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La cohésion sociale ou la pérennité de la croissance Libre tribune

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Conformément à sa doctrine économique et sociale, explicitement formulée dans son Manifeste de l’égalitarisme, le Parti de l’Istiqlal place la promotion de l’Homme au centre de tout développement économique et social. Aussi, la politique économique et sociale qu’il préconise vise-t-elle à réaliser, dans l’équité, une croissance forte et durable, ce qui implique le développement des richesses créées, la réduction des inégalités sociales et la réalisation d’un développement territorial équilibré, accordant une place privilégiée au monde rural.

Or , par-delà les discours des pouvoirs publics sur l’égalité et la redistribution des revenus, l’économie nationale reste en réalité génératrice d’inégalités et d’exclusion. En effet, les résultats de l’enquête nationale sur les niveaux de vie, menée en 1998/99 ont révélé que  près d’un Marocain sur cinq vit en dessous du seuil de pauvreté absolue et que 43,5% de la population est vulnérable à la pauvreté. De plus, les 20% les plus aisés de la population détiennent à eux seuls 55,4% de la masse globale des revenus des ménages contre seulement 4,1% pour les 20% les plus pauvres.

Pour apporter des solutions à cette situation et relever le défi du développement économique et social, le Parti de l’Istiqlal considère comme nécessaires le renforcement de la cohésion sociale et la mise en place de mécanismes permettant à l’ensemble des citoyens de profiter, de manière équitable, des fruits du développement.

Pour ce faire, il préconise une stratégie sociale intégrée, qui repose sur 4 piliers : l’élargissement de la base de l’emploi, la valorisation du capital humain, l’amélioration du niveau de vie des citoyens et la lutte contre l’exclusion et la pauvreté.

L’élargissement de la base de l’emploi

Renforcer la cohésion sociale implique en premier lieu de résoudre la question du chômage. Or, dans la mesure où l’accélération de la croissance constitue une condition nécessaire mais non suffisante de la création massive d’emplois,  le Parti de l’Istiqlal préconise la mise en œuvre d’une   politique proactive de l’emploi qui permettra de rompre le cercle vicieux dans lequel se trouve piégé le pays ( ralentissement de la croissance – augmentation du chômage et de l’exclusion- aggravation de la pauvreté- baisse de la demande intérieure- ralentissement de la croissance). Cette politique en faveur de la création et du maintien d’emplois privilégie trois axes d’intervention: l’organisation et la gestion du marché du travail (réforme du code du travail, loi organique sur le droit de grève,  loi sur l’intermédiation et temps partiel), le soutien des Petites et Moyennes Entreprises, gisement principal d’emplois nouveaux ( mise en adéquation des lois avec le degré d’organisation  de la PME, loi sur le capital-risque et baisse progressive de l’IS à 25% pour cette catégorie d’entreprises), et finalement le développement de la formation et notamment professionnelle. 

 

La valorisation du capital humain

La promotion de la cohésion sociale requiert par ailleurs des interventions dans le domaine de l’éducation, laquelle conditionne le développement à venir des populations concernées. Or, de nouvelles formes d’inégalités sociales surgissent avec l’avènement de la Société de l’Information et du Savoir, du fait du caractère immatériel et relationnel des activités humaines qu’elle engendre.

C’est pourquoi, la mise en place d’un système éducatif performant est au centre des préoccupations du Parti de l’Istiqlal.  A ce titre, les priorités arrêtées par son programme sont la poursuite de l’exécution de la charte nationale de l’éducation et de la formation, l’accélération de la cadence du programme d’alphabétisation à 500. 000 bénéficiaires par an, le développement de la  formation continue et alternée, la mise en œuvre d’un programme d’urgence de recyclage des diplômés chômeurs et l’instauration de droits individuels à la formation continue.

 

L’amélioration du niveau de vie des citoyens

Améliorer le niveau de vie des citoyens constitue la finalité de tout développement. Pour atteindre cet objectif, le Parti de l’Istiqlal propose une politique qui repose sur le triptyque constitué de l’amélioration du revenu disponible, la réduction du coût de la vie et un meilleur accès aux services sociaux de base.

Pour  augmenter le revenu disponible, notre parti propose de réduire la pression fiscale sur les individus à travers notamment l’introduction d’un nouveau taux de l’IGR fixé à 40% pour la tranche de revenu situé entre 60 et 120 mille dhs ( coût inférieur à 500 millions de dirhams) et le relèvement du seuil d’exonération de cet impôt de façon à ce que les salariés qui perçoivent le salaire minimum soient totalement exonérés. Il préconise également la mise en place de plans d’épargne salariale basés sur la participation et l’intéressement, en vue de procurer aux salariés un revenu différé dans le temps, et la généralisation des régimes de retraite tout en garantissant leur pérennité et leur viabilité.

Quant à la réduction du coût de la vie, celle-ci passe par la mise en œuvre d’une politique monétaire prudente permettant de maîtriser le niveau de l’inflation et de consolider la détente des taux d’intérêt, par la réforme de la  TVA, et par la limitation du nombre d’intermédiaires dans les circuits de distribution et de commercialisation des produits notamment agricoles dont l’importance se répercute négativement sur la marge bénéficiaire du producteur et sur le pouvoir d’achat du consommateur.

