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Vol de chiens : “ Z’avez pas vu Mirza ”

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Le dimanche matin, Derb Korea grouille de flâneurs en quête du dernier modèle de basket Nike ou d’un jeans Diesel. En face du marché aux oiseaux, des dizaines de jeunes aux regards hagards battent le pavé avec des chiens en laisse ou des boîtes en carton avec de précieuses portées de chiots. L’endroit est déprimant. Quelques molosses aboient sans répit, certains grognent alors que d’autres sont placides ou même amorphes. Beaucoup de bergers allemands, caniches et pitbulls encore tout chiffonnés, quelques labradors, rottweilers et huskys. Certains déjà adultes, d’autres pas encore sevrés mais leurs “ propriétaires ” les cèderont sans aucun scrupule pour du fric qu’ils s’empresseront de troquer pour quelques grammes de kif, échappatoire artificielle de leur miséreux quotidien. Selon la race, les prix annoncés s’échelonnent entre 600 et 4500 dirhams. En fait, il n’y a pas de différence significative entre les prix pratiqués par les éleveurs scrupuleux respectant les règles de l’art et les autres. A titre d’exemple, un professionnel de l’élevage vendra ses bergers allemands de pure race avec pedigree à 3500 dhs et les vrais faux bergers du derb sont proposés à des tarifs équivalents sans papier bien entendu. Cleps avec pedigree ou bâtards ? Difficile à dire pour les amateurs…sauf lorsque les épagneuls ressemblent aux cockers et les caniches aux bichons !
Les chiots proposés à la vente sont généralement issus de parents reproducteurs, aux origines plus ou moins incertaines, parqués sur le toit de piteuses masures. Certains d’entre eux, ont cependant fait de longs voyages clandestins avant d’échouer à Derb Korea comme nous l’explique Rachid, âgé d’une vingtaine d’années. En provenance d’Allemagne, de France, d’Espagne et même de Pologne ou de Russie - ces 2 derniers pays sont de grands pourvoyeurs de chiens aux lignées douteuses -, ces fidèles compagnons ont franchi la douane marocaine en fraude dissimulés dans les coffres à bagages de voitures. Comment expliquer ces défaillances du système douanier ? Par le laxisme, la distraction ou la cécité ponctuelle des agents? Au choix.
La Corniche est un autre lieu propice au commerce canin illégal. Les vendeurs de chiots, qui guettent non seulement les clients potentiels mais surtout la police, sont familiers du paysage des Casablancais. Comme le sont aussi les parents réticents aux supplications de leurs mômes qui, eux, craquent devant ses petites boules de poils. L’un de ces petits commerçants, Mohamed, bosse avec son frère Redouane. Ils habitent un des blocs de la cité d’El Hank. Le long de leur immeuble passablement délabré, ils ont bricolé un enclos de fortune pour leurs caniches et bergers. Ils aiment les chiens et disent les acheter au Maârif… pourtant, les animaliers ne sont pas légions dans ce quartier ou alors, ils se font vraiment très discrets. Probablement n’osent-t-ils pas avouer que leurs clébards viennent de Derb Korea ou de Bourgogne. Comme pour l’immobilier, les prix des chiens vendus sur la Corniche sont de 30 à 40 % supérieurs à ceux du derb. Logique implacable de l’économie de marché où  chacun se commissionne au passage.

Chienne de vie !

Malgré tout, le vol de compagnons à 4 pattes reste encore un phénomène relativement anecdotique dans le pays. Ces actes de délinquance sont le fait d’une minorité de jeunes paumés, chômeurs ou vivant d’expédients qui, paradoxalement, aiment les chiens. Il n’y a pas de trafic structuré manipulé par une puissante mafia. Ces délits ne sont que l’expression et le reflet d’une grande pauvreté...qui fait pitié. Les vols avec violence sont extrêmement rares. En effet, le Docteur Karim El Yacoubi, vétérinaire, n’a connaissance que d’un seul cas de cliente à qui l’on ait arraché un caniche comme un vulgaire sac à main. Occasionnellement, le personnel de maison, en charge de la promenade de Médor, se fait dépouiller du toutou après arrachage ou sectionnement de la laisse. Mais d’après le Dr. El Yacoubi, la plupart des chiens volés le sont suite à la négligence de leurs maîtres qui oublient, par exemple, de refermer les portes d’entrée.

Les Jumeaux

Si l’on s’intéresse aux chiens à Casa, on croise inévitablement la route des Jumeaux, Hassan et Youcine, et de leurs compères. Ces dresseurs, amoureux des  bêtes et fervents avocats des chiens marocains, souhaitent que ceux-ci trouvent enfin leur place dans la société. Avec conviction et dévouement, ils militent en faveur d’une collaboration efficace entre pouvoirs publics, vétérinaires, éleveurs, animaleries et autres acteurs du monde canin. Ils aspirent à un cadre légal qui régirait notamment l’identification, l’assurance et le suivi médical du compagnon le plus fidèle de l’homme ainsi que l’interdiction des combats, les normes d’élevage et de dressage. Même s’ils reconnaissent que le Maroc a des impératifs bien plus urgents que le bien-être des chiens, ils ne se découragent pas et s’investissent à fond dans leur mission. Et, c’est vrai, que l’obligation, par exemple, d’implanter une puce électronique à tous les chiots parallèlement à la mise en place d’une banque de données, faciliterait les enquêtes en cas de perte ou de vol. Ces implants seront imposés au sein de l’Union Européenne à partir de 2011… le Maroc suivra-t-il la même voie ?

FDD



 

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