La mairie a récemment adressé un mailing à maints propriétaires d’immeubles et de fonds de commerce. Il y est question de ravalement de façades obligatoire. Casa recouvre, cahin-caha, son immaculée apparence.
Évidemment, l’hôtel Lincoln - qui, du temps de sa splendeur, se serait vraisemblablement vu décerner le trophée de la plus belle façade de la ville si une telle compétition avait existé - menace ruine ! Évidemment, la liste des bijoux architecturaux qui auraient besoin de passer entre les mains d’un joaillier pour réfection est interminable. Évidemment, l’incompétence et la désinvolture des autorités concernées ont gâché à jamais des chefs-d’œuvre de l’architecture du XXe siècle tels le grand théâtre municipal, le bâtiment des “ Magasins réunis ”, la résidence officielle du résident général Lyautey…
Mais, à Casa, au moins, à l’inverse de ce qui a cours dans d’autres villes du Royaume, les actes de vandalisme public, makhzénien, ne sont plus d’actualité ; à Tanger, par exemple, la bâtisse majestueuse qui abritait autrefois le conservatoire de musique vient d’être démolie, sur ordre de la présidence du Conseil de la ville de Tanger, et personne ne bouge le petit doigt pour sauver d’un affaissement certain, et imminent, le théâtre Cervantès (qui ferait un musée ou une maison d’hôtes du tonnerre!) ainsi que d’autres joyaux du Tanger cosmopolite du début du siècle précédent.
Ravalement de façade obligatoire
Assez bifurqué ; revenons à Casa : Même s’il reste un long chemin, escarpé qui plus est (les répercussions, les éclaboussures, la dégénérescence engendrées par un demi-siècle d’incurie ne peuvent être dissoutes en un clin d’œil), à parcourir, un léger mieux est d’ores et déjà perceptible lorsqu’on chemine dans cet exquis musée de l’architecture coloniale qu’est le centre historique. Ah, le boulevard Mohammed V, l’avenue Hassan II, les rues Mohammed Smiha, Driss Lahrizi, Tahar Sebti, Colbert…
La délégation des services de nettoiement et du transport en commun (ô combien problématique, jadis) contribue également à l’embellie ostensible du centre-ville. Du reste, la retentissante campagne dite de l’habitat social concourt à le désengorger. Acheter, “au prix de la location”, un appart lilliputien et aseptisé (pas dans le sens hygiénique du terme !) dans des HLM de la périphérie de Casa, est, à n’en point douter, la nouvelle lubie des “ Bidaoua ” lambda. Corrélativement, des petits bijoux d’apparts sont désertés dans des immeubles art déco somptueux, qui ne dépareraient pas la perspective boulevard Hausmann, par exemple… Les pancartes “ à louer ”, “ à céder ” ou “ à vendre ” fleurissent ici et là dans le centre-ville !
Abdelkrim, “semsar” sévissant (les tarifs qu’il pratique, par trop élevés, pourraient heurter les âmes sensibles !) surtout au centre-ville, m’a fait visiter une demi-douzaine d’appartements à louer et à vendre. De quoi maudire le progrès technique, les nouvelles tendances architecturales ! J’ai visité, rue du Prince Moulay Abdellah (en face du Consulat de France), un appart de 220 mètres carrés qui m’a donné des envies de commettre un hold-up ou de dealer du crack ou des amphéts !
Abdelkrim dit traiter le plus souvent avec des Français. “ Les coopérants sont plus sensibles à la beauté des immeubles et appartements du centre-ville que les locaux ! Par contre, le top pour un Casablancais, c’est d’habiter une villa à Anfa ”, indique-t-il ! Les riads de Marrakech ont, pour la plupart, été restaurés par des Européens ; le salut du centre-ville de Casablanca viendra-t-il aussi du vieux continent ? La mairie actuelle devrait imaginer une sorte de gestion déléguée tacite de la réhabilitation du centre-ville! Une flopée d’immeubles pourraient faire de beaux hôtels, bien “ classieux ”, bien dans la veine du “ George V ” à Paname ou du Waldorf Astoria à New York !
