On trouve partout ces filles, même dans les coins les plus selects de Marrakech. Jeunes, jolies, habillées modestement ou ultra tendance, ces commerçantes de chair ne cachent pas leur jeu. Elles assument une profession qui n’a pas vraiment l’air de les gêner. Et ce n’est pas la demande qui manque. Entre un Européen, un Marocain, ou un ressortissant des pays du Golfe, tous les clients sont les bienvenus à condition d’avoir la bourse bien fournie. Le phénomène a pris tellement d’ampleur qu’on a l’impression que c’est l’unique métier dans cette ville. Certes, malgré les problème de pauvreté et de misère, il y a certainement d’autres petits métiers à exercer pour gagner sa vie! Ce qui est surprenant c’est que contrairement à ce qu’on peut penser, ces filles n’ont pas du tout l’air d’être , soumises, malmenées ou lésées; au contraire, elles ont l’air plutôt bien à l’aise dans ce qu’elles font. En attendant de tomber sur le bon pigeon, elles s’éclatent à fond la caisse. C’est vrai qu’on est dans un pays démocratique et ouvert, mais de là à tolérer cette dégradation des mœurs, cela risque de nous nuire. C’est l’image de “pays de prostitution” qui va finir par nous coller dessus si l’on n’entreprend rien. Certes, c’est un problème très délicat, mais il faut savoir dire non à tous les dépassements, il faut lutter contre toutes sortes d’excentrisme de quelque nature qu’il soit. C’est bien de lutter contre l’intégrisme parce qu’il nous pompe la vie et parce qu’il nuit à l’image du Maroc à l’échelle internationale, mais on devrait peut-être en faire autant pour lutter contre cette effervescence d’adeptes de mauvaises moeurs.
L.Ouazry