Prescrite pour le traitement de la douleur et/ou de la fièvre , l’ibuprofène a longtemps fait le bonheur des mamans et des enfants avant que la molécule (au même titre que l’acide Méfénamique, l’acide Niflumique, l’acide Tiaprofénique et la Kétoprofène) ne soit pointée du doigt l’été dernier. Interpellée par trois cas de choc septique chez des enfants traités par AINS -il s’agit d’une évolution fatale, une insuffisance séquellaire et une guérison- l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) a mené une étude pharmacologique chez les enfants atteints de varicelle et traités par AINS. Cette étude a révélé la survenue de graves complications infectieuses des lésions cutanées, chez certains sujets. Il est question d’abcès cutané, de nécrose cutanée, de pyodermite gangreneuse, une pneumonie aggravée.... Selon les spécialistes, il s’agirait de complications exceptionnelles en raison du nombre réduit de cas constatés. Selon l’afssaps, il convient pour autant de rappeler que si la varicelle n’est pas prise en charge, elle peut provoquer les mêmes complications, tout comme “les rares études ayant abordé le rôle favorisant des AINS dans les complications infectieuses ne permettent pas, en l’état, ni de l’affirmer, ni de l’exclure”. A partir de là, l’agence a avisé, à la date du 15 juillet, les professionnels de la santé que “la prise en charge de la fièvre et/ou de la douleur par AINS chez l’enfant atteint de varicelle n’est pas recommandée” et a apporté des modifications au résumé des caractéristiques du produit.
Au Maroc, le département de la santé a également réagi. Une circulaire du ministère de la Santé est tombée le 16 septembre 2004 qui stipule de “renforcer les précautions d’emploi et les mises en garde de tous les AINS indiqués chez l’enfant, en considérant qu’il est prudent d’éviter leur utilisation en cas de varicelle.” De plus M. Biadillah appelle dans cette note “l’ensemble des professionnels de santé concernés, notamment les médecins généralistes, les pédiatres, les réanimateurs pédiatriques et les pharmaciens qui commercialisent des AINS, d’introduire ces recommandations au niveau de leur spécialités pharmaceutiques à base d’AINS”.
Pour autant, force est de constater que l’information n’a véritablement pas circulé. Il y a eu une défaillance quelque part, mais en tout cas cette circulaire n’a pas touché le public concerné. La majorité des mamans, qui sont les premières concernées, ignorent tout de cette circulaire. Au Maroc l’automédication est de mise. Les mamans ont souvent l’habitude de donner de l’ibuprofène à leurs enfants dès le moindre signe de fièvre, en cas de rage de dent ou de douleur quelconque. Or, comme l’a relevé l’afssaps, l’administration de l’ibuprofène en cas de varicelle peut nuire gravement à la santé de l’enfant, alors que les premiers signes de varicelle débutent souvent par la fièvre et ce n’est que 48 heures plus tard, voire plus, que la varicelle est diagnostiquée. Donc, la maman ne peut pas faire la différence au début entre une simple fièvre liée à un quelconque bobo et une varicelle. De ce fait, le Professeur Ouadfel, pédiatre à Casablanca, conseille aux mamans “l’utilisation du paracétamol en première intention, associée aux gestes physiques habituels : déshabillage, bains, hydratation, enveloppement humide...” Elle poursuit “l’aspirine ne doit pas être administrée chez l’enfant sans avis médical, en raison du risque de développement d’une maladie rare mais grave (le syndrome de Reye), une forte fièvre doit aussi, et obligatoirement, motiver un avis médical ” Donc si la femme n’est pas suffisamment avertie et donc consciente du risque que présente cette molécule, son enfant peut se retrouver avec des complications néfastes. D’où l’intérêt de l’information.
Aujourd’hui, certains professionnels ne savent pas encore de quoi il s’agit. Sur une dizaine de pharmacies, aucune n’avait connaissance de cette circulaire et, du coup, ils continuent de commercialiser les différents types de spécialités de cette molécule en toute quiétude. Ce qui est pour le moins inquiétant et atteste d’un laisser- aller consternant. Au Maroc, le pharmacien se substitue souvent au médecin et par conséquent le département de la Santé aurait dû user de tous les moyens nécessaires pour que l’information arrive à bon port. Ce qui est encore pire, c’est que certains pédiatres privés n’ont jamais reçu la circulaire dont il est question; ils ont entendu parler des “risques de l’ibuprofène à travers les médias français”, ce qui les a poussés à creuser l’information et c’est ce qui a permis la circulation de l’information dans le rang de quelques pédiatres privés, alors que leurs confrères du service public ont eu connaissance de cette information par la circulaire du ministère. C’est dire qu’en pleine révolution des NTIC, l’information peine à circuler !
Leïla Ouazry