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Selon Soumaya Nouâmane Guessous : Point encore d’harmonie entre hommes et femmes

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C’est la manière dont la femme marocaine est élevée qui fait qu’elle ne parvient pas à se libérer des traditions et habitudes et partant n’arrive pas réellement à s’épanouir sur tous les plans. C’est en gros ce qui ressort de l’intervention de Mme Soumaya Nouâmane Guessous. La sociologue estime que “ nous vivons dans un matriarcat ”. Selon elle, les femmes sont très puissantes et ce sont elles qui perpétuent les traditions et l’éducation que leurs mères et grands-mères leur ont inculquées et que tant qu’elle ne se sont pas libérées elles-mêmes, la société n’évoluera pas. “ Ce sont les femmes qui éduquent les enfants, qui façonnent et séduisent les hommes ”. Pour la sociologue, il n y a point de secret, c’est la femme qui doit donner une image positive à son fils sur les filles et les femmes, c’est elle qui doit l’éduquer au respect de la fille qui est d’abord, sa sœur à la maison, sa camarade à l’école, au collège, au lycée ou à l’université ; et plus tard sa collègue au travail et son épouse. C’est à la maman d’enseigner l’égalité et l’équité à ses enfants garçons et filles, pour ne pas en faire des machos égoïstes  ou des femmes frustrées qui manquent de confiance en elles. “ Pour que la société marocaine arrive à  une harmonie dans les rapports hommes- femmes, il est impératif, dès leur jeune âge, que les enfants aient les mêmes droits et les mêmes devoirs, en vue d’assainir les relations et d’aller vers une intersection des deux sexes. ”
Pour Mme Soumaya Guessous, l’éducation que reçoivent filles et garçons est à la base de ce dysfonctionnement que connaît notre société eu égard à des rapports souvent conflictuels et inéquitables entre les hommes et la femme. Pour développer cette idée, la sociologue cite l’honneur comme un frein au développement de la femme marocaine. “ Je n’ai pas la  même conception de l’honneur que la société marocaine. Car si l’honneur d’une société se situe entre les cuisses de ses filles, dans une membrane, il est très fragile.” déclare la sociologue qui estime qu’il faut remettre à sa place cette question de l’honneur pour laquelle la société déploie tant d’énergie. D’autant plus qu’on sait qu’aujourd’hui, bon nombre de filles se font recoudre cette membrane pour pouvoir saigner la nuit des noces et vont ainsi démarrer leur vie de couple par un mensonge. Mais c’est la société qui est responsable de cette hypocrisie. A partir de là, la femme sera tout le temps, selon la sociologue, hantée par cette membrane, qui n’a finalement aucune valeur puisqu’elle peut se refaire moyennant quelques centaines de dirhams.
De l’autre côté, au moment où les filles sont briguées, opprimées, ligotées dans leurs initiatives, les garçons vont vivre dans la sublimité de la virilité. “ Ils ne doivent pas être émotifs, faibles, ils ne doivent pas pleurer, ils ne doivent pas aider dans les tâches ménagères ”, à partir de là on va développer de façon disproportionnée leur virilité. Une fois adolescents, ces jeunes garçons qui ne vont pas trouver des filles de leur âge pour vivre avec elles leur première aventure amoureuse et découvrir l’amour charnel, vont aller chez des prostituées, qu’ils vont mépriser une fois le plaisir sexuel assouvi. C’est ce qui explique, selon Mme Guessous, le fait que les hommes vivent leur sexualité en tant que compétence et quantité  et non en tant qu’ un acte de qualité, d’échange et de tendresse. Et c’est ce qui explique d’ailleurs la réaction des hommes qui perdent quasiment la tête dès qu’ils ont un problème de dysfonction érectile. “ Pour que l’équation de la domination demeure, l’homme ne dira jamais à une femme : je t’aime, alors que la femme, elle, sera à la recherche d’affection et de tendresse ” explique l’universitaire, qui poursuit “les filles sont à la recherche de l’amour et non d’hommes qui  sont exclusivement  obsédés par l’orgasme” Résultat, il n’y a point d’harmonie dans ce genre de relations et donc de plus en plus de divorces.
