"La santé pour tous", c’est l'objectif du gouvernement, appelé à multiplier d'efforts pour relever un tel défi, les besoins étant énormes alors que les moyens demeurent très limités. En effet, le secteur de la santé, pourtant vital, était pratiquement à l'agonie depuis plusieurs années. Infrastructures, équipements, ressources humaines, le secteur est déficitaire à tous les niveaux.
Ne dépassant guère 4,5% du PIB, le secteur de la santé souffre de nombreux maux. Déficitaire à tous les niveaux il n'est nullement représentatif d'un Maroc qui se veut moderne et démocrate où la santé est sensée être un droit pour tous et non le privilège d'une certaine catégorie. A son arrivée, M. Biadillah s’était engagé à ranimer et réhabiliter le secteur de la santé. Le diagnostic effectué, le pronostic prononcé et la feuille de route prescrite pour la rémission d'un secteur ravagé par tant d'années de mauvaises gestion. Une enveloppe budgétaire de 2,5 milliards de Dhs a été dégagée pour lancer le plan d'action 2003-2007; un plan ambitieux visant la restructuration du secteur a été mis au point pour assurer une meilleure prestation sanitaire aux citoyens. Étalé sur cinq années, ce programme s'articule sur dix axes, parmi lesquels figurent la réhabilitation des établissements hospitaliers, la réouverture des hôpitaux fermés, au nombre de quelque 200 unités, la modernisation des urgences, la création de quatre unités régionales d'oncologie pour adultes... Deux années après le lancement de ce programme, nul changement n’a été constaté. L’État des lieux contraste avec un pays éminemment proche de l’Europe et qui entre dans la mondialisation.
“Les discours sont porteurs d’espoir, cependant la réalité est tout autre. La situation va en se dégradant.” lance M. Ali Lotfi, Secrétaire général du syndicat de la santé, affilié à la CDT. “Nous avons déposé notre cahier revendicatif depuis 1990, il comprend des questions légitimes et urgentes. Or depuis, nous n’avons rien eu à part des promesses jamais respectées. Nous avons lancé cette grève parce que le gouvernement de M. Jettou n’a pas tenu ses engagements quant à la résolution de la question de la santé dans sa globalité.”, explique-t-on au syndicat. Il s’agit, des mesures mentionnées dans le protocole d’accord datant du 28 février avec 2004 avec les partenaires sociaux économiques. “Les discours préconisant de donner la priorité au secteur de la santé n’ont jamais été matérialisés”, dixit M. Lotfi qui précise que “Les actions du gouvernement s’orientent vers la préparation de l’entrée en vigueur de l’OMC, en particulier l’accord de libre échange avec les USA.”
C’est dans ce contexte que le syndicat a décidé d’entamer un mouvement de grève mercredi 20 octobre pour une durée de 48 heures, qui a été reconduite cette semaine pour 48 heures également. Ce mouvement de protestation émane d’un sentiment de désarroi qui sévit dans le rang des médecins et des paramédicaux. “Nous ne sommes pas des amateurs de grève, eu égard à la sensibilité du secteur de la santé, et de ce fait, nous avons affaire à des êtres humains ; mais nous refusons toute sorte d’exploitation et d’indifférence de la part de ce gouvernement. Nous refusons de travailler dans un secteur où l’exclusion et la marginalisation des démunis est la règle. Ainsi, les gens qui amènent un certificat d’indigence ne reçoivent plus de soins gratuits au niveau du CHU Ibn Sina et ils doivent payer 50% du montant des prestations. Toutefois, nous restons disposés à un dialogue institutionnel et objectif,” déclare M. Ali Lotfi. “Cette situation a été aggravée par la décision du gouvernement d’augmenter la tarification des soins vainement contestée par tous les partenaires politiques et syndicaux.”
En effet, la principale revendication des grévistes consiste en une remise à niveau des structures de la santé publique sur tous les plan. “Nous dénonçons l’absence de médicaments, la précarité du matériel et la mauvaise gestion des services de santé au Maroc.” Un constat reconnu par M. Biadillah à son arrivée à la tête du département de la santé.
Pour ce qui est des principales revendications matérielles, les médecins du service public déplorent le statut des médecins, pharmaciens et chirurgiens dentistes, en particulier “la reconnaissance du doctorat national et l’ajout de deux grades, ce qui permettra de l’aligner à celui de l’enseignement privé. (Un docteur issu d’une faculté de lettres débute à l’indice 509 alors qu’un docteur en médecine débute à l’indice 336).”
Idem pour le personnel paramédical. Le syndicat réclame la révision du statut du personnel paramédical, du point de vue indemnité hiérarchique par rapport à celui des administrateurs. “Le décret de 1977, modifié et complété de 1989 attribue les mêmes indemnités à tous les autres fonctionnaires de l’Etat classés échelle 10-11 et hors échelles à l’exception des médecins, les ingénieurs, les magistrats, les enseignants de l’Éducation nationale et de l’enseignement supérieur, parce que ces cadres ont des régimes d’indemnités qui leur sont propres.”
En troisième lieu, figure la rémunération des gardes et astreintes. Selon le secrétaire général du syndicat, tous les professionnels de la Santé au Maroc constituent l’exception d’une règle. Car tous les fonctionnaires de l’État ou les salariés du secteur privé sont indemnisés lorsqu’ils travaillent les week-end, les jours fériés ou la nuit. “Ce qui représente une exploitation pure et simple. On n’applique même pas les textes en vigueur, en l’occurrence le code du travail voté l’année dernière au parlement.” Ce mouvement de grève ne semble pas interpeller les parties concernées, selon le syndicat de la Santé. “M. Biadillah nous a informé que notre dossier est entre les mains de la Primature. Mais à ce jour nous n’avons reçu aucune réaction de ce département. C’est l’indifférence totale.” Toutefois, il est à préciser que le Ministre de la Santé à signifié aux grévistes sa disposition à traiter avec eux les questions relatives au mouvement du personnel, les mutations, et la création d’une oeuvre sociale pour les professionnels de la santé.
Dans un pays où il est difficile de trouver dans ses parages une ambulance équipée, un service des urgences valable, un urgentiste présent ou un réanimateur qui sache faire une trachéotomie , ils semble que ces revendications sont légitimes !
Leïla Ouazry