Noël et la St Sylvestre, à une semaine d’intervalle, ces deux fêtes sont joyeusement amalgamées dans l’esprit du grand public marocain. En règle générale, on fait la fête parce que c’est la fin de l’année. Seuls les Français, les Espagnols et autres étrangers célèbrent Noël et la naissance de Jésus en se rendant à la messe de minuit selon leur tradition religieuse. Mme El Jai résume très bien la situation. “ A chacun sa religion. J’ai appris à mes enfants à célébrer des fêtes qui correspondent à leur culture musulmane. Ce qui ne doit pas nous empêcher de nous réjouir et partager la joie de ceux qui fêtent Noël ” dit-elle. Beaucoup de Marocains profitent donc de l’occasion pour se joindre à l’ambiance festive en famille ou entre amis, s’offrir un repas inhabituel et quelques cadeaux ou même décorer leurs maisons. “On fête indirectement Noël en offrant des cadeaux et en envoyant des cartes de vœux” déclare une vendeuse du Carrefour du Livre. “Moi, j’en profite pour m’acheter des crevettes” ajoute un autre employé.
Déco en folie ? Pas vraiment!
Tout le monde s’accorde pour souligner l’esthétique de la fête. D’après Ilham, “c’est une très jolie fête, les décorations créent une ambiance chaleureuse”. Pourtant, au niveau de la décoration de l’espace public, Casa reste très discrète. Pas de guirlandes lumineuses et scintillantes, pas d’arbres de Noël parés de couleurs chatoyantes comme dans les métropoles européennes. Seul le cocotier clignotant et l’enseigne multicolore de Belphego au Maârif égayent les environs. Quant aux vitrines, rares sont celles qui ont revêtu leurs habits de fête. Par contre, chez le chocolatier Jeff de Bruges, “on est prêt depuis la fin du mois de novembre” déclare Mounia, l’une des vendeuses et elle a mis tout son cœur dans la réalisation de ses vitrines raffinées, l’une aux coffres rouges et or regorgeant de chocolat, l’autre marron et blanche, très hivernale. La neige aussi, chez Alpha 55, dans un décor très spartiate, on aurait pu réchauffer cette neige avec de la couleur et des lumières. Le superbe sapin de l’entrée paraît un peu esseulé. Au passage, on adore le charme désuet du liftier à qui il ne manque que la coiffe mais on apprécie beaucoup moins le passage laborieux aux caisses. Par contre, le rayon de décorations de Noël fait preuve d’originalité avec un large choix de lunes, d’étoiles lumineuses, de boules de toutes les couleurs, mattes ou brillantes et de guirlandes. Je craque pour les boules déco blanches en voile qui donnent envie de changer toutes les décorations achetées les années précédentes. L’objet à suspendre dans le sapin coûte de 5 à 6 dhss, parfois plus en fonction de la taille. Belphego propose aussi des objets décoratifs originaux tels des fuseaux en rotin teinté et finement tressé et autres étoiles, cerfs et anges. La devanture de Neuhaus est enfantine et chaleureuse avec sa panoplie de vieux jouets dont une kyrielle de grenouilles toutes plus sympas les unes que les autres. Par contre, le Twin Center est morose, mis à part la boutique de gadget Davis, franchise internationale spécialisée dans le cadeau masculin et Style de Vie, les décorations sont pratiquement absentes.
