Les Tangérois sont dans tous leurs états! C’est qu’on a touché à leur café, à El Hafa, à cet établissement qui fait leur joie depuis plus de 80 ans! J’en ai croisé, une chiée de Tangérois, qui en voulaient carrément à mort à l’initiateur des travaux d’extension de la villa située à l’est du café. Depuis quelques mois, le nouveau proprio de la villa Temsamani est, comme qui dirait, l’ennemi public numéro 1 à Tanger. Parce que El Hafa est, peut-être, le café le plus éblouissant, mais aussi le plus mythique de Tanger. Les cafés Fuentes ou Tingis, par exemple, sont également des incontournables de la ville, mais le café Hafa possède une longueur d’avance, eu égard à ses terrasses boisées et blanchies à la chaux, qui surplombent Gibraltar, Tarifa et Algesiras.
“Je me demande s’il ne se prend pas pour Ramsès II ou Jules César, ce gars-là. Pour son confort personnel, il gâche le panorama collectif. Le café Hafa est l’endroit préféré de milliers de Tangérois. Et les touristes en raffolent eux aussi. Paul Bowles a passé ses dernières années à écrire dans ce café. Ba M’hammed, le propriétaire de cet endroit, pourrait vous parler des heures des milliers d’artistes et d’écrivains qui ont fréquenté, depuis 1921, le café Hafa…”, explique Hasna, une Tangéroise polie. J’use de ce qualificatif parce que j’en ai rencontré des pas polis du tout, un “aayel” particulièrement, Jawad (champion du monde du trash talking!).
Jawad est un client indéfectible du café Hafa. Il y traîne plusieurs fois par semaine depuis qu’il est môme. Son père, déjà, était un inconditionnel de ce lieu. “El Hafa appartient à tous les Tangérois, toutes générations et catégories socioprofessionnelles confondues. C’est vrai qu’on y fume du kif et du “teuch”, mais c’est, avant tout, un endroit culturel! Des gars jouent de la gratte; d’autres chantent, ou écrivent, ou dessinent! C’est beau! Mais, bordel de merde! Depuis qu’il nous a niqué la vue, l’enfoiré de la villa, on sent que le café n’en a plus pour longtemps. Parce que les autorités locales, ces gros “branleurs”, n’ont pas bougé le petit doigt pour empêcher ce zig de construire son putain de mur. On se dit qu’il n’est pas impossible qu’un gars super friqué débarque un jour pour acheter le café et y faire construire une villa afin de jouir, seul, de la vue splendide. Maintenant que j’y pense, ce mec-là, c’est Sharon tout craché. Il construit un mur de séparation! Si ça ne tenait qu’à moi, j’organiserais une sorte d’Intifada. Parole!”, “monologue-t-il”.
.Le café Hafa ne doit pas se faner, comme ont fané, à Tanger, par la faute du capitalisme sauvage et de l’incurie des autorités compétentes, le “Gran Teatro Cervantes”, le Palais des institutions italiennes, le Conservatoire de musique, les cinémas Alcazar, Lux, Goya…
M.L.