Que sera le Maroc à l'horizon 2010-2015 si rien n'est fait pour contrer l'exode rural et la construction anarchique ? Le problème devient complexe si l'on met dans la balance la démographie galopante que connaît le pays. Pour le Secrétariat Général du Conseil national de l'habitat et de l'urbanisme, il n'y a pas quatre chemins à suivre. Le temps est compté et il faut aller vite dans les réformes et ne plus se contenter des zonages ni des cités poubelles. En projetant donc la réflexion, à ce sujet, le Secrétariat Général du CNHU entend sensibiliser les décideurs, les opérateurs, les différents organismes intervenant dans l'acte de bâtir ainsi que les professionnels à ce phénomène. Autrement dit, ces journées d'études, tenues les 14 et 15 décembre courant au siège du ministère de tutelle à Rabat, ont fait le constat. Placée sous le thème "villes nouvelles-villes satellites", cette rencontre a inauguré une nouvelle ère dans le secteur de l'habitat. M. Abdelhaï Bousfiha, Architecte Général et Secrétaire Général du CNHU, n'a pas manqué de mots pour orienter les débats. En se référant au Roi défunt, Sa Majesté Hassan II, pour introduire son allocution, M. Bousfiha avisait le public que la problématique n'est pas nouvelle et qu'elle était au coeur des réflexions royales depuis des décennies. Feu Sa Majesté Hassan II soulignait, entre autres, que "...Il n'y a plus de raison de procéder à l'extension des villes telles que Rabat, Casablanca, Meknès et Marrakech. Il y a lieu plutôt d'édifier à 30 ou 40 km de ces villes, de nouvelles cités à même d'abriter 40 à 50 000 habitants...Il faudra cesser de développer et d’agrandir de façon anarchique nos villes. Il faudra plutôt établir des plans de localités de 40 000 à 50 000 habitants, qui seront de véritables petites villes agricoles, agro-industrielles, des villes où l'on pratiquerait de la formation professionnelle, des villes pouvant se suffire à elles-mêmes et évoluer dans un environnement économique et climatique sain..."Nous sommes déjà en juillet 1981. Pour le conférencier, la programmation de ces deux journées sur "villes nouvelles-villes satellites", était jugée opportune en ce sens que cette manifestation contribuera à la mise en place d'une politique de villes nouvelles-villes satellites dont les grandes lignes ont été déjà tracées par Feu Sa Majesté Hassan II. Et l'état des lieux n'est pas reluisant. En effet, les principales villes du Royaume connaissent un taux d'accroissement qui varie en 3 et 9 %. Pour M. Bousfiha, cela est dû essentiellement à la croissance démographique et à l'exode rural. Résultat: nous sommes en présence d'une forte demande en logements, en équipements socio-économiques, en infrastructures et en emplois sans que les moyens soient suffisants pour couvrir ces besoins. La situation se complique quand on sait que plus de 55,2 % de la population du pays vivent actuellement dans les villes.
Résorber la crise de logements
Ce qui fait dire aux spécialistes qu'à ce rythme de croissance actuelle, en moyenne de 3,6 %, la population marocaine sera estimée à 68 % à l'horizon 2020. D'où la question de l'habitat et de l'urbanisme va se poser avec acuité si une stratégie nouvelle n'est pas initiée maintenant. En définitive, c'est une culture de l'urgence qu'il s'agit aujourd'hui de contrer pour aller vers une réflexion approfondie, doublée d'une ouverture vers des expériences étrangères, dans le but de guider nos villes vers une solution sereine, réfléchie et anticipative. Car la réalité est qu'à l'aube du 21 ème siècle, le pays connaît encore, dans sa croissance urbaine, deux phénomènes endémiques à savoir : exode rural et construction anarchique. L'autre constat est qu'à l'exception de certains groupements d'habitation réalisés par les organismes publics ou privés, l'effort de l'État s'effectue dans la grande majorité des cas en termes de lotissements. Tout comme l'on remarque la prédominance de l'auto construction où chaque bénéficiaire est livré à lui-même pour réaliser son propre logement entraînant ainsi plusieurs anomalies au niveau de la conception et de la gestion urbaine. Face à ces réalités, le nouveau concept de création de villes nouvelles-villes satellites s'inscrit dans le cadre d'une approche globale d'aménagement et de développement durable du territoire. Il doit, également, traduire un urbanisme nouveau et spécifique qui garantisse une meilleure conception de la ville. Partant, le nouveau concept sera à la base de réformes profondes et réelles du système national urbain en termes de révision de l'arsenal juridique, des outils d'urbanisme, d'approche et de conception respectant les critères et les composantes architecturales et urbaines adaptées aux spécificités et à l'identité du pays au niveau national, régional et local. Parmi les objectifs visés par cette démarche, entre autres, il est question d’asseoir le concept de villes nouvelles-villes satellites dans sa dimension spatiale. Ce qui permettra de renforcer et de développer une bonne gouvernance urbaine. Pour bien mener cette réflexion, le CNHU soumettra des recommandations au gouvernement. En la matière, le CNHU a pris pour cas concret le littoral Kénitra-Assilah qui semble idéal pour la création de villes nouvelles-villes satellites. Ce choix n'est pas fortuit car il s'agit d'une zone immensément riche avec des pôles d'activité bien implantées mais très démunies en urbanisme. Comme quoi, il y a encore matière à réfléchir.
M.S.
Le CNHU en bref
Institué en juin 2002 par le Décret No 2-01-1011, le Conseil national de l’habitat et de l’urbanisme (CNHU) est une instance de réflexion, de concertation qui est de nature à conforter la politique de réformes engagée par le Gouvernement en permettant l’association des différents acteurs et opérateurs tant publics que privés à la définition des orientations et des stratégies en matière d’habitat et d’urbanisme. En tant qu’organe national, le conseil est destiné également à renforcer et développer la coopération entre les différents partenaires : administrations, secteur privé, institutions financières, établissements publics et professionnels du bâtiment. Il contribue également à la définition des orientations et des stratégies en matière d’habitat et de proposer au gouvernement toutes mesures ou actions pour la promotion de l’habitat, notamment de l’habitat social ainsi que pour l’orientation de l’urbanisme dans les zones urbaines et les zones rurales. À ce titre, le CNHU est composé de personnalités porteuses d’expertises à des titres différents. C'est aussi un lieu d’échanges d’idées et d’expériences entre ceux qui font la politique de l’habitat et de l’urbanisme et ceux qui la vivent. Le Conseil constitue également un relais entre les habitants des quartiers par le biais des organismes non gouvernementaux (ONG), les concepteurs, les opérateurs, les gestionnaires, les représentants des instances des professions libérales, les fédérations, les responsables publics. In fine, le Conseil concourt à l’élaboration de la politique nationale de l’habitat et de l’urbanisme et du développement social urbain par ses propositions d’orientation et de mise en œuvre, il émet des avis sur saisie du gouvernement ou de sa propre initiative sur tout sujet pertinent au regard de la politique de l’habitat et de l’urbanisme. Sans oublier qu'il contribue à l’information du public.