Par ailleurs, il est à souligner que l’âge du mariage a reculé (la moyenne est entre 28 et 30 ans actuellement), donc, si on pouvait demander à la fille de s’abstenir, quand elle se mariait entre 13, 15 et 18 ans, cela n’est plus possible de nos jours. A partir de là, on constate que notre société est très permissive avec les hommes  et pas du tout tolérante avec les femmes. Il s’agit là d’un tabou qu’il faut
soulever. “ Les rapports hommes/femmes, d’emblée conflictuels, vont être dominés par un manque de confiance dans le couple. L’homme continuera à penser qu’une femme qui a eu un rapport sexuel en dehors du mariage est une prostituée, et l’homme qui se disait ouvert et libéré avant le mariage va se métamorphoser pour devenir le Marocain typique. Il dira que  la femme marocaine est  trop libérée, qu’elle n’assume plus son foyer.” C’est en effet, le comble de la contradiction parce que le Marocain veut une femme qui soit à la fois belle, jeune, intelligente, débrouillarde, cordon bleu…, “ bref, il veut une femme qui l’honore ”, qui sache se tenir dans un dîner mondain comme dans sa cuisine. Toutes ces contradictions, tout ce manque d’harmonie, conjugués à une autonomie financière de la femme, vont nous conduire à une déstabilisation du couple, précise la sociologue. D’où un taux de divorces qui va crescendo. Ajouter à cela l’intimité du couple qui n’est pas non plus vécue dans l’harmonie!  Selon Mme Guessous, les femmes ne parviennent pas à se libérer de leur éducation. Au lit, elles vont être bloquées, inhibées. Résultat, “ souvent la sexualité du couple est vécue dans la morosité, alors que l’Islam est la religion qui est la plus libérée dans ce sens, puisqu’elle a non seulement autorisé la sexualité, bien entendu dans un cadre légal, mais il l’évoque comme étant un acte sacré.”
Nous vivons dans une société qui encourage le plaisir, or la morosité de la sexualité dans le couple finit par le tuer. Ceci va aboutir, selon Mme Guessous, sur l’adultère, grave phénomène qui déstabilise la société, encourage la prostitution ... “ marché très prospère car il y a l’offre mais aussi la demande qui émane souvent d’hommes mariés.”
Il convient pour autant de souligner que l’analyse de Mme Guessous est certes vraie pour une grande partie de la société marocaine, mais les jeunes générations n’entrent pas toutes dans ce canevas. On trouve des Marocaines ultra libérées sur les plans intellectuel, socio-économique ou sexuel. Ces femmes assument parfaitement leur libéralisation, faisant fi de tous les clichés et stéréotypes qui pourraient les empêcher de vivre en harmonie avec l’évolution de la société, sans toutefois renier leurs origines.  Elles mettent la mini jupe ou le jeans comme elles mettraient la djellaba ou le caftan, selon les occasions. Bardées de diplômes, elles savent parfaitement passer d’une discussion sur la macro-économie ou la politique, à une discussion sur les dernières tendances en vogue à Paris ou dans les salons marocains, ….Et cela plaît aux hommes, qui exigent “ une femme à la hauteur ”.  C’est pour dire que la femme marocaine, surtout dans les milieux urbains, a évolué d’une manière record, en grillant de nombreuses étapes, par lesquelles ont dû passer ses consoeurs européennes par exemple. Elle peut aujourd’hui se targuer de vivre en harmonie avec son époque, en profitant de l’évolution technologique (électroménager sophistiqué, Internet, ordinateurs et téléphones mobiles, …) qui lui facilitent la tâche et lui rendent la vie beaucoup plus simple que pour ses aînées.

Leila Ouazry



 

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