| | Articles » Grand public | | Lycée Lyautey, port de l’uniforme, loi Stasi : l’inéquation de la semaine Un lecteur mécontent nous écrit |
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Comme à mon habitude, après avoir lu l’édito et l’article d’actualité, je me précipite sur les articles signés M.L. Je reconnais que ce journaliste trouble-fête "n’a pas la langue dans sa bouche", comme aime à le répéter un humoriste marocain, et il manie l’humour, l’ironie et l’enquête journalistique de manière remarquable dans le domaine sociétal. Cependant, après avoir payé un excédent de bagages de 1200 dirhams et avoir goûté au plateau repas de notre "bien aimée" compagnie nationale, je ne peux m’empêcher de réagir à un article que je juge offensant et injuste. Le ministère de l’Education Nationale impose pour cette année scolaire 2004-2005 à quelques établissements publics le port obligatoire de l’uniforme. Cette initiative peut être jugée déplorable et sûrement inutile, mais le lecteur risque discerner difficilement, pour peu qu’il y comprenne quelque chose, la corrélation entre cette mesure édictée par le département de M. Habib El Malki et le Lycée Lyautey. Certes, ce n’est pas la première fois que ce lycée qui, rappelons-le, n’est pas sous la tutelle du ministère marocain de l’Education Nationale, est pris pour cible de manière virulente. Notre cher journaliste juge bon de développer sur deux colonnes, soit un tiers de sa production, une anecdote concernant les habitudes vestimentaires des lycéens de cet établissement de la mission française. Les "bourges" y sont décris comme de vrais milliardaires, dignes des campus d’Harvard ou de Yale, dont le passe-temps favori est l’exhibition de leurs nouveaux achats. Il semble nécessaire de remettre les pendules à l’heure. Tout journaliste digne de ce nom sait que partir d’un exemple ou d’une anecdote particulière pour en déduire une généralité n’est pas une manière professionnelle de procéder, mais constitue au contraire une forme claire de paresse de l’esprit ! Cette "Meriem" qui porte des "stonwé" n’est ni représentative, ni représentante de l’ensemble des adolescents qui fréquentent cet établissement. Il ne s’agit pas de défendre les "lyautéens" dont la majorité est sans doute issue de classes sociales aisées, mais de relativiser des affirmations infondées. Je suis un ancien de ce lycée, promotion 2002, et j’affirme que ce qui s’y passe n’est pas ce qu’on décrit. Le verlan par exemple ne fait pas partie de notre vocabulaire et Dolce et Gabbana, tout comme Jean-Marie Weston, ne sont pas des habitués de notre cour de récréation. D’autre part, il serait temps de se mettre un peu au diapason : le "sas" dont parle M.L. n’existe plus depuis près de deux ans, en application de la loi Evin votée par le Parlement français. Pourquoi ce lycée précisément est-il pris pour cible à chaque fois qu’on veut dénoncer des inégalités dans ce pays? Quid de l’école américaine ? Des établissements de la mission espagnole ou encore des lycées privés marocains dont les frais de scolarité sont aussi élevés qu’à la mission française ? Malheureusement, il est plus difficile de maintenir la démonstration avec ces cas-là, car on risque d’être taxé d’anti-américanisme ou pire, en s’attaquant au privé marocain, de se rendre compte de son hypocrisie. La comparaison avec la France est souvent utilisée comme argument de référence, mais elle n’est jamais poussée jusqu’au bout. Le Lycée Lyautey, qu’on le veuille ou non, produit une partie, et pas des moindres, de l’élite marocaine. Je suis étudiant actuellement à Sciences-Po Paris et j’affirme sans prétention que très rares sont les établissements qui m’auraient permis d’y accéder, au même titre d’ailleurs que 75 % des lycéens bacheliers de Lyautey qui sont actuellement en "prépa" en France. Casablanca et ses bourgeois sont peut-être réputés sur les Champs Elysée, mais pas autant que le sont les étudiants du Lycée Lyautey auprès des scolarités des lycées Louis Le Grand, Henri IV, Montaigne ou Janson de Sailly ! Le problème ne se situe pas donc dans les revenus des parents des élèves de Lyautey et des moyens qu’ils mettent à disposition de leurs "tendrons", car certains parents, dont les miens, font autant de sacrifices et se saignent autant proportionnellement à leur travail que les parents des lycées publics marocains. Le problème est celui de la qualité de l’enseignement dans un établissement par rapport à d’autres. Que M.L. compare les résultats au Baccalauréat du public et du privé avant de stigmatiser un lycée qui, à la veille des attentats du 16 mai 2003, lorsque la fronde intégriste grondait dans les rues de Casablanca, était parfois attaqué à coups de pavés et d’insultes antisémites et racistes !! In fine, pour reprendre une expression chère aux journalistes de La Nouvelle Tribune, que vient faire la loi Stasi dans le contexte national marocain et dans le débat concernant le port de l’uniforme à l’école ? Cet article verse des citernes pleines dans les moulins des fondamentalistes "bâchés" dont l’un des dirigeants affirmait récemment qu’un lycéen de la Mission française ne pouvait être Marocain ! La loi Stasi s’inscrit dans la tradition de laïcité de la France entamée en 1905, il est donc tout à fait normal qu’elle soit appliquée au Lycée Lyautey et c’est corps et âme que je la défends car, comme le souligne de manière très paradoxale l’auteur de l’article, "l’uniforme, quel qui soit, est une insulte au libre-arbitre" ! Les lecteurs ne pourront que déplorer la série d’amalgames qu’a alignés M.L. de manière hâtive. Le terrain ne doit pas être laissé aux démagogues qui ont pris la fâcheuse, mais efficace, habitude d’utiliser des références étrangères pour pointer du doigt (et pas le meilleur) une minorité. La vraie minorité est constituée, et doit le rester, par les ignorants et les obscurantistes qui refusent de voir l’intérêt du pays et qui ne veulent pas développer le libre-arbitre et l’esprit critique des masses comme ont pu le faire les Lumières. Si l’habit ne fait pas le moine, la plume, quant à elle, devrait faire le journaliste ! Babar
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