Le système d’enseignement national laisse, sur les bas côtés des voies de l’éducation, un grand nombre d’enfants. Parmi ceux-ci, on compte plusieurs handicapés, notamment des malentendants, rapidement assimilables à des muets. «Pourtant, qu’on ne s’y trompe pas, surdité ne veut aucunement dire mutité! En d’autres termes, un enfant sourd n’est pas forcément muet»!, martèlent ces parents d’enfants atteints de cet handicap. Il y a quelques années, suivre un cursus normal était une chimère pour ce type d’enfants. Aujourd’hui, cette lacune est en train d’être comblée, en partie par l’Association Langage Parlé Complété (ALPC-Maroc). Les Petits Cracks de l’ALPC-Maroc, unité scolaire de l’association, entièrement autonome, le démontrent quotidiennement. En effet, au sein de cet établissement, les enfants malentendants, trisomiques 21 ou à QI faible, âgés de 5 à 18 ans, réalisent des prodiges, et sont surtout réhabilités, grâce à l’utilisation de la communication orale améliorée, le Langage Parlé Complété. «C’est le principal outil de travail de cette école, qui est une aide à la lecture labiale. En plus clair, il s’agit d’une méthode de communication gestuelle, complétant les mots articulés» indique Mme Denise El Hindaoui, qui y cumule, présentement, plusieurs fonctions. Cette dame, qui se bat sans cesse pour ces enfants qu’elle considère comme siens, est à la fois Directrice, Intendante, Répétitrice..., de l’école. Elle tient à préciser à tous que «Aucun enfant sourd n’est muet à la naissance, il le devient par manque de stimulations. Ce serait dommage d’avoir des enfants muets, si on peut en faire des enfants oralistes». Faute d’assez de personnels qualifiés, il lui est extrêmement difficile de s’absenter pour s’occuper de démarches promotionnelles, parant, au plus pressé, le plus clair de son temps. Hormis quelques apparitions lors de conférences de presse, rien n’a été fait dans ce sens.
Un soutien attendu
Les Petits Cracks bénéficient de cours, dispensés grâce au partenariat avec le Centre National d’Enseignement à Distance Français (CNED). Ces cours par correspondance, selon le programme de l’Éducation Nationale Française, sont assurés par 11 répétitrices codeuses de la structure et un éducateur, pour le collège. Les cursus qui exigent des moyens adaptés, nécessitent beaucoup d’équipements notamment audiovisuels. Mieux appareillés et mieux encadrés, l’insertion des enfants serait moins problématique, d’après les spécialistes. L’appel aux mécènes, et autres philanthropes, est ainsi lancé. En tout cas, les oeuvres d’élèves (en arts plastiques, poterie, ou autres) présentées au dernier Salon de l’Enfant, se passent de tout commentaire. Pourtant, aussi curieux que cela puisse paraître, cette association n’est pas encore reconnue d’utilité publique! Quant à la prise en charge des enfants sourds et de leur famille, elle est quasiment inexistante dans la pratique locale.
Les Petits Cracks veulent que les autres enfants ou jeunes adultes marocains, dans leur situation, soient soutenus et espèrent que leur structure soit dupliquée un peu partout au Maroc. Mieux, l’école tente de nouer des alliances. Avec Handicap International, ALPC a travaillé un Projet LPC en Arabe et de Formation d’instituteurs en Tunisie. Cette expérience, qui n’a hélas pas abouti, n’en est pas moins significative. A suivre ...
Les projets ne manquent pas. Pour la rentrée scolaire 2005-2006, il est envisagé d’accueillir des enfants à partir de 4 ans, ce qui enrichira les 7 niveaux actuels, par groupes de 2 ou 3 enfants.
D. MB.
Trois questions à Mme Denise El Hindaoui,
Directrice de l’École «les Petits Cracks»
La Nouvelle Tribune: Quelles sont les activités générales de votre association?
Mme Denise El Hindaoui: Notre association est à but scolaire. Tous les enfants sourds qui nous sont présentés, s’ils sont scolarisables, nous le faisons par le biais du Centre National d’Enseignement à Distance (CNED), qui a un service handicapé ( NDLR: Centre d’enseignement à distance français). On nous envoie donc des cours que nous dupliquons, en les codant en Langage Parlé Complété (LPC). Sachant que nous avons deux enfants par maîtresse, nous les adaptons, en progressant au rythme de l’enfant.
Comment vous faites-vous connaître?
Essentiellement, c’est par le bouche à oreille que nous nous sommes faits connaître. Manquant de moyens, de locaux, ... nous n’avons pas fait de publicité. Comme on voulait montrer qu’un enfant sourd, n’est jamais un enfant muet, qu’il le devenait par manque de stimulation, et que s’il était bien rééduqué on pourrait en faire un futur bachelier, pourquoi pas un futur universitaire?.
Sans moyens, par quel truchement arrivez-vous à fonctionner?
Beaucoup de bonne volonté et de bénévolat. L’appartement actuel que nous occupons a été mis à notre disposition, gracieusement, par mon mari. Aussi, il y a que ce sont les parents qui payent la scolarité de leurs enfants, quelque 1.750 Dhs par mois, ensuite, il y a les frais de cantine, ou de garderie qui se greffent dessus, si l’enfant reste à la cantine. Avec un effectif de 11 employés qui s’occupent de 23 enfants.
Là vous constatez que dans une même pièce, il y a plusieurs classes. Si cette promiscuité ne dérange pas outre mesure les enfants, qui sont sourds, cela gêne surtout les maîtresses. Pour l’instant, n’ayant pas d’autres choix, nous faisons avec.
Nous envisageons d’entreprendre des démarches en direction des entreprises, qui par l’entremise, de leurs fondations respectives mènent des actions citoyennes. Mais, jusqu’à présent, nous avons été tellement pris par l’urgence, par le scolaire de nos enfants, et avons dû pousser ces enfants pour qu’ils aient un avenir, que nous n’avons pas eu le temps matériel de faire autre chose. Nos journées non stop, qui démarrent tôt le matin, ne se terminent que très tard le soir. Le plus urgent, c’était de sauver, ce qui était sauvable ici.
A noter que nous avons une subvention du ministère en charge des Handicapés, qui a permis d’assurer les frais de scolarisation d’une jeune fille.
Aujourd’hui, il nous faut un appui logistique, un autocar, une structure, il nous faut être reconnus d’utilité publique, ... c’est le plus important !
Propos recueillis par
Daouda MBaye