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Harouchi décline sa stratégie pour 2005 Développement social

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Décliné en dix axes, le plan  d’action du ministre de développement social, de la Famille et de la Solidarité découle selon M. Harouchi d’une stratégie élaborée grâce à une coordination et une concertation avec les départements concernés à savoir le Secrétariat d’État chargé de la Famille, de l’Enfance et des personnes Handicapées, de l’Entraide nationale et de l’Agence de développement social, mais aussi la société civile. L’objectif étant de fonctionner comme un pôle social avec une vision globale et des actions ciblées évitant ainsi les déperditions d’énergies. “55% du budget de l’État vont au social mais sur le terrain ceci ne se voit pas, faute d’une véritable vision pour ce secteur, de coordination et d’intégration. Il faut un tir groupé pour optimiser notre action”, dixit M. Harouchi. D’où l’intérêt d’un développement social territorial à même d’impulser  une dynamique nationale à travers le contrat programme social  2005-2010 qui envisage une coordination des actions dans le cadre d’une stratégie globale menée par l’ensemble des intervenants du pôle social. “ En élaborant le programme social de proximité, nous avons relevé des inégalités entre les régions à cause d’un manque de dynamisme du tissu associatif dans certaines d’entre elles. Par conséquent ce sont les régions les plus pauvres qui en profitent le moins. ”, commente le Pr. Harouchi. En effet, il y a une enveloppe de 321 millions de Dhs, mais les régions qui ne disposent pas d’associations porteuses de projets n’ont malheureusement pas pu en bénéficier. Ce qui représente un inconvénient de la démarche ascendante du PSP.
Le plan d’action envisage le développement et l’accès aux services sociaux. Au niveau de l’éducation, le ministère a mis en place le PIAFIS (Programme intégré d’alphabétisation, de formation et d’insertion sociale) avec le concours du Secrétariat d’Etat à l’alphabétisation et la Formation professionnelle et le ministère de l’Éducation nationale. Il est question d’un projet qui cible près de 2000 jeunes qui vont bénéficier d’une formation qualifiante, ils seront accompagnés jusqu’à l’intégration d’un emploi ou l’auto-emploi grâce au microcrédit.
L’abandon scolaire qui va crescendo (sur 3 préfectures à Casablanca, 27 000 enfants ont quitté l’école l’année dernière) figure également dans le programme de développement social en question. Dans ce même registre, le département de M. Harouchi entend renforcer les structures d’accueil en termes de crèches et garderies dans le cadre du programme “ une crèche, une garderie ”. Quelque 200 unités sont prévues pour l’année en cours. Par ailleurs, un programme de lutte contre la pauvreté et l’exclusion, à partir d’un diagnostic social est également à l’ordre du jour. L’objectif étant d’outiller les populations de moyens leur permettant de se prendre en charge. Ce programme cible essentiellement les provinces du nord, El Hajb, Beni Mellal, Berrechid, etc. Dans cette optique, le ministère entend identifier les expériences réalisées notamment dans le secteur de l’artisanat et faciliter l’accès aux marchés aux produits dits solidaires après avoir amélioré leur design. En outre, la stratégie  de M. Harouchi prévoit également une action de lutte contre la mendicité professionnelle. Une démarche qui n’exclut pas le volet de répression. 
Toutefois, il convient de noter que le plan du ministère du Développement Social est assez exhaustif (lutte contre la pauvreté, éducation, alphabétsation, santé, emploi, …) tout y passe, reste à savoir si M. Harouchi parviendra à aller jusqu’au bout de ses ambitions.

L.O. 

Abderrahim Harouchi: «…corriger les inégalités, lutter contre l’exclusion et la pauvreté»