L’élargissement de l’accès aux services sociaux de base est également un vecteur de cohésion sociale. Dans ce but, le parti de l’Istiqlal propose d’offrir des conditions de logement décentes aux populations les plus fragiles ou défavorisées à travers notamment la réalisation du  programme national de lutte contre l’habitat insalubre et l’encouragement du privé à construire des logements dont la valeur varie entre 80 et 120 mille dirhams à travers l’octroi de terrains et d’avantages fiscaux, l’octroi d’aides frontales et la mise en place d’un fonds de garantie pour les ménages défavorisés afin de leur permettre l’accès à ces logements sociaux.

Favoriser l’accès de tous à des services de santé fiables participe également à l’édification d’une plus grande cohésion sociale. Le droit à la santé sera garanti par  l’établissement d’une carte sanitaire à même de tenir compte des spécificités et besoins locaux, l’application d’une nouvelle politique dans le domaine des médicaments à travers l’encouragement des médicaments génériques et la réduction, voire l’exonération des droits de douane et taxes, des médicaments et molécules importés destinés au traitement des maladies chroniques comme le  diabète, l’asthme, les maladies cardio-vasculaires, l’insuffisance rénale et le cancer.

L’élargissement de la protection sociale et l’accélération des textes d’application de l’Assurance Maladie Obligatoire et du Régime d’Assistance Médicale pour la prise en charge des soins des plus démunis viendront compléter cet ensemble d’actions pour garantir l’accès de tous aux soins.

 

La lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale

A côté des efforts fournis par la Fondation Mohamed V, Le Parti de l’Istiqlal considère qu’il est nécessaire de mettre en place un plan de lutte contre la pauvreté et l’exclusion. Celui-ci devrait comporter plusieurs actions portant sur l’amélioration de l’action institutionnelle de l’État, sur la mobilisation de moyens financiers pour le développement des programmes de lutte contre la pauvreté, sur la mise à niveau du monde rural et finalement sur la mobilisation du réseau associatif pour lutter contre l’exclusion.

Sur le plan institutionnel il conviendrait, en plus de leur restructuration, de faire converger l’action des organismes publics à vocation sociale à savoir l’Entraide Nationale, la Promotion Nationale et l’Agence de développement social, afin qu’ils réalisent des programmes communs et intégrés et des actions mieux ciblées et plus efficaces.

Sur le plan du financement, nous considérons qu’étant donné le caractère insuffisant des moyens disponibles pour enrayer la pauvreté, il faudrait mieux mobiliser les aides des institutions internationales  et les aides directes des États partenaires et mettre en place un système de Zakat volontaire.

La pauvreté étant un phénomène essentiellement rural (2/3 de la population pauvre vit en milieu rural), le Parti de l’Istiqlal considère qu’il est nécessaire de mettre en place une stratégie intégrée de développement rural visant à accroître les prestations de service de base dans les zones rurales mal desservies et à améliorer de manière soutenue et durable les revenus des ruraux et la productivité agricole.

 Cette politique vise à accélérer la réalisation, en milieu rural, des infrastructures de base en eau, électricité, routes,  dispensaires, écoles, et ce dans le cadre d’une approche intégrée. Elle consiste également à pérenniser les programmes de lutte contre les effets de la sécheresse de manière à alléger ses retombées sur la population rurale et à assurer, à travers le financement de travaux d’utilité collective (barrages , pistes rurales, puits…), des sources de revenus autres que l’agriculture et à créer des  pôles locaux de développement rural intégré à travers la promotion de nouvelles activités adaptées aux spécificités locales telles que l’élevage, l’aviculture, l’artisanat, la pêche côtière et le tourisme rural.

Enfin, dans le domaine de la lutte contre l’exclusion, il convient de  promouvoir l’insertion/réinsertion des groupes défavorisés et exclus ou marginalisés sur le marché du travail en luttant contre l’analphabétisme, en intensifiant les initiatives créatrices d’emploi dans l’économie sociale impliquant au maximum les autorités locales, les partenaires sociaux et la société civile.

A ce titre, il serait judicieux de mettre en place un nouveau statut juridique, celui de‘’l’utilité sociale’’ qui permettrait aux ONG spécialisées de mobiliser plus facilement les ressources financières et humaines nationales et internationales  pour lutter contre la pauvreté,  la mendicité et l’exclusion.  Il s’agira également de mobiliser le réseau associatif en vue de renforcer les politiques d’égalité des chances et de traitement des groupes défavorisés sur le marché du travail, notamment en s’attaquant à la discrimination entre les femmes et les hommes et envers les personnes handicapées.

En conclusion, le développement étant le fruit d’un effort collectif, il est nécessaire que toute la Société y participe. Cela ne peut se faire qu’à travers la mobilisation de toutes les énergies dans un climat de solidarité et d’équité dans la répartition des fruits de la croissance. C’est pourquoi le parti de l’Istiqlal considère que seule la consolidation de la cohésion sociale est à même de soutenir et de pérenniser la croissance et de permettre le passage d’une société de disparités à une société plus homogène où reculent structurellement la pauvreté, l’analphabétisme et les exclusions.

Nizar Baraka
et Adnane Benchakroune (*)

 

(*)membres de la commission économique du Parti de l’Istiqlal



 

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