Contrairement aux autres pays arabes, notamment l’Égypte, la Tunisie, ou encore l’Arabie Saoudite, où le don d’organes et en particulier la transplantation rénale, se sont développés d’une manière notable, au Maroc les statistiques révèlent un déficit important dans ce sens. Deux facteurs peuvent être à l’origine de cette situation. En premier lieu, l’ignorance de la population qui est sous-informée et pas du tout sensibilisée sur la question. En attestent les résultats du sondage effectué par l’association Reins. Et en second lieu, le problème administratif. Certes, la loi existe depuis le 25 août 1999, mais ses décrets d’application n’ont jamais vu le jour. Ce qui représente un frein majeur devant les praticiens. D’où des chiffres qui attestent du balbutiement d’une technique bien maîtrisée sur le plan médical et qui pourrait s’avérer être un véritable gain sur le plan socio-économique. Il s’agit d’une technique très onéreuse, dira-t-on. Certes. Mais, une dialyse au long court est également coûteuse, mais la qualité de vie que nous apporte une greffe de reins est de loin meilleure que ce que permet une dialyse. Les sujets dialysés sont contraints à un régime alimentaire des plus stricts , ils sont mobilisés trois fois par semaine au minimum, à raison d’une matinée ou d’une après-midi…, ce qui se répercute sur l’activité professionnelle, souvent abandonnée et, par ricochet, sur la situation financière et familiale. Pour les femmes, dialyse et enfant ne riment pas ensemble, donc il est impossible pour une dialysée de concevoir des enfants. A partir de là, on mesure peut-être un peu mieux les avantages d’une transplantation du rein, et on ne comprend pas pourquoi une technique aussi vitale peine-t-elle à évoluer dans notre pays.
A ce titre, il convient de donner quelques chiffres qui ressortent du sondage réalisé par l’association Reins, sur un échantillon de 360 personnes de diverses couches sociales en milieu urbain. 19% de l’échantillon questionné croit que la transplantation ne se pratique pas du tout au Maroc. Ce qui est regrettable. Cela veut dire que ces gens avaient peut-être la possibilité de faire bénéficier un patient d’un organe de l’un de leur parent décédé, mais il ne l’ont pas fait faute d’informations et de sensibilisation. Un tiers de la population interrogée a confirmé que les risques à cette pratique non maîtrisée et le manque de compétence sont les freins majeurs à son évolution. Pire encore, 25 % de cet l’échantillon pensent que la greffe d’organe est proscrite par la religion. Il n y a qu’à voir le nombre des transplantations réalisées dans les pays musulmans pour comprendre que c’est une ignorance aberrante. Voilà un sujet qui pourrait être intéressant pour nos prêcheurs du vendredi !
Toutefois, une note d’optimisme émerge de ce sondage: 85 % de l’échantillon, sont favorables à cette technique. Ce qui veut dire qu’il faut absolument se retrousser les manches pour que les choses changent. Information, sensibilisation, et une législation claire et pointue sont les ingrédients nécessaires pour faire bénéficier une grande partie de la population aujourd’hui dialysée des avancées de la science. Si aujourd’hui, le nombre des personnes dialysées compte environ 38000, il faut savoir que ce chiffre ira crescendo. Le nombre de diabétiques ne cesse de s’accroître au Maroc, notamment dans le rang des enfants, et l’on sait que 50% de personnes souffrant d’insuffisance rénale sont diabétiques.
Il est donc impératif d’avoir une vision globale à même d’asseoir une politique de santé qui prenne tous ces volets en considération.
Leïla Ouazry