Dans un contexte où le zapping bat son fort, les téléspectateurs regardent, comparent et choisissent. Le critère de qualité étant souvent à l'origine de ce choix. Or, depuis une dizaine de jours, les Marocains ont du mal à capter leurs programmes habituels et pour cause, les cartes piratées ne fonctionnent plus. C’est la panique générale.
Les hackers de Derb Ghallef sont dans une impasse, ils sont accueillis par l’expression “ Bye Bye TPS ” à chaque fois qu’ils essaient de recharger une carte. La recharge des cartes piratées moyennant un tarif de 20 Dhs représente un manque à gagner considérable pour eux. “ C’est de l’argent perdu, c’est une partie de nos gains qui est sablée. C’est de l’argent qui nous passe sous le nez sans pouvoir en profiter. Nous avons les boules de ne pouvoir répondre à une demande aussi conséquente et c’est pour cela que nous n’abandonnons pas. Nos gars sont branchés 24 sur 24 pour trouver une solution. Le code ne tardera pas à tomber. ”, précise Abdelali. C’est ce qui explique l’explosion du nombre de visites effectuées sur les sites en question, tels que TPS-zone, king of Sat, lingsat…
Décodera, décodera pas ?
En effet, depuis le 17 novembre dernier, les chaînes du bouquet TPS, à savoir Multivisions, LCI, Cinéstar …, captées principalement à travers le système viaccess ne sont plus accessibles. Il ne s’agit pas d’un nouveau code qu’il faudra déchiffrer comme le déclarent la majorité des spécialistes de Derb Ghallef, mais plutôt d’une nouvelle forme de lutte anti-piratage, moyennant un cryptage dynamique, comme ce fut le cas pour le bouquet Canal satellite. “ Ce n’est pas la peine de perdre votre temps, en faisant le tour des fournisseurs, personne ne peut prétendre recharger les cartes en ce moment. Autrement, ce sera une arnaque tout simplement. Il vaut mieux revenir dans une semaine quand on aura trouvé le nouveau code”, avance Saïd. En effet, certains commerçants peu scrupuleux profitent de “l’aubaine” pour arnaquer les clients crédules. Selon un fournisseur des cartes piratées, deux possibilités d’être à nouveau branché sur TPS existent. La première concerne les chariots Magix et Matrix et la seconde concerne les décodeurs Ecostar qui peuvent fonctionner avec une carte piratée après une remise à jour, qui coûterait environ 80 Dhs. Ce qui est archifaux, selon un autre fournisseur. En tout cas, ce qui est sûr, c’est que seuls les décodeurs d’origine, fournis par TPS, continuent de fonctionner avec des cartes piratées. Il convient de rappeler que pour posséder le récepteur original, il faut procéder à un abonnement, qui coûte entre 15 et 30 euros par mois et payer en sus près de 600 Dhs comme frais de location du décodeur. Ce qui suppose qu’il faut avoir une adresse et un compte en banque en France (le paiement s’effectue via un prélèvement bancaire mensuel). Ce qui est interdit par la loi. Mais on sait que nombreux sont nos concitoyens ont un compte à l’étranger. Pour ces clients, même s’ils résilient leur abonnement, ils continuent de recevoir le bouquet TPS, via des cartes piratées. “ Ce qui veut dire qu’il ne s’agit pas de déchiffrer un code mais de se pencher plutôt sur le terminal du réseau de distribution lui-même pour arriver à une solution.”, explique un technicien, selon qui, cela ressemble à un piratage des cartes piratées. Et de poursuivre “ TPS a mis en place un système de cryptage capable de rendre les cartes piratées non opérationnelles”.
Par ailleurs, il est à noter qu’on peut capter un bon nombre de chaînes dont les françaises, sans carte, à travers un récepteur basique qui coûte entre 600 et 800 Dhs. Mais selon notre technicien, il faut disposer d’une parabole de 2,80 m pour capter certains pays.
Fini le piratage ?
En tout cas, pour l’instant, ce n’est pas sûr que les génies de Derb Ghallef arrivent à résoudre le problème, au grand désespoir des zappeurs. En attendant, les spectateurs marocains pourront continuer à suivre les programmes de TF1, France 2, France 3 et M6, …qui sont captés sur le système analogique. D’ailleurs, les chaînes arabophones, notamment d’information, comme Al Jazeera, connaissent, depuis, un regain d’intérêt.
Il est par ailleurs à rappeler que cette action de l’entreprise française coïncide avec la campagne de lutte contre le piratage diffusée par le BMDA (Bureau marocain des droits d’auteurs) depuis près de deux semaines sur les deux chaînes nationales. Une campagne qui ne concerne pas les hackers de Derb Ghallef. En tout cas, le problème du TPS devra persuader ces petits génies que le piratage ne pourra pas continuer à sévir sans impunité comme il devra également persuader les décideurs que lorsqu’on veut combattre un fléau quelconque, on peut y arriver, et convaincre aussi les usagers que lorsqu’on dépend d’un réseau illicite, on peut s’attendre à de mauvaises surprises ; aujourd’hui, les gens qui sont passés par le réseau légal n’ont pas de problèmes. Mais la problématique dépasse, en fait, la question du piratage en soi, c’est un problème socio-économique réel qu’il n’est pas aisé de solutionner. Car si Derb Ghallef, où l’économie informelle a pris des dimensions impressionnantes qui ne semblent déranger personne, nombreux sont les jeunes entrepreneurs qui ont mis la clef sous le paillasson et qui sont allés investir ailleurs, là où les lois sont respectées. Rappelons-le, tout acte de piratage est prohibé par le Dahir n° 1-0020 du 9 Dou A kiîda 1420, correspondant à la loi 2-00 relative aux droits d’auteurs et droits voisins.
L. Ouazry