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Fast(ing) and Furious Sports mécaniques urbains

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Pour ne pas en arriver à loucher sur la première louche de h'rira, pour ne point trop focaliser sur l'heure de la délivrance, de la tortore, de la bouffetance à outrance, pour éviter d’affamer en maudissant ces minutes qui s’égrènent tellement mollement qu’on se dit qu’une  aiguille plus courte siérait davantage à les consigner..., faut s’occuper ; et activement !  
Le foot a toujours été l’activité pré-ftour majeure (la sieste n’étant pas une activité). Tu cours après le ballon et t’oublies, à mesure que la partie gagne en intensité, que tant de disette estomaque ton estomac ! Cela dit, les nouvelles générations, spécialement celles dont l’épiderme rutile (les générations dorées, quoi !) ne sont pas trop foot ! Certes, un gars comme Beckham, avec sa frappe chirurgicale, sa devanture de jeune premier et sa " spicegirl " belle et " posh " comme il n’est pas permis, a l’heur de plaire aux jeunes de toutes les conditions. Toutefois, à l’heure du world wide web, du haut-débit, du P2P, des " vécédé ", " dévédé " et autres " divix " à deux sous, de Matrix, Fast and Furious…, les passe-temps se font plus évolués. La jeunesse du XXIesiècle ne saurait se satisfaire d’un loisir conçu deux siècles plus tôt ! Tenez : un professeur d’université américain a même organisé, la semaine dernière, dans les rues de New York, une partie de Pacman mettant aux prises des bonhommes (Cf. " Stone, le monde est stone ")…
A Casa, sur la Corniche, depuis le début de ramadan, des rassemblements monstre et non-organisés, spontanés, underground (même si la corniche est un endroit plutôt exposé), ont lieu plusieurs fois par semaine, quelques heures avant le coucher du soleil ! Et ce n’est pas en Pacman qu’ils sont déguisés, les animateurs de ces manifestations, mais en Valentino Rossi, l’"imperator" de la Moto GP (catégorie-reine des compétitions de deux-roues), sextuple champion du monde, maestro transalpin de l’embrayage, des deux-temps, des quatre-temps (c’est beaucoup plus tentant), etc.
En fait, pour donner l’illusion d’être Rossi, il suffit d’avoir les moyens de s’offrir une belle et grosse bécane. Si beaucoup de propriétaires de scooters poussifs sont assez talentueux pour réussir à épater la galerie en accomplissant quelque tour de passe-passe, quelque acrobatie périlleuse, hardie, les stars des équipées sauvages de la Corniche n’en demeurent pas moins les proprios et conducteurs des grosses cylindrées, des routières et autres customs. Ce sont leurs noms que scandent les nombreuses groupies qui investissent la Corniche, les après-midi de ramadan. 
Boubker, la vingtaine, possède une Kawazaki Ninja 900 centimètres cubes (cc) dernière du nom, une routière mythique, ultra-sportive ; un petit joujou à 20 plaques. Karim, qui est comme selle et popotin avec Boubker, est, pour sa part, l’heureux propriétaire d’une Yamaha R1, une 900 cc aussi, sorte de Ferrari, ou plutôt de Porsche, des motos (la Ferrari des deux-roues ne peut-être que la Ducati), qui coûte au moins autant que la Kawa ! Enfin, Salim, qui a à peu près le même âge que ses deux potes, semble plus sage qu’eux, puisqu’il fait confiance à une Yamaha V-max (un peu en retrait des monstres précités, mais une belle bête tout de même) pour faire le plein de sensations fortes.
Ce trio a éclaboussé de sa virtuosité, de son panache et de son flegme lesdites réunions de férus de bécanes. Mais, si les supporters de la corniche acclament chaudement les acrobaties qu'effectuent les membres de ce trio sur leurs nipponnes bondissantes, les autorités locales ne semblent pas goûter les rassemblements inopinés de gentils motocyclistes. A l’image de ce qui avait eu cours l’année dernière, les motards ont profité en toute quiétude de la corniche, la première semaine de ramadan. Ensuite, la police est montée au créneau, verbalisant jusqu’à plus soif, envoyant force motos à la fourrière… " Moi, j’ai failli refaire la peau à un flic qui entendait faire embarquer dans une dépanneuse ma bécane chérie! J’ai finalement considéré qu’il valait mieux que je m’arrange avec lui…", indique Karim.
Aujourd’hui, au niveau du boulevard de la corniche, des gamins s’essayent encore à des bouffonneries, par-ci, par-là, mais les rassemblements colossaux des premiers jours du mois sacré n’ont pas résisté à l’assaut policier. " Ils prétendent que nos meetings provoquent un dysfonctionnement de la circulation, mais nous n’occupons qu’une partie insignifiante de la corniche. On fait ce qu’on peut dans ce pays où il n’y a pas grand-chose à faire. Je veux dire qu’il n’y a pas assez de clubs de sport, de circuits motos, de pistes de cross… Ils comprennent pas qu’on crève dans notre coin, que les kamikazes du 16 mai le sont devenus parce que la société marocaine et les autorités annihilent la liberté et les passions ?", s’insurge Salim.
Boubker, silencieux jusqu’ici, se lance à son tour : "C’est pas bien grave. C’est clair que les flics nous ont mené la vie dure durant quelques jours, et qu’il est hasardeux, dorénavant, de s’en donner à cœur joie sur la Corniche. Ce que les édiles ne comprennent pas, cependant, c’est que Casa entière se prête aux acrobaties à deux-roues. C’est vrai qu’on a passé du bon temps les premiers jours de ramadan, mais la fête n’est pas pour autant finie. Tous les jours, dès que nous finissons nos cours, nous nous ruons sur nos motos et montrons partout de quel bois nous nous chauffons".
Le trio d’allumés du guidon fait contre mauvaise fortune bon cœur. Ce n’est pas le cas de Abdou, un lycéen de 16 ans, qui a souvent pris part aux parades de la Corniche, et dont le scooter 125 cc a été transbahuté à la fourrière, la semaine dernière, parce qu’il faisait le guignol, sans casque. " En récupérant ma moto, j’ai constaté une grosse fêlure au niveau de son carénage ! Lorsque j’ai demandé des comptes aux employés de la fourrière, ils m’ont ri au nez ! J’étais fou de rage, et j’ai alors voulu leur faire peur en leur disant que j’allais les poursuivre en justice. L’un d’eux m’a répondu que nous n’étions pas aux Etats-Unis, que le département de la Justice obéissait au doigt et à l’œil aux grosses pontes de l’administration, de la police, de la municipalité… Je voulais lui casser la gueule, mais mon père, qui m’accompagnait, m’en a empêché ", raconte Abdou (qui en tremble encore), avant de grimper dans son scooter légèrement cabossé, direction une ruelle d’Anfa Sup que lui et ses potes motards ont élue terrain de jeu pré-" moghreb".
Au pays de S. M. le Roi Mohammed VI, grand mordu de sports mécaniques, pro du jet-ski, fin amateur de supercars italiens (sa visite a Maranello a fait date), de deux-roues, il est déplorable de voir les autorités faire peu de cas de la passion que vouent des ados inoffensifs à l’un des violons d’Ingres du Souverain.        

M.L.



 

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