“Biodiversité, science et gouvernance”, tel est le thème de la rencontre internationale qui se tient à Paris du 24 au 28 janvier. Organisée à l’initiative de Jacques Chirac, cette manifestation qui réunit d’éminents experts, scientifiques mais aussi des décideurs, augure d’une prise de conscience qui pourrait amener les décideurs vers une nouvelle vision de sauvegarde de l’environnement, autrement “ on va droit dans le mur ”, comme l’avancent les experts du CNRS. La dégradation de l’environnement qui va crescendo, ses effets ainsi que les mesures à prendre pour en réduire les retombées, sont les principaux axes de cette rencontre. En effet, la survie de l’humanité dépend indéniablement des mesures à prendre pour instaurer de nouveaux comportements chez l’homme et éviter de gravissimes dégâts. Selon les experts du CNRS, “ d’ici à moins d’un demi siècle, ce sont entre 15 et 37% des espèces animales et végétales qui pourraient disparaître de la surface de la terre. ”
En effet, force est de constater que la gouvernance en termes de gestion de la biodiversité, un néologisme qui veut dire diversité du monde vivant au sein de la nature est loin d’être le souci majeur des décideurs. Malgré les diverses rencontres, conférence et manifestations qui se sont succédé depuis le début des années 70, ainsi que des orientations géopolitiques, aucun changement tangible n’est constaté. Selon les spécialistes, il y a certes une prise de conscience mais tant que des mesures rigoureuses ne sont mises en œuvre, on peut s’attendre au pire.
En effet, la conservation de la biodiversité est devenue un motif de préoccupation mondiale, toutefois le temps passe sans que les décideurs ne s’attellent réellement à lutter contre la dégradation de notre écosystème.
L’explosion démographique qu’a connue le monde durant les dernières décennies du 20ème siècle, a fait que les ressources naturelles sont tellement malmenées, on assiste à une érosion de la biodiversité qui provoque un déséquilibre fatal. La majorité des biologistes estiment qu’une extinction de masse est en train de se produire. Le taux actuel de disparition d’espèces est plus élevé qu’il n’a jamais été dans les temps passés. “ Chaque année, entre 17 000 et 100 000 variétés disparaissent de notre planète. un cinquième de toutes les espèces vivantes pourrait disparaître dans les 30 ans. Ces pertes sont dues aux activités humaines, en particulier causées par la destruction des écosystèmes abritant certaines plantes et animaux. ”, Soutiennent les scientifiques.
Urgence
A partir de là, la rencontre de Paris sur la biodiversité trouve toute sa raison d’être. L’objectif étant de repenser les mécanismes institutionnels, les redynamiser ou en créer plus opérationnels, dans le souci d’une action efficace et coordonnée. Dans cette optique, il urge de mettre en place une approche globale pour la protection intégrale contre les dangers de pollution, l’utilisation et la gestion des ressources naturelles, la réalisation et l’utilisation rationnelle des ouvrages hydrauliques afin d’optimiser la couverture en eau, la lutte contre l’érosion côtière et la désertification, l’objectif étant d’assurer la sécurité alimentaire et la pérennité de l’homme dans un environnement sain à travers une exploitation rationnelle de ces ressources. Pour ce faire, tout un chacun est appelé à contribuer à cette action. Il faudra penser à une approche participative et pyramidale (de la base au sommet) qui privilégie la contribution des organisations non gouvernementales et le rôle prépondérant des femmes dans la gestion des ressources naturelles. Car il ne faut pas oublier que la biodiversité est avant tout une ressource naturelle pour la vie quotidienne, fournissant de la nourriture (cultures vivrières, bétail, poissons...), des fibres pour l’habillement, du bois pour le chauffage et la construction d’habitations, des médicaments et de l’énergie. C’est dire l’intérêt économique que les écosystèmes représentent au-delà du fait qu’ils soient a biodiversité. Par ailleurs, ils fournissent également des supports de production (fertilité du sol, prédateurs, décomposition des déchets...) et des services tels que la purification de l’air et de l’eau, la stabilisation et la modération du climat, la diminution des conséquences des sécheresses, inondations et autres désastres environnementaux. Aussi, la communauté internationale, notamment les décideurs doivent-ils s’atteler à la tâche dès à présent, non à travers des discours et des réunions fleuves mais à travers des actions concrètes et une rigueur à la hauteur de l’intérêt de cette question. Les éducateurs ont également un rôle à jouer dans ce sens car le changement doit commencer à la base.
Leila Ouazry