“Comment expliquer cette réaction, d’une frange de la société marocaine, à l’égard de la communauté étrangère vivant sur son sol? Une situation incompréhensive quand on sait que ce pays est la première terre d’accueil de la région pour ne pas dire de l’Afrique tout entière. De par sa situation géographique, sa civilisation millénaire et sa culture séculaire, le Maroc a toujours su abriter les différentes communautés pour en faire une seule entité homogène où ne règnent que paix, respect, foi et convivialité. Aujourd’hui, force est de constater que ces vertus risquent de voler en éclat ( n’ayons pas peur des mots ! ) si une nouvelle vision et une politique sociale d’intégration ne sont pas mises en place pour contrer la tendance xénophobe pratiquée à l’encontre des résidents étrangers au Maroc.” Ce constat d’impuissance formulé par une sociologue, explique bien comment ce phénomène s’implante petit à petit dans un pays réputé pour son hospitalité légendaire. S’il est vrai que nous ne sommes pas encore à l’état “ Lepeniste ”, le quotidien de cette communauté reste tout même marqué par ces échanges verbaux et mesquins de la part de gens aigris. Des personnes en quête d’une nouvelle prospérité sur le dos des étrangers, loin des bâtisses des représentations diplomatiques. Des propos parfois qui peuvent vous gâcher toute une journée ou toute une nuit, à force de les remâcher. A Casablanca, comme à Rabat, et certainement dans d’autres villes du Royaume, des scènes xénophobes sont monnaie courante. Comme ce fut le cas d’un célèbre café du boulevard Zerktouni à Casablanca. L’affaire a pris une telle tournure que c’est le tribunal qui en a été saisi. Tout a commencé par une simple altercation à propos d’un portable qui “aurait été subtilisé par le serveur." De fil en aiguille, hormis des grossièretés qu’on ne pourrait évoquer ici, ce sont les origines du propriétaire étranger et celles de ses proches collaborateurs qui sont prises à partie. “ Rentrez chez vous ”, a osé lancer un antagoniste à l’adresse de ces étrangers gérants de ce café, devant des clients ahuris.
Ignorance
Pourtant, celui qui vocifère ces attaques n’est pas une personne “quelconque” puisqu’il appartient à une profession appelée à cultiver la paix, l’entente entre les différentes communautés vivant ici ou ailleurs. Une profession noble qui prône la liberté, l’initiative privée, la concurrence loyale et le libre exercice du travail. Comment peut-on ignorer un tel cas quand des élites bafouillent cette image de tolérance que le Maroc cultive depuis des siècles ? Après cette scène, somme toute particulière, nous avons fait un tour du côté de quelques autres établissements cafés coin pour voir si nous sommes en face d’un cas isolé ou d’un phénomène qui commence son bonhomme de chemin. Le constat est le même sauf que dans ces lieux, l’intensité et la virulence des propos n’ont pas le même degré. Mais cette hydre est là et commence à se faire une place. Les provocations et les moqueries ne sont pas rares . Nous avons épargné au lecteur des détails pour ne pas l’éloigner de la question qui doit l’interpeller: Comment vaincre ce racisme qu’il soit naissant, installé ou éphémère. Un autre cas est évocateur. Dans l’enceinte d’une Fondation de renom à Rabat, non loin de la Cité Internationale, une autre scène a bouleversé plus d’une personne. Sous cette pluie du samedi 9 octobre, il était autour de 16h 30. Deux étrangers au portail de cette Fondation. Après les formules d’usage du genre contrôle d’identité, qui voulez-vous voir..., tout est rentré dans l’ordre et on leur a permis l’accès . Lors d’ un deuxième contrôle, le préposé a pris, encore une fois, leurs coordonnées avant de leur dire de revenir plus tard, car les personnes demandées étaient en ville pour des achats. Et soudain, un responsable a surgi pour sommer les deux étrangers de vider les lieux. “On n’a pas le droit de recevoir de la visite. Ici ce n'est pas comme chez vous”. Le tout accompagné de propos vulgaires qu’on ne peut évoquer ici. Le simple tort de ces personnes a été de vouloir rendre visite à des officiels de leur pays, venus dans le cadre d’une coopération bilatérale entre des Institutions des deux États. Blessés dans leur amour propre, ils n’ont pas tardé à réagir. Notre mastodonte de la Fondation ou celui qui se prend pour le maître des lieux alors qu’il est tout juste chargé d’assister les hôtes de la Fondation dans leurs différentes courses, s’est rabattu sur les agents de sécurité: "Je vais vous licencier dès demain. Ces gens vont savoir à qui ils ont affaire. Ils n’ont qu’à rentrer dans leur pays au lieu de venir faire la pagaille chez nous." Pris de panique, les vigiles ne savaient plus à quel saint se vouer. Naturellement, tout ceci montre l’état d’esprit ou le mépris dont certains zélés font montre à l’égard des étrangers surtout s’ils sont africains noirs. Pire, ne vous hasardez pas dans certaines ruelles en bonne compagnie. Parlant de mépris, rien qu’à voir dans les quartiers populaires comment ces enfants en haillon, ces clochards, ces ados des lycées vous lancent à la figure des insanités - au su et au vu de leurs parents - on peut bien se demander ce qu’ils nous réservent pour les années à venir. Certes, cela sonne faux de dire que le Maroc est un pays raciste, encore moins le Marocain, mais certaines pratiques prouvent bien que nous sommes en face d’un phénomène d’un genre nouveau. Nous en avons parlé à certains nationaux, qui ont unanimement condamné ces comportements. “Il ne faut pas mettre tout le monde dans le même sac. Il est vrai que certains d’entre nous ne supportent plus la présence des étrangers qui raflent nos jobs. Mais je crois qu’il s’agit de cas isolés qui ne peuvent ternir la bonne image du Maroc” a souligné, en substance, un futur cadre. Comment la communauté étrangère au Maroc vit cette situation, ce sera le sujet d’une prochaine enquête.
M.S.