Casa, en 2012, à en croire l’ambitieux business plan goupillé par le CRI de Casa et le patron de CFG Group, Amyn Alami*, devrait être étincelante ! Une marina paradisiaque, un opéra, la restauration de l’ancienne médina…
Des villes séculaires comme Prague en Tchéquie ou Gènes en Italie ont également subi l’offense du temps, mais le centre historique de chacune de ces villes a été réhabilité à temps, avant que ne s’avèrent irréversibles les dégâts ! Dans le même ordre d’idées, Paris, la ville lumière, n’attirerait pas à elle seule, chaque année, davantage de touristes que le Maroc en 15 ou 20 ans si Chirac ou Delanoé s’en branlaient autant de l’éclat de leur ville que leurs pendants “ casaouis ” (Sajid et Benhima exceptés, puisqu’il serait ridicule d’accuser ces travailleurs forcenés de torpeur ou de négligence) !
M.L.
* Amyn Alami appartient à une catégorie un peu “ zarbi ”, “ a sahbi ” ! Hybride ! Il est comme qui dirait col blanc, et rouge – parce qu’il crie sur tous les toits, le plus sérieusement du monde, qu’il est marxiste ; ce zig ne serait pas Wydadi, plutôt ?
La renaissance du centre ville en cinq adresses
L’agence Tahar Sebti de BMCE Bank, angle Rue Tahar Sebti et rue Colbert : Une petite merveille, dont la restauration, entreprise voilà près d’une dizaine d’années, n’a pas fait assez d’émules, hélas ! Les institutionnels (banques et assurances) possèdent une ribambelle d’immeubles de caractère sur le centre-ville ; ce serait une action citoyenne de premier plan que d’épousseter, de retaper un chouia cet énorme patrimoine !
Café Le Trianon, boulevard Mohammed V (en face du passage Glaoui) : Avant, les cafés du Maârif avaient l’apanage du glamour, tandis que ceux du centre-ville, interlopes, crasseux, pourrissaient à vue d’œil ! Aujourd’hui, une foule d’enseignes chics, irréprochables pour ce qui est de l’hygiène ou de la déco, ont germé dans le quartier européen, mais c’est Le Trianon, ce salon de thé/pâtisserie où Mohammed V avait ses habitudes, qui a amorcé la fronde contre l’“omnipotence” des cafés du Maârif, voilà un peu plus de deux ans de cela ! La fresque du troisième et dernier étage de ce café date des années 20, et vaut à elle seule le détour !
Café Alba, rue Driss Lahrizi (à deux pas de Banque Al Maghrib) : Si tout le centre-ville pouvait être rénové avec le même souci du détail que le café Alba, Casa serait citée en exemple dans le monde entier! Marbre et bois précieux en pagaille, une devanture à rendre jaloux les proprios du Café de la Paix ou du Fouquet’s…. Là, tout n’est qu’ordre et beauté, luxe, calme et volupté !
Immeuble surplombant l’agence Société Générale de Lalla Yacout (en face d’Auto Hall) : Attention! Affaire à ne pas rater ! Trois appartements à louer dans cet immeuble flambant neuf (bien que comptant au bas mot un demi-siècle au compteur !) La firme qui était en charge du ravalement de façade et de la restauration de l’intérieur de cette bâtisse doit posséder une baguette magique ; des lustres d’usure ont, comme par enchantement, été gommés ! “ C’est un particulier, m’a expliqué le concierge de cet immeuble, qui a financé le coût des travaux ” !
La poste principale de Casablanca, angle avenue Hassan II et boulevard de Paris : la restauration des façades de la poste de Casablanca, l’un des bâtiments administratifs les plus esthétiques de la ville, devrait être un franc succès (vu que cela fait tout de même quelque chose comme six mois qu’ont été installés bâches et échafaudages!).