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Tourisme et neige, glaciale désinformation ! Ifrane-Merzouga

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“ Maroc Vision 2010 ” : oui, mais…
Ambitieux défi que s’est lancé le pays en janvier 2001 de révolutionner le secteur du tourisme et de le transformer en une véritable industrie pour accueillir 10 millions de visiteurs à l’horizon 2010 ! Des progrès considérables ont déjà été accomplis dans les domaines du transport aérien, des communications et de l’hébergement. Cependant, le malheureux touriste motorisé qui se trouvait aux abords d’Ifrane pour les fêtes de fin d’année se demande s’il n’a pas été oublié dans cette grande vision.

Ifrane-Merzouga en hiver, le cauchemar
Cet axe emprunté par des centaines de touristes nationaux et étrangers devient un itinéraire magique en hiver, menant des forêts de cèdres enneigés aux merveilleuses dunes ocres en passant par la Vallée du Ziz et ses canyons dignes des décors des meilleurs westerns. Décidément, les fées se sont penchées sur le berceau du Maroc. En prime, le Père Noël offert à la région d’Ifrane, un Noël 2004 tout blanc ! L’envers de ce décor idyllique : des centaines d’automobilistes nationaux et étrangers ainsi que les habitants du cru pris au piège le 25 décembre, coincés dans d’interminables files d’attente derrière les barrières de neige. A l’approche de la nuit, trouver un logement devient une urgence pour échapper à une température peu clémente avoisinant les –8 degrés. Mais en matière d’hébergement, le choix est restreint et peu attractif. A Immouzer, quelques hôtels glauques, peu engageants. Pour se restaurer, quelques cafés pas chauffés, toutes portes ouvertes où les patrons, trop contents de ce flux inespéré de familles transies, en profitent pour les arnaquer au moment de l’addition. A Ifrane, l’hôtel Perce-Neige chauffe mais respire la morosité et à Azrou, le chauffage du Panorama est en panne depuis au moins 2 ans. Les rêves de vacances paradisiaques se transforment en cauchemar polaire !

L’information aux abonnés absents
Sur les routes, aucune information disponible pour les conducteurs, pas de panneaux indiquant la fermeture des cols ou la coupure des voies d’accès. Certains véhicules quittent Ifrane pour se voir bloqués quelques kilomètres plus loin par une barrière de neige. Si par bonheur, ils arrivent à franchir celle-ci, ils seront coincés 40 km plus loin à Tamhadit où règne une ambiance de fin du monde et n’existe aucune infrastructure hôtelière digne de ce nom. Ne sachant plus à quel saint se vouer, les pauvres usagers de la route s’en remettent alors aux policiers ou au personnel de la Direction de l’Equipement et des Transports. Mais le cauchemar se poursuit! Celui-ci annonce l’ouverture de la barrière dans les 5 minutes qui suivent mais… une heure plus tard, la file de voitures n’a toujours pas commencé à s’ébranler alors que vous êtes toujours en centième position avec quatre rejetons affamés et transis dans l’habitacle. Au même moment, celui-là déclare que la circulation ne sera pas rétablie avant 24h. Même l’Ingénieur de l’Equipement, pourtant en liaison radio avec les centres stratégiques de décisions, ne possède apparemment pas les informations. Il vous annonce le départ d’un convoi dans les minutes qui suivent mais comme Godot... Comment se fait-il que personne ne soit au courant ? Ou pire, que l’on vous livre des informations contradictoires ? Ou encore que l’on invoque une hypothétique visite royale pour vous égarer un peu plus ? Mystère mais le touriste a vraiment l’impression d’être pris pour le dindon de la farce !

Mischlifen, un joyau bien gardé
Faute de pouvoir rejoindre le sud, le touriste décide de faire contre mauvaise fortune bon cœur et de profiter de son séjour forcé à Ifrane pour tester les pistes de ski de Mischlifen. A lui, les grandes étendues immaculées, la vitesse sur ses planches, le paysage de sports d’hiver. Oui mais…cette route-là aussi est fermée. Pourtant on y croise, Mme Naïma El Madouni, (première femme à occuper le poste de directrice à la Direction de l’Equipement d’Ifrane). La hiérarchie sur le terrain, le touriste reprend espoir d’obtenir, au moins, des informations correctes sur l’état du réseau routier. Malheureusement, il en sera pour ses frais. Malgré les promesses aux accents de vérité indiscutables, la barrière de neige restera désespérément baissée et il ne lui restera plus qu’à faire une croix sur le ski et retenter un ultime passage vers le sud.

Le déneigement, une priorité
La Direction de l’Equipement d’Ifrane, couvrant 150 km de voies principales et secondaires, rassemble environ 70 personnes, des techniciens, opérateurs radio, ingénieurs, chauffeurs, ouvriers affectés au sablage, au déneigement et à l’entretien des routes et des engins. Théoriquement, selon Aziz El Kacimi de la Direction de l’Equipement, “ l’ensemble du territoire doit être déneigé en 24h ”. Et de rajouter “ nous travaillons 24h sur 24h en période de chutes de neige et sommes équipés de 5 fraiseuses des neiges, 1 niveleuse et 1 chargeuse”. Alors, avec tout cet équipement, comment expliquer ce blocage de la région pendant 72h? La Direction de l’Equipement refuse d’ouvrir les routes avant que le déneigement ne soit opéré et les plaques de verglas résorbées. Si l’on souscrit aveuglement à l’impératif de sécurité, on comprend nettement moins bien la décision de cette même Direction d’ouvrir, par exemple, la barrière de neige de Boulemane, à 20h, à des dizaines de voitures aux pneus plus lisses qu’une pièce de 10 dirhams ainsi qu’à nombre de camions et bus surchargés alors que la route était manifestement dangereuse pour ce type de véhicules. Où est la logique ? Avec obstination, le touriste patient poursuivra sa route vers Merzouga, croisant de nombreux véhicules dans le fossé pour cause de verglas et rejoindra, fourbu, après 3 jours d’errance dans le froid, les dunes de sable tant convoitées. Celui qui, à bout de patience, aura opté pour le demi-tour gardera sans aucun doute un souvenir exécrable de son passage au Maroc.
Bref, en 2010, ce sont des milliers de touristes qui emprunteront l’axe Ifrane-Merzouga et il y aura toujours de la neige (à moins que les tsunamis n’induisent un dramatique changement de climat !), le déneigement efficace est donc une priorité absolue pour préserver et renforcer l’image de marque dont jouit le Maroc à l’étranger.

FDD



 

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