Je ne suis pas grand reporter, moi! Je ne sillonne pas le monde pour couvrir les guerres et les événements majeurs qui secouent l’humanité. Je n’arpente pas, au beau milieu des décombres, les ruelles de Falloujah, Bon Dieu! Pourquoi a-t-il tout de même fallu que l’horreur me rattrape, que l’inhumain, l’abominable, me tombent dessus? Pourquoi m’a-t-elle appelé, cette vague connaissance "slaouie"? Pourquoi, diable, m’a-t-elle mis au parfum de ce fait divers sinistre, tragique, qui a secoué sa ville ?
Putain! C’est ardu d’écrire les larmes aux yeux! Ouais, j’ai la haine, parce que des gosses, des ados, qui devraient normalement évoluer au sein d’un environnement sain, équilibré, qui devraient baigner dans un océan d’amour, de sollicitude (tant ils traversent une période délicate de leur vie), sont en train de péter les plombs dans ce bled. Un peu dans le genre de ce qui a lieu, depuis quelques décennies déjà, aux Etats-Unis ; un peu comme Steve Carter, un mioche de huit ans, un jeunot de l’Arkansas, qui, il y a de cela quelques années, a "shooté", fumé, trucidé (en déchargeant froidement un chargeur de M16) une de ses camarades de classe et quelques autres gosses qui passaient par là -malencontreusement s’il en est-, parce qu’une bisbille avait éclaté, la veille, entre lui et la fillette susmentionnée.
Evidemment, au Maroc, il n’est pas (encore) question de M16, d’armes à feu. Mais la violence se manifeste tout de même, de plus en plus tôt. Notre société est de plus en plus brutale, frénétique, furieuse. C’est peut-être notre époque qui veut ça. Ben Laden et ses faux dévots/vrais assassins, Milosevic, Bush et ses faucons-humilie-et-spolie-la-planète, Hussein (pas le petit Roi, le gros enfoiré de dictateur ; Saddam!), et j’en passe et des qui débectent rien que d’y songer! Un peu lourd à digérer, tout ça!
Mais, revenons à Salé, où deux collégiens se chamaillent durant la récré; une p’tite querelle de rien du tout qui, prestement, prend de l’ampleur, dégénère, quand un des gamins, fou furieux, se saisit d’une bouteille en verre, la casse contre un mur, et menace son vis-à-vis en pointant, dangereusement près de sa jugulaire, le tesson. Puis, il porte brusquement l’estocade, mais son antagoniste esquive miraculeusement ; pas une petite gamine qui passait par là (malencontreusement, s’il en est!)… Frimousse ravagée… Œil sérieusement touché…
Cette tragédie a mis aux prises des gosses de 14, 15 ans. Certes plus âgés que Steve Carter, le sniper de l’Arkansas, mais tout de même encore bien jeunes… Que dire de plus ? Peut-être que toute cette haine, qui n’attend point le nombre des années, nous pétera inéluctablement à la gueule, un de ces quatre! Le Steve Carter de Salé vient s’ajouter au Charles Manson de Taroudant ; nous v’là vernis! Presque aussi fort que les States, dites-donc! C’est peut-être ça, la globalisation, après tout! L’insécurité, le darwinisme social pour tous, dès l’âge le plus tendre !
M.L.