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Ode à la philanthropie (la vraie!)

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Les samaritains ne meurent jamais ! Même quand ils passent de vie à trépas, cliniquement parlant, ils restent vivants dans la mémoire de ceux qu’ils ont secourus. Comme les écrivains, ils jouissent de l’immortalité. Un Théophile Gautier ou un Omar Khayam, pour ne citer que ces deux génies, jamais ne clamseront ! Leurs œuvres, vivaces, inaltérables, traversent les âges. De la même façon, les œuvres caritatives d’une personne lui valent une reconnaissance pérenne.  
C’est ce que je constatais, dimanche dernier, tandis que je me trouvais, en compagnie d’un proche parent, dans un petit taxi, et que nous arpentions l’avenue de l’Hermitage (à Casa). "C’est là qu’habitait Haj Mohammed Sekkat, qu’Allah le bénisse", m’apprit-il en m’indiquant une villa coquette.
J’ai saisi, à ce moment–là, la dimension immortelle d’un gars qui a toujours fait le bien autour de lui. En effet, réagissant aux propos avancés par mon interlocuteur, le chauffeur de taxi déclencha une ode, passionnée et fort longue, interminable, à la bonté dudit philanthrope : "Des milliers de personnes lui sont redevables, et j’en suis […] Il était généreux, désintéressé, et discret […] Ils m’amusent, moi, les bienfaiteurs du troisième millénaire, ces gros bourgeois qui ne font preuve d’altruisme qu’en présence de caméras et de journalistes…"
Est-ce à dire que, malgré tout l’argent qu’ils consentent aux défavorisés, les membres distingués de notre société civile ne sont pas en mesure de briguer l’immortalité ? Evidemment, les personnes que l’assistance des ONG sort de la panade doivent parler de leurs bienfaiteurs en des termes aussi élogieux que ceux formulés par le chauffeur de taxi à l’endroit de feu Haj Mohammed Sekkat. Cependant, quand les œuvres caritatives de telle personne ou de telle association sont décortiquées dans la presse, on peut se dire qu’à l’inverse d’un Sekkat, les néo-samaritains instrumentalisent la bonté, la charité, et font de ces vertus de vulgaires outils de promotion personnelle.
Pour reprendre le parallèle dressé plus haut entre bienfaiteurs et écrivains, un gars comme Sekkat s’apparenterait à Hugo, Balzac, Racine ou Beaumarchais, alors que les bienfaiteurs d’aujourd’hui font davantage penser à des écrivains contemporains comme Nicolas Rey ou Frédéric Beigbeder, des gars qui n’ont pas le talent de leurs prédécesseurs, mais qui s’en accommodent plutôt bien, tant qu’ils passent fréquemment à la télé…   

M.L.



 

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