Il aurait fallu que le Maroc signe les accords de libre échange avec les Etats-Unis pour que le projet de Code du médicament et de la pharmacie, attendu depuis belle lurette par les professionnels, soit mis sur les rails. Coup de théâtre, le nouveau code, pourtant tant espéré, est décrié par les pharmaciens d’officine et le conseil de l’ordre, qui n’ont pas été associés à son l’élaboration. De nombreuses dispositions vont à l’encontre des intérêts et des revendications des pharmaciens. La mouture définitive de ce projet n’a pas pris en compte les principales propositions des intéressés. “Nous réfutons ce code et exigeons qu’il soit réétudié car il mène la profession droit dans le mur. C’est un code de l’Administration qui n’intègre pas une politique globale du secteur. Au lieu de répondre aux attentes des professionnels, le présent projet revient sur les acquis de l’ancien code.”, argue M. Soulami Belhaj, président de la FNSPM. “ L’objectif d’un nouveau code c’est justement de répondre aux attentes des professionnels qui vivent au quotidien les problèmes que connaît le secteur en vue de l’améliorer et de le sortir de son agonie. Le dahir du 19 février 1960 qui le régissait étant complètement en déphasage avec l’évolution qu’il a connue. Or nous assistons aujourd’hui à une véritable menace de la profession. Si ce code venait à s’appliquer tel qu’il est aujourd’hui, nous signerions l’arrêt de mort de la profession”, déclare indigné l’un des pharmaciens en sit-in. En effet, il convient de rappeler que si le métier de pharmacien était dans le temps, considéré comme un métier à “risque zéro”, puisque sûr du point de vue financier, les choses ont actuellement changé. Les pharmaciens réalisaient de gros chiffres d’affaires car ils étaient peu nombreux. “Aujourd’hui, certains pharmaciens s’en sortent à peine. Finie la période des vaches grasses, une bonne poignée de pharmaciens a du mal à boucler le mois, mais ne peut pas mettre la clef sous le paillasson car un pharmacien qui déclare faillite ne pourra plus jamais avoir une nouvelle autorisation.”, explique un membre de la FNSPM, selon qui on assiste à six ouvertures par jour. En effet, le “numerus clausus” figure à la tête des dispositions qui désenchantent la fédération. Au moment où le présent projet prévoit un chaînage de 300 mètres à vol d’oiseau entre l’ancienne pharmacie et la pharmacie qui demande une autorisation, les pharmaciens proposent le principe du “numerus clausus”. L’autorisation d’implantation d’une officine doit se faire en fonction de l’importance de chaque agglomération. “300 mètres dans un quartier comme Maârif à Casabalanca, ne sont pas les mêmes à Ifrane ou Ain leuh. C’est pour cela qu’il faut réfléchir en terme du nombre d’habitants”.
Dans ce sens, la fédération propose, une moyenne de 5000 habitant/pharmacie.
L’autorisation d’exercer, actuellement délivrée par le Secrétariat général du gouvernement, serait, en fonction du présent projet, du ressort des autorités provinciales ou préfectorales. “ Nous réfutons catégoriquement cette disposition. Le fait que l’autorisation relève du gouverneur ou du wali pourrait engendrer des problèmes dont on peut parfaitement se passer. La profession vit déjà un grand malaise. Ce n’est pas la peine d’en rajouter. ”, lance un pharmacien de la ville de Khénifra en sit-in devant le ministère de la Santé à Rabat. “Nous exigeons que le conseil de l’Ordre ait son mot à dire dans l’octroi comme dans le retrait des autorisations d’implantations”
Autre disposition que contestent les pharmaciens, c’est l’autorisation des cliniques à disposer d’une sorte de “pharmacie interne”, d’une part ainsi que la possibilité de se fournir directement chez les laboratoires sans passer par les grossistes. “Ceci risque de nuire gravement à la profession déjà mal au point depuis pas mal de temps.”
Par ailleurs, le projet n’a pas retenu le droit de substitution. En vigueur depuis plus de quatre ans dans l'Hexagone. Cette pratique laisse toute la latitude, au pharmacien d'officine de remplacer le médicament d'origine que le médecin aurait prescrit au patient par un générique, sans obligation d'informer ce dernier. L'objectif étant de réduire la facture des médicaments qui pèse sur la caisse de l'Etat d’une part et de rendre le médicament accessible à toutes les catégories de la population d’autre part.
Partant, la fédération nationale des syndicats des pharmaciens du Maroc est décidée à se faire entendre. Un mouvement de grève à l’échelle nationale est prévu le 29 décembre, il sera suivi d’un autre le 07 janvier, si le gouvernement ne réagit pas favorablement aux revendications des officinaux. “ Nous appelons les autorités compétentes à tenir compte des amendements que proposent les professionnels pour élaborer un code qui donne satisfaction à toutes les parties et réponde aux attentes des principaux concernés, à savoir les pharmaciens.”
L.O.