Petite mise au point orthographique : Est-ce parce que la gent féminine est particulièrement assidue en période de soldes que ce terme est abusivement utilisé au féminin alors qu’il est indéniablement masculin? Seule la solde des fonctionnaires peut être massive mais pas les autres!
Certains considèrent l’engouement pour les soldes comme une manifestation évidente des difficultés économiques du consommateur moyen qui ne parvient plus à joindre les deux bouts. D'autres observent que les clients ont, en général, de bonnes chances de trouver ce qu'ils cherchent pendant les soldes, car avec le temps, l'offre de marchandises soldées s'est fortement élargie, aussi bien en termes de quantité que de qualité. Et les ristournes consenties ne cessent d'augmenter. A l’étranger, certaines marques comme Zara ou Du Pareil Au Même (DPAM) ont longtemps résisté à l’effet soldes mais, face à la pression des consommateurs, elles ont capitulé depuis plusieurs années. Quoique à ce jour, le magasin DPAM de Casa, tout fraîchement ouvert, il est vrai, n’a pas encore mis le doigt dans l’engrenage des soldes au grand dam de toutes les mères accros de ces vêtements tendance, de qualité et abordables. Au Maroc, les soldes sont bel et bien devenus un phénomène de société, lié à l’évolution impressionnante, ces dernières années, de la culture consumériste. Si les commerçants n’ont pas encore atteint l’inventivité de leurs homologues européens comme l’ouverture des magasins à minuit le premier jour des soldes ou la présence d’une égérie du grand écran pour booster les ventes, ils sont en bonne voie ! Les soldes sont attendus avec impatience non seulement par les clients mais aussi par les détaillants. En effet, dans certains secteurs, les ventes en soldes permettent aux commerçants de se procurer les liquidités indispensables au financement de leurs achats pour la saison suivante et ce, même s’ils vendent parfois avec un bénéfice inférieur ou carrément à perte. Avec ce bémol introduit par M. C. Moyal, propriétaire d’Etam et de DPAM : “trop de soldes tuent l’activité et à en abuser, on en deviendra victime”.
Qui se lâche au moment des soldes ?
Les clients habituels des enseignes constituent une bonne partie de la clientèle en période de soldes. Avant le début des promotions, ceux-ci ou plutôt celles-ci, car les femmes excellent en la matière, auront, par exemple, repéré ce petit chemisier dont elles rêvent mais pour lequel elles ne sont pas prêtes à payer le prix fort. Mais les soldes permettent aussi de toucher une “clientèle que l’on ne touche pas hors soldes”, des personnes au pouvoir d’achat moindre selon C. Moyal. Chez Marwa, par exemple, les magasins sont beaucoup plus fréquentés en période de soldes mais le panier moyen reste identique ce qui signifie que même le client occasionnel se lâche. Conseillons cependant aux mordus de soldes de garder leur sang-froid et de ne pas perdre de vue leur compte en banque !
Vrais ou faux soldes ?
Comment s’y retrouver dans la profusion des affichages et publicités ? Comment débusquer le vrai soldeur de celui qui casse le marché ? Dans son projet de loi 27-00 sur la protection du consommateur, le ministère de l’Industrie, du Commerce et de la Mise à niveau définit les soldes comme “ des ventes accompagnées ou précédées de publicité (…) tendant, par une réduction de prix, à l’écoulement accéléré de produits et biens en stock ”. Il s’agit donc de rabais sur la vente d’articles invendus et, certainement pas, sur des stocks n’ayant jamais été exposés en magasin ou produits uniquement dans le but d’attirer le client potentiel. En France, les marchandises soldées doivent obligatoirement avoir été mises en vente dans le magasin un mois avant le début des démarques. Ceci évite que le marché soit intempestivement inondé de chaussettes surstockées, par exemple, comme cela se produit fréquemment chez nous. Ensuite, il est évident que les ristournes accordées doivent être réelles par rapport aux prix habituellement pratiqués pour des produits identiques. Il ne faut donc pas confondre les soldes avec les liquidations ou autres remises qui peuvent avoir lieu tout au long de l’année sous forme d’opérations promotionnelles pour cause de cessation de commerce, de changement d’activité ou autres. Au Maroc, il n’existe pas encore de réglementation spécifique aux soldes ou autres types de ventes au rabais qui sont, dès lors, organisés sur l’initiative des commerçants. Ces derniers choisissent eux-mêmes la période propice et la durée nécessaire pour écouler leurs stocks ou pour lancer des opérations promotionnelles ponctuelles sans avoir à recourir à une quelconque autorisation.
Vide juridique ?