Mon beau cyprès, Roi des Forêts…
Pas de Noël sans sapin ! Mais au Maroc, on fait appel a son cousin, le cyprès. Depuis une petite semaine, ces derniers, en provenance de Rabat et de Tit Mellil, située à un jet de pierre de Casa, ont fait leur apparition chez une quarantaine de petits marchands. Driss, vendeur au Maarif, explique que “ les prix varient en fonction de la taille des arbres. De 150 dhss pour un petit sapin d’1m20 jusqu’à 500 dhss pour des arbres de 3m ”. M. Mustapha Ouarda rajoute que “ beaucoup d’Européens achètent des arbres mais les Marocains dont les enfants sont scolarisés dans les écoles françaises ou américaines en achètent aussi. Les clients achètent le sapin parce que c’est joli, c’est surtout pour la décoration ”. Mais c’est aussi un business puisqu’une dizaine d’arbres seront vendus chaque jour pendant 2 semaines environ, soit un bénéfice net d’environ 10 000 dhs pour Driss. Les amateurs de sapins vont chez Fleuritel qui importe de France de vrais beaux arbres, de toutes les tailles et…qui sentent bon la résine ! “ Cela fait la seconde année que nous importons de véritables sapins car les Européens flippent complètement sur le sujet. Il leur faut le vrai sapin, l’odeur. Vous ne pouvez pas savoir le nombre de remerciements que nous avons eus depuis que nous avons pris la décision d’importer ” explique Laamia, la gérante du magasin. “ C’est vrai, c’est plus cher -de 450 à 1200 dhs suivant la taille- mais nous sommes taxés sur la marchandise et sur le transport ce qui double pratiquement le prix d’achat. Et, en réalité, nous sommes à peine plus cher que les grandes surfaces en France ”. Elle conclut en disant “ en décembre, les clients ont le sourire, ils dépensent de l’argent mais peu leur importe, ils sont heureux ”.
Enfin, les sapins artificiels en provenance directe de Chine, pas très glamour, pas odorants du tout mais tellement pratiques et à des prix promotionnels imbattables chez Marjane (de 69 à 125 dhss). Côté esthétique, c’est très moyen mais bon, c’est un investissement à long terme!
Et dans les assiettes ?
Si les Européens s’affolent dans leur cuisine pour les repas du Réveillon de Noël et du jour de l’An, la majorité des Marocains déclarent ne pas faire de repas spécial. Certains pourtant, font ripaille et souscrivent à la tradition de la dinde aux marrons, du saumon, des huîtres et du foie gras. Chez le traiteur Vignault, l’effervescence de la fin d’année est palpable dès le seuil. On est sur la brèche pour les divers repas de Noël des entreprises et les corbeilles de cadeaux de fin d’année. Marie-Hélène Raïssi, chef de cuisine et propriétaire des lieux, nous présente ses suggestions pour les fêtes et à la simple lecture de celles-ci, on salive ! Feuilletés de saumon ou de cèpes, saumon ou loup mariné aux 2 baies, bûches aux 2 saumons ou à la mousse de foie gras… “ J’adore travailler le foie gras, les champignons et le poisson ” dit-elle. Ici, on ne plaisante pas avec la qualité et la présentation, nous sommes dans le haut de gamme. “ On travaille beaucoup avec les sociétés donc on travaille en continu sur toute l’année. La clientèle privée va du budget serré au budget sans limite et c’est ce que j’aime ” poursuit-elle. Un peu plus loin dans la même rue, on ne chôme pas non plus chez Sophie et Laurent Florentin, propriétaires de l’Epicerie fine La Corbeille Gourmande. On confectionne de nombreuses corbeilles de cadeaux tant pour le grand public que pour les entreprises. Les prix de ces corbeilles varient en fonction de leur garniture mais le panier moyen de l’acheteur en ces périodes de fêtes se situe entre 500 et 700 dhs. Le foie gras tient bien entendu le haut du pavé, suivi par le saumon, les vins et champagnes. Importateur et distributeur des “ Vin de Bourgueil ” et sous peu, de leur propre champagne, la maison n’est pas peu fière de sa recette de foie gras frais au torchon (155dhsm les 100gr) ainsi que de ses confitures (28 dhs pour 280gr), sorbets et glaces (de 35 a 65 dhs le demi-litre) maison.
Une aubaine pour les chocolatiers
Si peu de Marocains déclarent faire bombance en cette fin d’année, une chose est certaine, ils consomment du chocolat, beaucoup de chocolat ! La preuve en est l’impressionnant rayon de boîtes de chocolat chez Marjane où l’on trouve même des œufs de Pâques (si ! si ! si !). A eux seuls, les étrangers seraient bien en peine de manger tout ce chocolat ! Chez les chocolatiers, il y a de la concurrence mais personne ne s’en plaint, à chacun son savoir-faire, sa qualité et ses prix. Tous se frottent les mains en vue des chiffres d’affaire qu’ils réaliseront sur les mois de décembre janvier et février.
