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La Légion d’Honneur pour les goumiers Casablanca

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Créée le 19 mai 1802 par Bonaparte (encore sage à l’époque, puisque pas encore Empereur, ni même Consul à vie, mais seulement Premier Consul!), la Légion d’Honneur récompense les mérites civils et militaires en temps de paix ou de guerre. Évidemment, c’est pour leur cran en temps de guerre que 33 vétérans ont été honorés mardi dernier, lors d’une cérémonie à laquelle ont pris part M. Dryef et Mme Corinne Breuzé, respectivement Wali de Casa et Consul Général de France à Casa, ainsi que le Capitaine de frégate Gémin  Les goumiers sont “en voie de disparition”, puisqu’ils étaient de grands gaillards déjà, en 1945. Il était temps que les quelques centaines de “miraculés” soient salués.  
Il est rare, et donc jubilatoire, de se trouver en compagnie de 33 héros de guerre! Et quelle guerre, mes aïeux! “Nous avons été débarqués en plein enfer. Mon bataillon goum a combattu en France essentiellement, mais également en Allemagne. C’était peut-être moins terrible que la bataille de Monte Cassino, durant laquelle périt un grand nombre de nos concitoyens, mais tu peux me croire, petit! C’était bien assez terrible! J’en fais encore des cauchemars!”, s’exclame Mohammed, qui dit être fier de constater que ses actes de bravoure et ceux de ses pairs n’ont pas été oubliés, soixante ans après.
L’émotion se lit sur les visages des anciens combattants, aussi commodément que peut se lire, par exemple, un bouquin de la Bibliothèque rose (genre “Oui-Oui”), ou, afin de coller davantage à l’actualité, un “Harry Potter”… Les papys défilent, bombent le torse, se laissent agrafer la Légion d’Honneur. Certains parmi eux se laissent aller à des petits commentaires spontanés, qui remerciant ardemment Jacques Chirac, qui revenant sur le rôle prépondérant du Général de Gaulle dans la Libération, qui se contentant d’observer un très digne “ garde-à-vous”…

Une médaille ne nourrit pas son homme

Mais, les goumiers récompensés ne font plus partie de la Grande Muette. Certes touchés par le geste de la France à leur endroit, ils n’en demeurent pas moins insatisfaits pour ce qui est de la pension que leur verse la République reconnaissante. “Moi je ne me soucie pas trop de l’aspect matériel. Il ne me reste plus grand-chose à vivre, et j’ai plutôt reçu une éducation spartiate, ce qui fait que je me satisfais d’un rien. Mais je suis le patriarche d’une famille nombreuse, et déshéritée. La pension trimestrielle que je perçois s’élève à 1.800 DH. Si je disparais demain, je ne laisserai rien d’autre que cette médaille à mes enfants. Je peux te dire que, comme tout le monde, ils préféreraient que je leur laisse un petit pécule, mes héritiers!”, se plaint un autre pépé.
Ils ne sont pas à l’abri du besoin, les anciens combattants présents mardi dernier dans l’enceinte de la villa Louisiane, ce temple du bon goût, de la “dolce vita” française. Je m’en suis rendu compte tandis que j’essayais de dégoter le numéro de téléphone de quelques-uns d’entre eux (histoire de goupiller un papier sur les héros de guerre, en ces temps de belligérance peu héroïque). Seul un goumier m’a donné ses coordonnées, et je suppose que ceux qui m’ont rétorqué qu’ils n’avaient pas de bigophone (pas même une ligne fixe!) n’entendaient pas juste se débarrasser de moi –ou alors, j’devais puer l’gaz, ce jour-là!
La plupart de ces héros, qui ont contribué à mettre hors d’état de nuire le IIIe Reich, disent vivre dans des taudis, dans la misère, sans d’autres revenus que cette pitoyable pension. En fait, si ces vétérans de la guerre contre le fascisme se mettaient en tête de tenir un cahier de doléances, les papeteries de Casa frôleraient la rupture de stock! Untel souhaiterait  déshumidifier sa carrée; il dit souffrir, entre autres, de crises de rhumatismes effroyablement puissantes… Un autre zig aimerait bien se rendre en France, afin de fouler la terre sur laquelle il a failli perdre sa vie, soixante ans plus tôt; il n’aura pas de problèmes pour un éventuel visa (puisqu’il est tout de même récipiendaire de la Légion d’Honneur), mais il dit n’avoir même pas assez d’argent pour acheter un ticket de car pour Meknès, ville où vit une partie de sa famille… Un petit geste supplémentaire, M. Chirac! Je ne sais pas, moi! Un RMI (revenu minimum d’insertion) pour héros de guerre, par exemple! D’autant plus que, par la force de l’âge, la population concernée a sensiblement diminué !                

M.L.         

A propos de la Légion d’Honneur

Description : Etoile blanche à 5 doubles pointes, entourée d’une ceinture de feuillage vert (branche de chêne et de laurier) et surmontée d’une couronne ovale mi-chêne mi-laurier, la légion d’honneur se porte exclusivement sur la gauche de la poitrine. La face de cette médaille est frappée de la mention “République française”, et porte l’effigie de la République tandis que sur le revers, agrémenté d’un drapeau tricolore, est inscrite la légende “Honneur et Patrie”.

Privilèges : Les détenteurs de la Légion d’Honneur ont droit aux honneurs militaires à leurs obsèques. Ils peuvent, par ailleurs, mentionner leur titre sur leur carte de visite, mais n’ont pas le droit d’en faire usage pour des motifs commerciaux.

Quelques décorés célèbres : Chateaubriand, Hugo, Musset, Stendhal, Mérimée, Verne, Colette, Ingres, Sarah Bernhardt, le maréchal et Mme la maréchale Lyautey , Maurice Papon (mais elle lui a été retirée dernièrement!), Alain Mimoun, Claude Berri, Bruno Cremer, Jean-Pierre Foucault, Pierre Arditi, Jacques Villeret,  Yamina Benguigui, Jean Réno, Steven Spielberg, Jacques Dessange, l’équipe de France qui a remporté le Mondial 98…



 

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