“ En l’absence de réglementation, c’est l’anarchie ” souligne M. S. Benabdeljil, Vice-président du Pôle Distribution locale de l’Association Marocaine des Industries du Textile et de l’Habillement (AMITH) et propriétaire de l’enseigne Flou Flou Flou. Les pays anglo-saxons, autorisant des coins “ braderies ” dans les magasins tout au long de l’année, sont nettement plus libéraux en matière de soldes que des pays comme la France, la Belgique ou l’Italie. Dans ces derniers, un cadre réglementaire précis, qui a fortement évolué depuis le début des années 80, régit tant les dates que la durée ou la publicité afférentes aux soldes. L’AMITH collabore étroitement avec le ministère de l’Industrie afin de mieux organiser les soldes et, surtout, d’éviter toute pratique qui pourrait induire le consommateur en erreur comme c’est le cas avec les promotions abusives affichées pendant plusieurs mois. Ainsi, dans le projet de loi sur la protection du consommateur, le ministère a prévu des dispositions spécifiques à cette pratique commerciale incluant un certains nombre de conditions qui devront impérativement être respectées par les professionnels. A titre d’exemples, les articles soumis à une baisse de prix devront être clairement identifiés, le prix promotionnel devra être indiqué ainsi que l’ancien prix barré. En ce qui concerne la durée des soldes, M. K. Tazi précise que l’AMITH, dont il préside le Pôle Distribution locale, souhaite que soient fixées les dates de début et de fin de soldes. A cet effet, l’AMITH a proposé les seconds mercredis des mois de janvier et juillet comme dates de commencement. Pour sa part, M.Brahim Kheireddine, Chef de Division des Approvisionnements et de la Distribution de la Direction du Commerce Intérieur, confirme que le ministère “ a été destinataire de plusieurs demandes émanant des commerçants, notamment dans le secteur de l’habillement, afin d’arrêter des périodes communes pour les soldes et d’en fixer les durées. C’est une demande qui est actuellement en cours d’examen avec les parties concernées sur le plan faisabilité et de l’impact sur le consommateur et les professionnels ”. Mais en l’attente de textes, c’est la jungle où les grosses franchises font la loi. Zara, Mango ou Promod ont débuté leurs soldes quelques jours avant la St Sylvestre, pratique peu courante même en Europe d’où sont pourtant issues ces enseignes … Quand on sait que la majeure partie du budget du consommateur alloué aux soldes est dépensé au cours des premiers jours de remises, que reste-t-il à dépenser chez les détaillants qui ne commencent pas à solder les premiers ?
Et la protection du consommateur ?
M. S. Benabdeljil déplore l’absence d’associations de défense des consommateurs, indépendantes, puissantes et sensibilisées aux problèmes des soldes. L’Association Marocaine du Commerce en Réseau (AMCR) ne peut être considérée comme un véritable organe de pression parce qu’elle “souhaite avant tout s’aligner sur ce qui se fait en Europe alors que le Maroc a d’autres fêtes, d’autres habitudes et moments forts de consommation” dit-il. De plus, pour qu’un groupement soit représentatif, il faut que “ses membres partagent les mêmes objectifs alors qu’au sein de l’AMCR, certains n’ont en vue que leurs propres intérêts camouflés sous l’appellation association” d’après M. C. Moyal. Même si, depuis le début des années 90, on assiste au développement d’associations de protection du consommateur, avec la naissance de plus de 25 associations sur l’ensemble du territoire marocain, cette tendance reste très anecdotique. En effet, jusqu’à présent, aucune de ces associations n’a acquis le statut d’utilité publique obligatoire pour pouvoir ester en justice et défendre les intérêts des consommateurs. En matière de soldes, ces associations ne peuvent donc que mener des campagnes de sensibilisation et d’information des consommateurs avec l’appui de partenaires médiatiques. A titre d’exemples, les émissions radiophoniques hebdomadaires “ Asswak ” à Marrakech et “ Fi Khidmat Al Moustahlik ” à Oujda. Par contre, en l’absence de personnalité juridique, ces associations ne peuvent protéger efficacement les consommateurs face aux soldes ou autres pratiques commerciales litigieuses.
Pour certains dont M. K. Tazi, le commerce intérieur, et donc les soldes, est sans nul doute en phase active de mutation grâce à la volonté clairement affichée du ministère de l’Industrie et des professionnels de “mettre de l’ordre” et de protéger ainsi efficacement les consommateurs. Et ces derniers ne peuvent que s’en réjouir ! Par contre, d’autres sont nettement moins optimistes et considèrent qu’ “il ne se passe pas grand chose. On parle beaucoup mais, concrètement, rien n’avance” dit M.C. Moyal. En l’absence de textes légaux et d’associations de consommateurs aux pouvoirs réels, le citoyen est totalement démuni comme le sont aussi les commerçants qui souhaiteraient plus d’éthique dans le domaine.
Notons que la puissance des grandes chaînes de distribution de vêtements comme Zara, Etam, Celio, Camaïeu et autres qui, à elles seules, représentent, en France, plus du quart de la vente de vêtements bouleverse complètement le modèle économique de la distribution. Ces enseignes fabriquant de petites séries renouvelées toutes les 2 ou 3 semaines, le temps de deux collections annuelles (été - hiver) est complètement révolu et par conséquent, la logique d’écoulement des stocks invendus s’en trouve démodée. Enfin, avec les prix du textile de plus en plus bas toute l’année et la suppression des quotas limitant les exportations textiles chinoises qui ne fera qu’accentuer cette baisse, les soldes sont-elles condamnées à moyen terme?
FDD