M. Ahmed Elyacoubi, gérant de la société Pralinor, se félicite d’être “ le seul fabricant de pralines au Maroc. Nous importons la matière première de Belgique et fabriquons sur place en adaptant les pralines aux goûts des Marocains. Nous offrons à nos clients un excellent rapport qualité prix. Et nous avons même pensé aux amateurs de chocolat diabétiques ou qui ont peur de grossir en lançant une gamme de chocolats sans sucre à très forte teneur en cacao ”. Adieu la culpabilité, on peut s’empiffrer sans grossir!
Poussez la porte de chez Neuhaus et vous serez immédiatement envahi par le parfum sublime de ce produit de luxe. Mme El Jai, la propriétaire des lieux, vous fait partager sa passion du chocolat haut de gamme. Essayez donc les dernières nouveautés, la Violette ou le Madison. “ A budget égal, vous ne pouvez rien acheter de plus beau que le chocolat. Cela fait plaisir à tous, aux petits comme aux grands et en plus, ce cadeau ne prête pas à confusion comme le don d’un objet en argent par exemple ”. Bien vu, il fallait y penser à la corruption dans les cadeaux de fin d’année.
La bûche dans tous ses états !
Malins ces pâtissiers qui détournèrent intelligemment la bûchette de Noël en une pâtisserie dont on ne peut plus se passer. Belle leçon de marketing! On la retrouve partout mais les commerçants restent très discrets sur le nombre de bûches vendues. Chez Paul, elle est dans tous ses états, de la bavaroise aux éclats de marrons aux 3 mousses au chocolat en passant par la mousse groseille cassis. Elle se pare de noms exotiques, Fraîcheur Caraïbes, ou galactique, Jupiter. Tous les gabarits, de la bûchette individuelle à celle pour 16 personnes (de 400 a 496 dhs suivant le parfum) sont présents. Chez Amoud aussi, large choix de bûches dont celle au chocolat noisette qui me laissa un souvenir ému l’an dernier.
Tous les commerçants sont d’accord, décembre est bien le meilleur mois de l’année avec le bémol des fleuristes qui rajoutent juillet et son cortège de mariages. Les chiffres d’affaire de décembre grimpent de 40% à 70 % par rapport à un mois normal et pour certains, les 2 seuls mois de décembre et janvier, représenteront carrément 40 à 45 % du chiffre d’affaire annuel. Cependant, même si Noël est un bon business, n’occultons pas les valeurs de paix et de tolérance que véhicule cette belle fête chrétienne !
FDD
Les symboles de Noël
Le conifère enguirlandé évoque la vie éternelle depuis la nuit des temps, en Chine et en Egypte. Chez les Celtes, cet arbre est considéré comme le symbole de l’enfantement. Tout naturellement, dans le christianisme, ce végétal devient l’“arbre de l’enfant Jésus”. Ensuite, les sapins sont décorés de pommes rouges, allusion à l’arbre du Jardin d’Eden et Eve. S’y ajoutent ensuite des noix, des oranges et même des personnages en biscuits, pain d’épice ou papier. Une jolie légende raconte qu’au début du 19ème siècle, une mauvaise récolte de fruits poussa un verrier de Strasbourg à pallier l’absence de ceux-ci par des boules multicolores. Très vite, ces boules, à qui l’on attribue le pouvoir de chasser les mauvais esprits, seront produites en grande quantité en Allemagne sous le nom de “ kugels ”.
La crèche, apparue au 15ème siècle en Italie, rappelle la mangeoire dans laquelle Marie dépose le nouveau-né et au fil du temps, elle en vient à représenter la Nativité dans son ensemble. L’étoile, souvent posée au sommet du sapin symbolise l’astre qui a guidé les Rois mages jusqu’à la crèche et les couronnes de houx piquant aux boules rouges rappellent la couronne d’épines du Christ ainsi que son sang. Avant la disparition des cheminées dans les maisons, une bûche était brûlée dans l’âtre en souvenir de l’enfant Jésus né dans une étable glaciale. Cette coutume se transforme en une bûchette plantée de bougies jusqu’à ce que l’industrie pâtissière n’y voie une belle occasion, source de revenus potentiels. La bûche devient alors une génoise avec de la crème au beurre déclinée actuellement sur tous les modes.