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Le problème n’est pas de vaincre, le problème est de convaincre ... Le fou du village

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La planète est entrée en guerre. L’événement est tel que la parole, quelle que soit la parole, ne pèse plus rien. Elle ne perd cependant pas toute utilité. Des questions continuent de se poser et se poseront. Et d’abord quelle évolution possible ?

Qui interroger sinon l’histoire ? Elle nous dit que l’actuelle politique de Bush est la répétition à l’identique de la même erreur que celle commise par les colonialistes des siècles précédents ; une toute petite erreur : le mépris de l’être humain et donc de l’intelligence. Aucune force au monde, aucune arme sur terre ne peut arriver à bout de l’intelligence.

L’histoire des guerres nous a légué une moralité et une seule: dans une expédition militaire, quelle qu’elle soit, le problème n’est pas de vaincre. Le problème est de convaincre.

Bush se trompe de moyens.

Les colonialistes français (qui n’étaient pas la France) avaient sous-estimé par mépris les Indochinois (Viêt nam, Laos, Cambodge) au XIXe siècle, les Français vont payer cher la facture. Ces mêmes colonialistes français vont sous-estimer les Algériens à leur tour, les Français, là encore, vont faire les frais de cette méprise. Plus tard, les opportunistes de Washington vont, au mépris de cette expérience historique, et sous couvert de la lutte contre le communisme, commettre la même erreur au Viêt-nam et condamner leurs soldats et leur population aux mêmes conséquences. 

Le résultat de ces méprises à répétition est ce chapelet de cimetières qu’est le triste palmarès de l’aventure coloniale.

De 1859 à 1954, les Indochinois ne vont pas laisser à l’occupant français un seul moment de répit. Des morts et des morts et des morts. C’est Napoléon III qui est à l’origine de cette mésaventure. Curieusement, au nom de la lutte contre le terrorisme, appelé autrement à l’époque. C’est, au demeurant, sous ce même prétexte que l’Algérie sera occupée.

L’aventure de l’Indochine se terminera par la capitulation de la France, à Diên Biên Phu, le 8 mai 1954.  Lors de cette seule bataille, les Viêt-minh avaient fait, parmi les Français, 4000 morts et 3000 prisonniers dont un général, le général de Castries. La France s’était effondrée lors de cette bataille alors que ses généraux y voyaient, avec la certitude de Collin Pawell aujourd’hui, un enterrement définitif de la résistance indochinoise.

Pour ce qui est de l’Algérie, les historiens Guy Pervillé et Xavier Yacono, s’appuyant sur des données démographiques,  notamment les recensements de 1954 et 1966, situent le nombre de Français tués en Algérie entre 300 000 et 400 000 : des soldats, mais aussi des femmes, des enfants et des bébés. Les pertes algériennes sont estimées, par les Algériens, à un million de morts : par les Français, à 250 000 morts.

Au nombre des officiers ayant vécu l’enfer ensoleillé de la guerre d’Algérie, un certain lieutenant Jacques Chirac. L’on comprend que M. le président dise non à la guerre! Hommage lui en est rendu par Le fou du village.

L’incurable Maison blanche va reprendre la place de la France au Viêt-nam, en fait la place du mort. Elle soumettra ce pays à plus de 10 ans de bombardements intensifs - de 1962 à 1973 - dont le fameux bombardement de la citadelle de Hué en 1968. Il dura plusieurs mois, sans résultat !

De guerre lasse, la grande Amérique en sera réduite, en 1973, à ne plus demander que “le panier sans raisins” comme dit le proverbe marocain. Le 23 janvier 1973, elle signait avec ces Vietnamiens qu’elle méprisait naguère, un accord de cessez-le-feu à l’hôtel Majestic à Paris. Washington était représenté à cette signature par le sieur Henri Kissinger, un va-t-en guerre aujourd’hui. Pourtant, ce cessez-le-feu n’a pas fait reculer La Maison blanche. Seule la débâcle historique du 26 avril 1975 a pu résoudre le problème. C’est la plus grande et la plus humiliante débâcle de l’histoire des armées, la plus grande fuite qu’on ait connue à une armée aux temps modernes. Un arsenal de guerre inquantifiable a été détruit ou brûlé sur place par les GI’s en fuite.

Il resta de l’Amérique à Saigon des régiments de prostituées syphilitiques qu’il a fallu mettre pour une longue durée dans des centre de traitement et de rééducation.

