La Nouvelle Tribune : Pour vulgariser un peu toutes les données médicales que vous avez évoquées dans votre intervention, est-ce qu’on peut définir dans un langage accessible au grand public ce que sont les inhibiteurs de la cox-2 ?
Les inhibiteurs de la cox-2 ou coxibe, sont une nouvelle classe thérapeutique qui comme les anti-inflammatoires non stéroïdiens classiques, agissent efficacement sur la douleur et l’inflammation, mais qui se distinguent par une meilleure tolérance gastro-intestinale. Or, le problème de la tolérance gastro-intestinale est le problème majeur et grave des anti-inflammatoires non stéroïdiens classiques. Aux États Unis, ce sont 15 000 à 16 000 personnes qui meurent chaque année des suites d’accidents digestifs graves liés aux anti-inflammatoires classiques. Il s’agit donc de la troisième cause de morbidité. A partir de là, on comprend que la nouvelle classe thérapeutique des cox-2, qui est mieux tolérée sur le plan digestif et qui a la même efficacité sur la douleur et l’inflammation, apporte un bénéfice considérable dans le domaine de la thérapeutique rhumatologique. Mais cette euphorie a récemment connu un petit point noir. Il s’agit de la tolérance cardio-vasculaire.
Justement, est-ce qu’aujourd’hui ce problème de tolérance cardio-vasculaire est derrière nous, notamment après la décision favorable des autorités sanitaires américaine et européenne pour le retour du Celebrex et du vioxx sur le marché?
Autant les études à court terme et à moyen terme ne dépassant pas une année ont montré une tolérance cardio-vasculaire relativement correcte, meilleure pour certains plus que pour d’autres, autant les études à long terme ont montré que cette tolérance laissait à désirer. C’est ce qui explique cette polémique autour de cette classe thérapeutique. Un des laboratoires a paniqué, il a retiré carrément son produit du marché, peut-être par crainte des conséquences financières et des procès qu’on allait lui intenter, au moment où l’autre laboratoire a maintenu la commercialisation de son produit, s’en remettant aux décisions des instances réglementaires du médicament qui se sont penchées sur ces cas en se basant sur les données cliniques et épidémiologiques des laboratoires. Et le verdict est tombé, le 17 février. Aussi bien les agences européennes qu’ américaines ont reconnu, réaffirmé et maintenu la commercialisation des inhibiteurs de la cox-2 dans le traitement de la douleur et l’inflammation, puisque le bénéfice qu’ils génèrent est supérieur au risque qu’ils pourraient causer. Toutefois, il faut signaler que leur utilisation est soumise à une série de conditions et recommandations rigoureuses.
Quels sont les classes (ou la classe) thérapeutiques proscrites ?
Une contre-indication absolue chez les cardiaques, qui ont des antécédents d’angine de poitrine, d’infarctus du myocarde, d’insuffisance cardiaque. Une contre-indication également chez les personnes qui ont des antécédents vasculaires cérébraux transitoires ou définitifs ou artériels périphériques. La deuxième recommandation apportée par les instances réglementaires, c’est une grande prudence chez les sujets à risque, à savoir les hypertendus, les hypercholestérolémiques, les tabagiques et les diabétiques. La troisième recommandation est le respect de l’indication de ces médicaments selon l’AMM (autorisation de mise sur le marché) ainsi que leur utilisation aux doses minimales efficaces et pendant des délais plutôt courts. A partir de là, on peut déduire que les instances sanitaires estiment que les inhibiteurs des cox-2 sont des médicaments dont le bénéfice est plus important que le risque si on respecte les recommandations précitées. Donc, ce qu’on peut retenir c’est qu’il s’agit de médicaments utiles, qui soulagent et rendent de grands services aux patients rhumatisants.
De par votre contact permanent avec les patients, est-ce vous pensez que le Marocain est un patient avisé, qui suit ce genre d’actualité, ou au contraire, un patient passif qui subit sans réagir ?
Le patient marocain a été sensibilisé à l’éclosion de cette polémique par les médias. En attestent les nombreux appels téléphoniques que nous avons reçus à la suite du retrait du Vioxx. Les gens nous posaient un tas de questions sur le risque qu’ils encouraient, etc. Il y a eu un petit moment de panique chez le grand public et les patients rhumatisants. Même la communauté médicale a été ébranlée et des doutes se sont installés dans son esprit. Et c’est justement l’objet de cette mise au point que nous tenons à faire pour rassurer le grand public et déculpabiliser les médecins qui prescrivent ce genre de médicaments. L’objectif étant de leur dire qu’ils peuvent continuer à les prescrire en toute quiétude, à condition de respecter les indications de leur utilisation qui figurent sur la notice.
Et le ministère de la Santé dans tout cela ?
Le ministère de la Santé vient de rendre son verdict le 28 février. Il s’est aligné sur les décisions des instances réglementaires internationales (FDA, AFSSAPS…). Un courrier a été adressé aux laboratoires concernés et probablement il en sera de même au niveau des sociétés savantes pour étendre l’information.
Pour conclure, est-ce que vous avez un message qui vous paraît utile à passer, sachant qu’on parle d’un secteur sensible, à savoir la santé ?
Comme je l’ai dit, le bénéfice que les inhibiteurs de la cox-2 générent est plus important que le risque qu’ils pourraient causer. Ils réduisent de moitié les risques d’accidents digestifs graves qui sont à l’origine d’un nombre important de décès dans le monde et certainement au Maroc aussi, contre un risque cardio-vasculaire faible à modéré chez les patients qui l’ont pris pendant une période de plus de 18 mois. Donc, si on prend certaines précautions, ces médicaments sont extraordinaires et continueront à rendre service aux patients rhumatisants, alors pourquoi s’en priver? D’autant que dans nos prescriptions, ces traitement ne durent généralement jamais plus de deux ou trois semaines, voire un mois au plus.
Propos recueillis par
L.O.