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Entretien avec Mme Rajaâ Lemseffer , Directrice de Carré Junior : “ L’enseignement de qualité est en sous effectif”

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Vous avez créé Carré Junior en 2004, pourquoi avoir choisi ce secteur ?
La demande est de plus en plus importante, mais le nombre d’établissements qui offrent un service de qualité est en sous effectif. Les parents cherchent des écoles qui dispensent un enseignement de qualité pour leur enfant, or il n’est pas toujours aisé d’en trouver, malgré le nombre d’écoles qui ouvrent chaque année. Moi-même, étant pédagogue puisque je suis enseignante-universitaire depuis près de 25 ans, je voulais un projet éducatif qui réponde à cette demande, puisque les parents sont très  exigeants quand il s’agit de l’éducation de leurs enfants. Ils veulent un enseignement de qualité tant par la richesse des programmes que par l’innovation. D’où une approche pédagogique centrée sur l’apprentissage actif, qui puise ses principes dans le programme High Scope.

A Carré Junior, vous avez opté pour le programme High Scope, adopté dans une grande partie des établissements au Canada et aux USA, en quoi consiste cette méthode pédagogique?
Il s’agit d’un programme pédagogique préscolaire qui a fait ses preuves à travers le monde. Il repose sur cinq principes de base. En premier l’unicité de l’enfant car chaque enfant est unique est de ce fait il faut respecter son rythme de développement. Un enfant, il faut le stimuler sans le bousculer. En second, le développement de l’enfant doit être global et intégré. Il y a différentes facettes de développement de l’enfant. Donc, l’éducatrice doit être capable de considérer les différentes dimensions du développement de l’enfant, en vue d’un développement harmonieux. Troisièmement, l’enfant est acteur de son propre développement. Il doit prendre en charge ses expériences, en manipulant des objets, en identifiant des situations… l’objectif étant de développer son autonomie et son estime de soi, dans un cadre qui favorise l’échange avec son environnement matériel et humain. Le jeu est également important dans le programme High Scope. Il constitue un moyen privilégié d’interaction et d’évolution pour l’enfant. Il lui permet d’acquérir des connaissances tout en développant ses capacités à raisonner. Il apprend à évoluer avec plaisir. Le jeu étant une expérience agréable pour tout enfant. En dernier lieu, la collaboration  parentale. Il faut qu’il y ait une symbiose entre l’école et les parents pour que l’enfant ne perde pas ses repères. L’échange quotidien avec les parents permet à l’éducatrice de mieux comprendre ce que vit l’enfant en dehors de l’école.

Concrètement comment cela se passe-t-il ?
Ce type d’apprentissage qui vise un développement global (linguistique, affectif, social, moteur, intellectuel…) de l’enfant et de ce fait intègre toutes les dimensions de sa personne, doit être soutenu par un environnement physique organisé, un emploi du temps spécifique et un style d’intervention démocratique chez l’éducatrice. L’environnement physique a une incidence directe sur le comportement de l’enfant qui a besoin d’espace pour explorer, créer, bouger, s’isoler…Tout comme un horaire stable sécurise l’enfant en lui donnant le sentiment de contrôle sur son environnement. Les activités doivent donc être programmées de façon à permettre à l’éducatrice et à l’enfant d’agir tout à tour comme décideurs.

Outre le programme High Scope, quels sont les plus de Carré Junior ?
Les spécialistes savent que tout se passe avant l’âge de six ans. Le préscolaire est une étape importante dans le développement de l’enfant. A partir de là, il est impératif de prodiguer aux enfants une éducation saine et harmonieuse. Cela commence d’abord par le cadre lui-même, c’est une structure qui a été construite pour un établissement scolaire réservé aux petits, ce n’est pas un ancien bâtiment ou une habitation qui a été retapée. Nous disposons d’un jardin personnalisé, une marmothèque, une salle de projection, une salle de psychomotricité, mais aussi une cantine et une salle de repos pour les enfants.  
L’encadrement est également très important. Nous comptons une principale et deux auxiliaires pour chaque classe de 12 enfants de deux ans et deux ans et demi. Quand ils sont plus grands, ils sont encadrés par une principale et une auxiliaire. Les éducatrices  sont toutes titulaires d’une licence et ont une première expérience à leur crédit. Dans le cadre de la formation continue, elles sont par la suite appelées à passer des stages ou suivre des cours en fonction des besoins de chacun.  La psychologue qui effectue deux visites par semaine doit s’enquérir des comportements des enfants, de leurs rapports entre eux, mais aussi des rapports entre les enfants et les éducatrices et entre les éducatrices elles- mêmes. Par ailleurs, nous estimons que les activités créatives sont importantes pour le développement de l’enfant d’où des ateliers artistiques (éveil musical, peinture, danse...). La langue d’enseignement est le français, à partir de trois ans, les enfants sont initiés à l’anglais et à partir de 4 ans, ils sont initiés au monde virtuel à travers l’Internet. Le but final étant de favoriser l’épanouissement autour d’un apprentissage actif, tout en l’initiant à la vie en communauté.

Quel est alors le rôle des éducatrices ? 
L’enfant a besoin d’explorer et de manipuler afin de développer des sentiments de confiance et de compétence. L’éducatrice doit jouer un rôle de soutien en donnant à l’enfant les outils nécessaires pour ce faire, elle devient un partenaire de l’enfant. Elle doit veiller à établir l’ordre, expliquer clairement aux enfants ce qu’il faut faire…, elle est appelée à avoir une attitude ferme, constante et cohérente. Cela doit être fait avec beaucoup de rigueur tout en gardant de la souplesse. D’où l’importance de la qualité des ressources humaines et seules des éducatrices professionnelles et compétentes peuvent dispenser une prestation de ce niveau. 

Quels sont les prix pratiqués par votre établissement et est-ce qu’on peut avoir une idée sur le montant de l’investissement injecté dans ce projet ?
Pour notre première année d’activité, nous avons mis une moyenne mensuelle de 750 dhs pour les enfants en demi-journée et 1100 Dhs pour la journée entière. Ces prix vont être légèrement revus à la hausse pour l’année prochaine. Notre principal objectif demeure la qualité, donc il est hors de question qu’on fasse des économies au détriment de la qualité. Les charges sont tellement importantes. L’Investissement est également lourd. Il se chiffre à plusieurs centaines de millions de dirhams. 

Propos recueillis par
Leïla Ouazry



 

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