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Parti pris Chronique

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1 - Monseigneur Ramadan

Ramadan est à nos portes. Déjà, les annonceurs affûtent les slogans de leurs prochaines campagnes. Déjà, les ménagères font leurs provisions gargantuesques. Déjà, les mauvais garçons préparent leur ultime nuit de libations, la fameuse Chaâbana. Déjà, les croyants sincèrement pratiquants se délectent de l’avant-goût de sainteté qui flotte dans l’air on dirait… Et pour tous, déjà, le rappel impérieux à l’ordre de l’Islam en son commandement fait aux croyants de jeûner durant le mois de Ramadan, à charge pour les autres de vivre leur vie sans trop se faire remarquer, quitte à faire des provisions tant qu’il est temps…
Il y aura aussi, Dieu merci, ceux qui en profiteront pour arrêter de fumer, ceux qui se remettront à lire, ceux qui reprendront contact avec les parents et la famille, ceux qui feront serment de cesser de boire après, tous ceux qui feront un effort particulier sur eux-mêmes, sans oublier la télévision qui fera de son mieux à cette occasion dans l’humour et la distraction, comme le veut la tradition de ce mois sacré.
Il y aura surtout la douceur particulière des soirées de Ramadan, à l’heure ou le corps, repu et détendu, laisse s’envoler l’esprit. Ce sera alors, pour les plus méritants, la grâce suprême de ce mois de contrition, cet état si particulier qui fait planer loin quelque part, entre béatitude et sérénité.
Loin, très loin des tristes réalités que nous vaut généralement le mois de Ramadan, plus sucré que sacré, c’est le moins que l’on puisse dire : entre apathie le jour, hargne dans l’après-midi, goinfrerie généralisée au couchant et défoulements en tous genres une fois la soupe digérée… C’est à se demander ce dont nous pourrons bien être crédités, au titre de notre piété collective, une fois écoulé ce mois pourtant voué aux délices de l’ascèse et de la méditation…
En ces temps menaçants d’Islam fanatisé et de valeurs morales chancelantes, ceci expliquant sans doute cela, on profitera donc de cette parenthèse riche en stimulations d’ordre spirituel pour nous remettre en question. Notamment en matière d’alimentation, sachant que l’homme marocain a trop tendance à ne vivre que de pain…
En attendant, honneur et gloire à Monseigneur Ramadan !

2 - Poêles neuves !
Ah, les délicieux petits plats de Ramadan ! Et quoi de meilleur pour accompagner le verre de thé d’après la soupe, qu’une ou deux beghrirate onctueuses, fondantes de beurre et de miel subtilement caramélisées dans la chaleur d’une bonne vieille poêle de grand-mère !
Heureusement aujourd’ hui, il y a les poêles Tefal qui nous aident à égaler le coup de main “ incollable ” de nos grands-mères. Et depuis que les Chinois s’en mêlent, il faut vraiment être fan de cuisine à la vapeur pour ne pas craquer devant l’une des dizaines de marques de poêles, faitouts, marmites revêtus de teflon, le matériau de base des poêles dites tefal.

 Le premier polymère fluoré, le polytétrafluoroéthylène, appelé Teflon, fut découvert le 6 avril 1938 au sein des laboratoires du Pont de Nemours, dans le New Jersey. Ce nouveau matériau, une résine fluorée, c’est-à-dire du fluor mélangé à du plastique, présentait une résistance à pratiquement tous les produits chimiques ou solvants connus et sa surface était tellement glissante que presque aucune substance ne pouvait y adhérer. Il ne gonflait pas sous l'effet de l'humidité, ne se dégradait pas et ne se fragilisait pas après une exposition prolongée à la lumière du soleil et son point de fusion était de 327°, ce qui laissait suffisamment de marge pour que l’on puisse, en toute sécurité, se faire cuire dessus un ou deux œufs…
Quant à la poêle Tefal, précisons tout de suite que cet objet a vu le jour de façon tout à fait fortuite. C’est en voulant perfectionner ses cannes à pêche qu’en 1954, un certain Marc Grégoire, ingénieur de formation, a trouvé les procédés qui permettront l’incrustation du Téflon sur le métal. Ses brevets, appliqués aux ustensiles de cuisine, l’amenèrent à fonder, en 1956, la société Téfal dont est issue la fameuse poêle. Quelque 150 brevets protègent aujourd’hui la marque. Concrètement cela signifie que si chez votre revendeur habituel, on vous propose une poêle “ tefal ” à un prix défiant tout concurrence, surtout celle de Tefal, il y a de fortes chances pour que l’objet soit le fruit d’un quelconque piratage, remettant en question l’intégrité même du revêtement dont l’on prétend vous garantir la qualité.
Tout ça pour dire qu’il n’est pas prouvé absolument que le revêtement Téfal soit cancérigène, ni même que son ingestion à fortes doses puisse être nocive. D’autant que peu après sa découverte, le polytétrafluoroéthylène servit à la fabrication de la première bombe atomique car il était la seule matière plastique capable de résister à l'extrême corrosivité de l'hexafluorure d'uranium. C’est rassurant, non ?
Cela dit, évitez tout de même de racler vos poêles Tefal ou pure imitation à l’aide d’instruments coupants, pointus ou tranchants, n’utilisez que des spatules en bois et même ainsi, faites très attention.
Bien entendu, s’il vous prenez l’envie d’aller manger au restaurant, passez à tout hasard le nez par la porte des cuisines et demandez, pour voir : “ Poêles neuves, s’il vous plaît !” ça s’appelle de la résistance civique ou de la vigilance consumériste et c’est excellent pour la santé.

3 - Jeux d’esprit et enjeux d’argent

Comment se préparer à Ramadan sans évoquer les passionnantes soirées de cartes en famille ou entre amis, de cartes ou de Monopoly, l’essentiel étant de se délasser. L’auteur de ces lignes, qui fréquente assidument un club d’échecs fort pittoresque de la rue Driss Lahrizi, déplore toutefois que l’esprit de lucre, ce sens pathologique du gain recherché avec avidité par n’importe quel moyen, s’étende à la sphère du jeu d’échecs, ce jeu dont l’origine même nous rappelle la vanité foncière de toute convoitise matérielle.
Que l’on joue aux cartes pour de l’argent, même pendant Ramadan, c’est péché véniel au fond. Mais que les clubs d’échecs se transforment en tripots, là c’est trop !
Reste à faire entendre raison aux indignes pousseurs de bois… Merci, la Fédération !

Amine Fawzi



 

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