Le projet du Code du médicament et de la pharmacie décrié par les pharmaciens d’officine et le conseil de l’ordre a dépassé l’étape du Conseil des ministres en début de la semaine précédente, sans qu’il soit tenu compte des amendements proposés par les pharmaciens. Il est actuellement soumis au parlement. Le Conseil fédéral multiplie les actions pour amener le gouvernement à intégrer les amendements nécessaires, avant le vote final de ce projet. Après une réunion tenue lundi 03 janvier dans la soirée à Fès et qui a mobilisé plusieurs centaines de pharmaciens, le Conseil fédéral s’est réuni, dans la matinée du mardi 4 janvier avec la commission des Affaires sociales du parlement pour lui présenter ses doléances et l’informer des éventuelles retombées d’un tel code sur la profession. Tout comme, le conseil a été reçu par le Premier ministre pour débattre du dossier, sans pour autant sortir avec des propositions concrètes. En attendant, que “ les amendements proposés par les pharmaciens soit sérieusement étudiés et adoptés, la FNSPM accélère ses activités. Ainsi, une grève générale des pharmaciens sera observée à l’échelle nationale les 07 et 08 janvier, et sera suivie d’autres mouvements de contestation. “ Entre sit-in devant le parlement, grève de la faim et fermeture illimitée, nous n’hésiterons pas à utiliser tous les moyens nécessaires pour recouvrer nos droits, non pas que nous sommes des amateurs de la grève mais parce que nous refusons d’aller vers l’agonie. Si actuellement le nombre des fermetures est de l’ordre de 30%, il sera de 50% dès que ce code entrera en vigueur. Malgré les apparences, de nombreuses pharmacies sont en difficulté, et cela va s’empirer avec ce code. ”, déclare H.B., pharmacien qui estime qu’il va signer l’arrêt de mort de la profession. “Nous réfutons ce code et exigeons qu’il soit revu car il va à l’encontre des intérêts de la profession. C’est un code de l’Administration qui n’intègre pas une politique globale du secteur. Au lieu de répondre aux attentes des professionnels le présent projet revient sur les acquis de l’ancien code. Le présent projet représente une véritable menace de la profession.”, déclare M. Soulami Belhaj, président de la FNSPM.
Il est à rappeler que les principaux points de contestation des pharmaciens concernent le chaînage, le présent projet prévoit un chaînage de 300 mètres à vol d’oiseau entre une pharmacie installée et une pharmacie qui souhaite une autorisation. Les pharmaciens proposent le principe du “ numerus clausus ”.
Trop de pharmaciens ?
L’autorisation d’implantation d’une officine doit se faire en fonction de l’importance de chaque agglomération. La fédération propose une moyenne de 5000 habitants/pharmacie. Le nombre des pharmacies s’est effectivement accru durant ces dernières années, et c’est ce qui a rendu les choses difficiles. Aujourd’hui, le Maroc compte quelque 7480 pharmacies, un nombre estimé trop important par rapport à la demande, selon les pharmaciens, mais surtout mal réparti selon les régions. Parfois, on trouve plus de dix pharmacies, dans une petite agglomération ne dépassant guère 20 000 habitants. “La collectivité de M’rirt comptait 6 pharmacies en 1998, actuellement ce sont 14 pharmacies qui se partagent cette petite agglomération de 32 000 habitants. ” explique un pharmacien de la région en poursuivant “ De ce fait, nous appelons le gouvernement à réétudier cette question de chaînage car les “ 300 mètres à Casablanca, diffèrent de ceux de Khénifra ou Toubkalt. C’est pour cela qu’il faut réfléchir en termes de nombre d’habitants.”
Autre point de discorde, l’autorisation d’exercer, actuellement délivrée par le Secrétariat Général du Gouvernement, serait, dans le présent projet, accordée par les autorités provinciales ou préfectorales. “ Nous réfutons catégoriquement cette disposition et nous ne lâcherons pas prise tant que nos intérêts ne seront pas respectés. ”
Les pharmaciens contestent également l’autorisation qu’octroie le présent projet aux cliniques de disposer d’une sorte de “ pharmacie interne ”, d’une part, ainsi que de la possibilité de se fournir directement chez les laboratoires sans passer par les grossistes. “ Nous ne sommes contre le principe d’avoir des pharmacies dans les cliniques avec des créations d’emplois, à condition que les médicaments portent la mention “ réservé aux cliniques ” ou soit livrés dans des emballages spéciaux pour éviter toute équivoque et toute concurrence déloyale ... ” déclare-t-on dans à la FNSPM.
En effet, le présent projet vient, en quelque sorte accentuer le sentiment de désarroi qui sévit dans la profession depuis quelques années. “ Les dispositions de ce code ne nous permettent pas d’avoir un abattement sur les médicaments périmés, sachant que nous sommes obligés, eu égard à la nature de notre métier, d’avoir des stocks, car nous ne sommes pas en mesure de connaître à l’avance les produits qui seront vendus et nous ne pouvons pas ne pas nous approvisionner en un produit sous prétexte que nous ne l’avons pas vendu le mois précédent. Chaque profession a ses spécificités dont il faut tenir en compte dans l’élaboration d’un texte de loi quel qu’il soit et nous estimons que le présent code passe outre les intérêts des officinaux”, explique un pharmacien.
L’objectif d’un nouveau code est justement de répondre aux attentes des professionnels en vue de l’améliorer. Le dahir du 19 février 1960 qui régissait le secteur étant complètement en déphasage avec l’évolution qu’il a connue, le nouveau code devrait peut-être faire l’objet d’une réflexion approfondie avant d’être adopté au parlement.
En attendant le vote final, le gouvernement va-t-il revoir sa copie ?
L. Ouazry