Actualité | Economie | Entreprise | Finance | Grand Public | Lire, Voir, Entendre

Rechercher :
  
Edition


Administration
Articles » Grand public
La misère détruit la Santé

Auteur :

Grève des pharmaciens, grève des médecins, mauvaise qualité des soins, précarité du matériel,  absence de médicaments, mauvaise gestion  dans les hôpitaux, prescriptions répétitives, mauvais traitement des patients …, sont autant d’indices qui indiquent que le système de santé au Maroc est défectueux à tous les niveaux. Un constat fort consternant, qui devrait nous interpeller pour une remise à niveau, une restructuration du système dans sa globalité.  Selon les professionnels du secteur, cette situation émane d’un certain nombre de facteurs intimement liés et qui font qu’aujourd’hui sans une vision globale on ne peut pas prétendre à une remise à niveau du système de Santé. En attendant la mise en route de l’AMO, le facteur socio-économique demeure le premier frein au développement du secteur. Les médecins du secteur public se plaignent de leurs conditions de travail, les patients eux se plaignent des mauvaises prestations de ces derniers, les pharmaciens, de leur côté, sont insatisfaits parce que la moyenne de consommation des médicaments est assez faible (200 Dhs /habitant/an), de leur côté les médecins du secteur privé, trouvent que les pharmaciens leur font de la concurrence déloyale. “ Nombreux sont les jeunes praticiens qui ont mis la clefs sous le paillasson, parce qu’ils n’ont pas pu honorer leur crédit ”, lance M.H, généraliste à Hay Mohammadi.

Revoir tout le système

Selon M. Youness Benayach, pharmacien d’officine à Casablanca, “ avec une couverture médicale limitée (15% de la population), les citoyens ont du mal à accéder aux soins. Ils vont donc chercher le moyen le moins coûteux pour se faire soigner. Aussi un patient ne verra le médecin que lorsqu’il est gravement malade et encore, il tentera auparavant toutes les méthodes artisanales. ” Donc, il n’est pas surprenant de voir le patient s’adresser au pharmacien, cela lui permettra d’économiser les frais de la consultation. “Nous jouons un rôle de conseiller, on ne peut pas se permettre de réfuser un conseil à un patient qui en a besoin, cela pourrait être non assistance à personne en danger. Ceci dit, il ne faut pas s’imaginer  que les pharmaciens, à l’exception de quelques grosses officines, font des chiffres d’affaires faramineux. La majeure partie connaît des difficultés financières. ” C’est dire que dans ce système personne ne semble satisfait. Cette guerre entre les pharmaciens et les médecins vient non seulement du pouvoir d’achat mais aussi de la législation (Certains médicaments- avec un filet rouge ou vert- ne doivent pas être délivrés sans ordonnance médicale). “ On ne comprend pas comment l’État qui encourage la planification familiale, met sur le marché des moyens contraceptifs (KinatLahlal) au prix de 8 Dhs, tout  en le classant sur la liste des médicaments délivrés sur ordonnance. Est-ce à dire que la bonne femme doit casquer 200 Dhs pour acheter un médicament à 8 Dhs, ou est-ce à dire que le pharmacien quand il délivre ce produit passe outre la loi”, explique-t-on dans le rang des pharmaciens.  “ Idem pour un patient qui aurait besoin de la Ventoline, un pharmacien  qui respecterait la loi ne devrait  pas lui en fournir, quitte à le voir périr. ” Il s’agit d’une contradiction, qui fait qu’aujourd’hui, les officinaux travaillent pratiquement en dehors des lois en vigueur. “ Aujourd’hui, il faut revoir toute la législation du médicament en fonction de ce contexte socio-économique ”, estiment les officinaux.  Ce qui explique la grosse tension qui entoure le projet du nouveau Code de la pharmacie estimé en totale rupture avec la nature de la profession et avec les intérêts du patient. Or, on se demande réellement, si dans tout ces rouages, il arrive qu’on se soucie pour les intérêts, voire la santé de ce dernier.
Le système étant tellement défectueux que ces derniers temps on assiste à un phénomène des plus bizarres et des plus inquiétants. Il est question des prescriptions répétitives. Tous les patients qui transitent par certains services des urgences dans la nuit sortent avec la même prescription quel que soit le mal dont ils se plaignent. Tout simplement parce que le délégué représentant tel ou tel laboratoire (on ne citera ni le nom du médicament, ni celui du laboratoire en question car notre volonté est d’attirer l’attention des autorités pour une meilleure pharmacovigilance  et non de tirer sur les ambulances) se met d’accord, moyennant contrepartie, bien sûr, avec le médecin de garde et c’est parti pour une bonne dose des mêmes prescriptions.

Grave dérive

Les officinaux de garde reconnaissent, certes, que  le phénomène existe, qu’ils ont eu affaire à ce genre de prescription, mais n’ont malheureusement pas estimé  nécessaire de dénoncer ce phénomène. On se demande sincèrement si dans cette histoire ce n’est pas l’intérêt pécuniaire qui prime. Du moment que le pharmacien va encaisser le prix des médicaments figurant sur la prescription, il ne se soucie pas de savoir pourquoi le même médicament revient tout au long de la nuit. “Il est vrai qu’il y a des dérives. Certains délégués et médecins devraient être rappelés à l’ordre, mais ils ne faut pas non plus amplifier les choses. C’est du cas par cas, il ne s’agit pas de mafia de médicaments. Cela se passe généralement au niveau des hôpitaux publics, dans les petits patelins ou les quartiers périphériques. Cela nous ramène encore une fois au problème socio-économique. On revient au problème de la misère. ”, explique Dr. Y.Benayach. Et de poursuivre “Au Maroc, il y a  cette relation entre le volet financier et le patient. Alors qu’en France, on n’accorde aucune attention à ce que vous avez en poche, on vous demande votre numéro de sécurité sociale. Ceci dit, le département de la Santé doit faire preuve de plus de vigilance pour que l’éthique soit respectée.”. Alors vivement la mise en route de l’AMO.  “ Passer de 15% à 30% en termes de couverture médicale est bien mais pas suffisant. Pour qu’un système de santé soit performant, il ne doit aucunement avoir d’amalgame entre l’argent et la santé. ”
Enfin, il convient de préciser que le citoyen devrait avoir son mot à dire, car c’est de sa santé qu’il s’agit. Il devrait être en mesure de dénoncer ce genre de pratiques, de reconnaître ses droits, d’exiger de meilleures prestations. Or, il faut admettre qu’une grande partie de la population est inculte concernant les questions de Santé. Un effort remarquable est fourni par le ministère depuis plus d’une année en termes de vulgarisation et de sensibilisation sur le Sida. Il faut poser les débats car il y a une véritable éducation sanitaire à faire à travers les médias, notamment audiovisuels, l’Education nationale (les écoles) en vue de rehausser l’image des acteurs de santé. Les officines sont inexploitées. Elles reçoivent entre 80 et 120 visites par jour et dans ce sens peuvent, en partenariat avec le ministère, développer des programmes de sensibilisation ou d’éducation sanitaire dont l’impact sera indéniable, puisqu’il s’agit d’un espace où l’on peut bénéficier gratuitement du conseil et de l’assistance de spécialistes. 

Leila Ouazry



 

Hebdomadaire marocain paraissant le jeudi - Directeur de la publication: Fahd Yata 320 BD Zerktouni, angle rue Bouardel - Casablanca - Maroc
Tel : +212 (0) 22 42 46 70 (7 lignes groupées) | Fax : +212 (0) 22 20 00 31
eMail :  
courrier@lanouvelletribune.com | www.lanouvelletribune.com