La Nouvelle Tribune : La pauvreté existe au Maroc, ce n’est pas un secret et les hautes instances du pays le reconnaissent.  À votre avis est-ce que nous avons atteint ce seuil de pauvreté parce que nous avons mal outillé nos populations sur tous les plans, aussi bien intellectuels que matériels ?
Pr. Abderrahim Harouchi : La pauvreté est un cumul d’analphabétisme, de manque de formation et de qualification, et aussi de problèmes de santé et d’accès aux soins, donc c’est un cumul d’handicaps et le meilleur moyen de lutter contre la pauvreté qui n’est plus considérée aujourd’hui comme une simple insuffisance monétaire, est de renforcer le capital humain à travers l’alphabétisation, l’éducation, la formation qualifiante, ainsi que les activités génératrices de revenus. Dans cette optique, le microcrédit est devenu une arme extrêmement efficace pour lutter contre la pauvreté au point que l’année 2005 est décrétée par l’ONU, année du microcrédit. A partir de là, lutter contre la pauvreté ne veut pas dire faire de l’assistance en permanence, sauf bien sûr pour les personnes qui du fait de leur  âge, ou d’un handicap grave, ne peuvent pas se prendre charge ; donc la lutte contre la pauvreté est de permettre, de se prendre en charge, de prendre en charge sa famille, d’assurer son avenir, tout cela avec la possibilité d’intégrer la vie active et de s’insérer normalement dans la société. Je dirais que nous sommes beaucoup mieux outillés  aujourd’hui pour lutter contre la pauvreté que nous ne l’étions dans le passé.

Vous pensez donc  que nous sommes mieux outillés aujourd’hui pour réduire la fracture sociale qui ne cesse de s’élargir. Les événements du 16 mai étaient justement un signal qui nous rappelle le gouffre entre le Maroc d’en Haut et celui de Sidi Moumen, Douar Scuila, etc. ?
Bien sûr. Il y a une dynamique formidable en ce moment. Il y a une prise de conscience qui n’existait pas auparavant. Le principal déficit social autrefois était représenté par la pauvreté, aujourd’hui, on parle d’un autre déficit qui menace beaucoup plus la cohésion sociale, c’est celui de l’exclusion qui est bien plus dangereux. Dans tous les pays, il y a une reconsidération de la pauvreté. C’est ce qui explique les plans de cohésion sociale, en France ou ailleurs. Au Maroc, depuis le 16 mai, il y a une prise de conscience considérable, ce qui représente une partie de la solution. Grâce à cela, on assiste à un réaménagement de la politique sociale de l’État. C’est ce qui a justement motivé la création de ce ministère et le regroupement des moyens de l’État dans ce domaine en vue d’une meilleure cohérence, une meilleure coordination et une meilleure efficacité de son action. Donc, prise de conscience, réaménagement de la politique sociale mais également une nouvelle dynamique qui repose sur la participation du citoyen (que permet la démocratisation du pays), chose qui n’existait pas avant. Cette dynamique repose sur le partenariat entre le public et le privé, puisque la lutte contre la pauvreté et le développement social est une responsabilité partagée entre l’État, les collectivités locales, les entreprises, la société civile et les associations. Il s’agit donc de participation, de partenariat, de déconcentration et d’intégration mais également de proximité car il faut agir auprès des gens en tenant compte de leurs besoins.  
A partir de là on peut dire que tous les ingrédients sont en place pour permettre de surmonter un certain nombre de déficits. Mais encore une fois, la pauvreté ne se combat pas en une année, c’est un programme minimum de 7 à 10 ans, l’exclusion dans les bidonvilles, les quartiers insalubres dont le nombre est important..., tout cela va demander du temps. Mais, il y a une dynamique et ceci est rassurant.

Il s’agit certes d’un travail de longue haleine, mais est-ce qu’on peut affirmer que depuis le 16 mai nous avons pu mettre en place, je veux dire concrètement,  les mécanismes nécessaires pour lutter contre l’exclusion, qui, comme vous le disiez, est source de frustrations; l’idée étant d’occuper le terrain et de “ concurrencer ”  ceux qui exploitent ces frustrations ?
Les mécanismes avaient été mis en place bien avant le 16 mai, avec le nouveau concept de l’autorité, la nomination du nouveau wali préoccupé aussi bien par le développement de la ville et la réduction des inégalités que par son aspect sécuritaire et sa gestion et avec  la politique de proximité. Tous ces mécanismes étaient mis en place avec le nouveau règne de Sa Majesté Mohammed VI, de même que la culture de développement de solidarité était soutenue. Les événements du 16 mai ont donné un coup de fouet à l’ensemble de ces mesures ; les programmes sociaux de proximité  se sont multipliés. Aujourd’hui, nous assistons  à une formidable mobilisation à tous les niveaux pour corriger les inégalités, lutter contre l’exclusion et la pauvreté.

Propos recueillis par
Leïla Ouazry



 

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