Incroyable mais vrai. Des enseignants exercent leurs fonctions depuis près de deux ans, sans toucher le moindre sou. Ayant intégré la fonction publique après plus de 24 mois de chômage et après avoir mené un mouvement de contestation soutenu, les jeunes diplômés sont passés de la situation de diplômés-chômeurs à celle de jeunes recrues. Cependant, leur joie a été illusoire. La satisfaction de l’embauche a rapidement cédé la place à l’amertume de l’exploitation. Cela paraît invraisemblable mais ce sont près de 600 personnes, dont 200 titulaires du Diplôme d’Études Supérieurs Approfondies (DESA) et 400 licenciés, qui ont intégré le département de l’Éducation nationale depuis près de deux années ; mais à ce jour, leurs situations financière et juridique ne sont pas encore régularisées. Il est à rappeler que pour résoudre la problématique des diplômés- chômeurs, le gouvernement avait procédé à leur insertion directe dans divers département de la fonction publique. C’est ainsi qu’une bonne partie d’entre eux avait été affectée au ministère de l’Éducation nationale, l’Enseignement supérieur, la formation des cadres et de la Recherche scientifique, notamment dans les provinces du sud, alors que d’autres avaient été affectés dans d’autres départements tels que la Santé, l’Urbanisme... Ce qui est surprenant, c’est que ces derniers , contrairement à leurs homologues de l’Éducation, sont titularisés et touchent normalement leurs salaires.
Aujourd’hui, ces jeunes enseignants sont déterminés à faire valoir leurs droits. Ils ont décidé d’entamer un mouvement de contestation illimité, à travers un sit-in permanent devant le siège du ministère de l’Éducation nationale à Rabat à partir du mercredi 17 novembre. “Après maintes tentatives de prendre attache avec le département de M. Habib El Malki, on a eu affaire à la politique des portes fermées”, dit-on dans le rang des jeunes enseignants. “Aujourd’hui, nous revendiquons nos droits en termes de salaire et de titularisation, nous refusons cette discrimination”, lance l’un des enseignants qui ajoute “Nous sommes arrivés à un seuil où il nous est impossible de supporter encore cette injustice. Cela fait presque deux ans que nous effectuons notre tâche convenablement sans penser un seul instant à manquer à notre devoir envers nos élèves. Mais l’État manque à son devoir envers nous”, lance M.M., enseignant à Tata. Et de préciser: “ notre situation financière est catastrophique, nous avons des charges à supporter, comment peut-on nous acquitter de notre mission d’éducateurs alors que nous sommes dans un état moral et psychique qui va en se dégradant”.
Pourvu que leurs voix soient entendues, car il s’agit, en effet, d’une noble profession. L’Enseignement dans tous ses niveaux est à la base du développement de toutes les sociétés. Il est clair que si le moral de l’enseignant n’est pas au beau fixe, cela se répercute incontestablement sur l’élève ou l’étudiant. Notre système d’éducation souffre de nombreux maux, il serait grave d’en rajouter.
L.O.