M. Pierre Maurice Geissmann, qui a longtemps vécu et travaillé au Maroc, nous adresse un «dernier» témoignage. Celui d’un héros de la France Libre, qui, soixante ans après , évoque avec émotion les combats pour la libération de la France, auxquels participèrent tant de Marocains.
- Plusieurs centaines de milliers de soldats alliés dont 7 Divisions Françaises (l’Armée d’Afrique et la 1ère DFL).
- Une force navale considérable Américaine, Anglaise, Française. - La 42ème US AIR FORCE dont dépendaient les “Maraudeur B 26 des 31e et 34e Escadres de bombardement...
- Le GB II/20 BRETAGNE.... était de la fête (sic) j’étais le n° 2 de la 2ème escadrille.
- Depuis le Printemps nous étions basés à VILACIDRO (Sardaigne) d’où nous opérions sur le front d’Italie en appui aérien du Corps Expéditionnaire Français, le CEF aux ordres du Général JUIN. La glorieuse 4ème D.M.M et les Tabors sont en vedette... de tous les coups durs, avant d’être envoyés pour libérer la Corse.
- Le 23 juillet 44 après 15 jours de permission de convalescence à Casa, je regagnais mon cockpit !! ... le “manche”... et la routine des bombardements sur le nord de l‘Italie pour couper la retraite des Allemands en direction de Brenne.
- Début Août “Top secret” nous sentons l’agitation dans les E.M. . .. Des nouveaux jeux de “cartes “cartes/objectifs” sont reçus....
- Nos petits camarades de la “reconnaissance” nous passent leurs ... “jolies photos”... qu’ils ont prises avec leurs P. 38 Black Widow (cf. Saint-Ex).
Des “marqueurs-éclaireurs”, nous le savons, sont parachutés pour épauler ceux de la Résistance (très efficace).
- Et puis les ordres arrivent.., le Bretagne sera “gâtée” noblesse oblige.., objectifs primaires les forts et la DCA de TOULON.
- Comme les copains, je rentre de mission avec quelques trous... un de mes “gunners” a même morflé un éclat de Flack... sans gravité.
- La routine s’installe.., et le jour J... le 15 août arrive, alors là.... Mollo.... “take care” nos gars sont sur les plages, priorité absolue au “target Bombing” il ne s’agit pas de les arroser par mégarde.
- Le planning des opérations est tenu; les Allemands submergés reculent tout au long du couloir rhodanien... nous les accompagnons... offensivement...
- TOULON - MARSEILLE tombent, les côtes de Provence sont libérées.
- La 1ère armée (Général DELATTRE de TASSIGNY) remonte vers le nord pour faire sa jonction avec ceux qui ont débarqué en Normandie, ceux d’OVERLORD.
La 1ère DFL (Général Diego BROSSET) nettoie la frontière franco-italienne... avant de foncer sur les Vosges.
-Lyon est libéré, puis DIJON... et là... changement de programme... je suis muté:
- Je quitte la BRETAGNE, le cœur gros ... 4 années de ... baroud, les copains, tous les zincs pilotés, “cette pute de Maraudeur”
- Je dois rejoindre ma nouvelle affectation aux Forces Aériennes de l’Atlantique, à l’Etat Major du Général CORNIGLION MOLINIER, qui avait été en 1941, en Egypte, mon Squadron leader !!! Je pense (à tort) que je vais y pantoufler... mais c’est une autre histoire.
Le 15 Août 2004
60 ans après
Je suis un des 5 vétérans des “FAFL” invité par le Président de la République à assister, à ses côtés,
sur le Charles de GAULLE
à la revue aéronavale en rade de TOULON et à la grande réception qu’il donne en. l’honneur des 15 chefs d’Etat, dont les troupes (coloniales alors) s’illustrèrent au sein de l’Armée de la France en ce mois d’Août 1944.
Le Président CHIRAC, après avoir décoré de la Légion d’Honneur 21 anciens combattants principalement maghrébins et africains, a tenu dans son allocution :
- à rendre un vibrant hommage à Sa Majesté le Roi Mohammed V, Compagnon de la Libération, en présence de son petit-fils Sa Majesté MohammedVI ;
et aussi à conférer, à titre exceptionnel, la Légion d’Honneur à la ville d’Alger qui, ne l’oublions pas, à partir de Novembre 1942, abrita le “Gouvernement Provisoire de la République Française” et son chef le Général de Gaulle.
C’est -il le rappela - d’Algérie, en 1943, que partirent ces magnifiques unités de l’armée d’Afrique pour les campagnes de Tunisie, d’Italie , de Corse, puis le débarquement sur les côtés de Provence, six semaines après celui de Normandie.
Jusqu’à la victoire finale le 8 mai 1945… le 25 juin 1940 était effacé !
Après août 1944 et avant … la fin !
60 ans après, c’est un bail, que de souvenirs !
un grand coup de blues!
Je viens de lire le Figaro, l’avis de décès de celui qui fut mon numéro 3, un sacré fumiste, mais excellent pilote… avec une impressionnante… descente … (sic)
Qu’il repose en paix, avec tous ceux, que j’ai connus au cours de ces 4 années qui forgèrent des hommes avant l’ultime
Missing in action
et pour nous: les survivants, pourquoi nous ?
Je ne regrette rien !
Au revoir la compagnie !
Le rideau peut maintenant se baisser !
Non sans que je ne me sois remémoré ces quelques merveilleuses lignes de Baudelaire :
“j’aime les nuages, les nuages qui passent là-bas, là-bas les merveilleux nuages !
Ô mort, vieux capitaine, il est temps !
Levons l’ancre !
Ce pays nous ennuie.
Ô mort, appareillons”.
Pierre Maurice GEISSMANN