Si la Maison blanche avait écouté la rue américaine, les choses se seraient au moins terminées dans un relatif honneur pour la bannière étoilée. Du 19 au 24 avril 1971, les pacifistes n’avaient pas arrêté, tout comme aujourd’hui, de manifester dans les rues américaines. Plus de 500 000 Américains s’étaient donné rendez-vous à Washington, envahissant le Mall de la Maison blanche jusqu’à la colline du Capitol dans l’espoir de faire entendre leur Non à la guerre! À cette même occasion, des centaines de vétérans, de mutilés et d’estropiés de la guerre du Viêt-nam étaient venus jeter devant la Maison blanche leurs médailles dans des linceuls militaires au cri de “Peace now”. Plus d’un million d’Américains avaient défilé dans tout le pays pour que cessât la sale guerre du Viêt nam.

Aujourd’hui, M. Bush répète le même scénario en prétextant le terrorisme, exactement comme Napoléon III en 1859. Il faut vraiment être à court d’idées.

Le bilan de cette guerre allait être tenu secret pendant longtemps. Sa révélation sera un grand choc. Pour mémoire,  56 000 GI’s sur le total du demi million engagé ne sont pas revenus aux USA, 135 milliards de dollars dépensés au grand bonheur des marchands d’armes et des corrompus de l’administration.

Jusqu’à quand ?

Il n’y a pas longtemps, Le fou du village écrivait qu’à la veille de la guerre de Quatorze, l’opinion en Allemagne comme en France était convaincue que les hostilités seraient une simple excursion, tout au plus de quelques jours. Cette guerre a duré 4 longues années et fait 9 millions de morts ! Qui nous garantit que l’humanité est aujourd’hui à l’abri de pareil destin ?

Tout cela, c’est de la vielle histoire pourrait rétorquer le lecteur. La réponse est que la situation est plus compliquée aujourd’hui, le risque plus grand, l’opinion publique internationale mieux avertie. Plus rien ne sera comment avant.

Nous pourrions nous attendre à tout sauf à une armée américaine dévorant rapidement l’Irak avec le soulagement du “tout est bien qui finit bien”. 

À cela il y a la raison que tout le monde connaît : le pétrole. Si Washington prend sous contrôle le pétrole du Proche-Orient, cela revient à prendre à la gorge l’Europe et l’Asie. Mais il y a aussi la raison financière dont on ne parle pas

Il faut savoir que l’un des premiers bénéficiaires de l’attaque du World Trade se trouve être l’euro : il n’y aurait pas eu le 11 septembre, les conditions de lancement de l’euro et sa cotation eussent été autres, sans doute.

Sous cet aspect, l’actuelle expédition américaine en Irak doit être comprise, si tout se passe conformément aux vœux de Bush, comme une remise à l’heure de la pendule monétaire, vue de l’autre côté de l’Atlantique. Il est sans doute scandaleux, dans la logique secrète américaine, qu’un euro à ses premiers pas ait, comme un cadeau du ciel, la parité avec le dollar.

La guerre de Washington contre Bagdad est donc, au fond et aussi, une guerre du dollar contre l’euro. Il suffit à Bush de relever le défi et voilà les Européens contraints à payer un dollar à 3 euros peut-être et le baril au prix que voudrait Washington...Il n’y aura donc pas de cadeau. Si l’Europe des grands n’a pas déclaré une guerre ouverte à Bush, elle n’a pas d’autre choix que de lui livrer une guerre souterraine.  Il y a donc de fortes chances que les GI’s qui tablent sur une courte balade, la fleur au fusil, se voient contraints de jouer les prolongations, Dieu sait combien...

Avec sa conformité récalcitrante au droit international, Saddam Hussein aura fourni à l’Europe des grands, le prétexte idéal pour mettre élégamment Bush hors la loi internationale. Si bien que l’agression contre l’Irak devient une agression contre l’humanité tout entière. Bush ne peut pas avoir raison contre l’humanité. Il part donc perdant. C’est la parole de l’humanité contre la sienne. Il n’y eut jamais dans l’histoire de cette planète isolement plus grand.

Le monde est une romance quand il finit il recommence. A la logique des idéologies et des blocs s’est substituée une logique encore plus irréductible : la logique des continents. L’actuel conflit est presque la preuve que dans le conflit Est-Ouest l’idéologie n’était qu’un prétexte.

La Chine, étrangement silencieuse, ne demande certainement pas mieux que de voir les deux nouveaux anciens blocs s’abîmer dans une guerre. Dans son silence suspect, elle doit certainement caresser l’idée de devenir la nouvelle Amérique du monde. Pour le malheur du monde.

 

Omar Mounir



 

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