Le citoyen lambda sait que le diabète signifie un excès de sucre dans le sang. Résultat, le pancréas fonctionne mal et l’insuline qu’il produit devient insuffisante en qualité et en quantité. Les sujets diabétiques, eux, ne sont pas sans savoir que c’est une maladie chronique et de ce fait, elle nécessite un suivi permanent. Cependant, la majorité des diabétiques ne mesurent pas, tant la maladie est indolore et donc pratiquement latente, notamment pour le diabète de type 2, la gravité des complications que peut entraîner un diabète mal équilibré. Les spécialistes n’hésitent pas à le qualifier de monstre ravageur qui grille tous les organes vitaux du corps humain. Le diabète est la première cause de cécité et d’ amputation des membres inférieurs, c’est également une cause majeure des accidents cardio-vasculaires et 50 % des dyalisés sont diabétiques. Toutefois, il faut préciser qu’un diabète équilibré permet d’éviter toutes ces complications. Pour ce faire, les spécialistes recommandent un contrôle régulier de la glycémie dans le sang, un suivi médical permanent et une hygiène de vie saine (activité physique et régime alimentaire).
C’est dans cette optique que les laboratoires Aventis en collaboration avec la SMEDIAN lancent une campagne nationale de sensibilisation. Cette campagne qui démarre à quelques semaines de celle lancée en France, vise à attirer l’attention sur les problèmes que peut engendrer un diabète non traité ou mal traité, l’importance de la prévention et les modes de prévention en vue de réduire le risque d’accidents dus à cette maladie. Cette opération qui va durer deux mois (septembre et octobre) a pour principal support la presse écrite. Ce qui est insuffisant pour une telle action. C’est une campagne qui cible le grand public et ce n’est certainement pas à travers la presse écrite uniquement que la cible sera atteinte. Par ailleurs, les concepteurs de cette campagne ont mis à la disposition des malades et de leurs familles un serveur vocal “Allo Diabète” (037 779077) pour obtenir tous les renseignements sur l’intérêt du suivi de l’hémoglobine glyquée chez le diabétique ainsi que les moyens d’équilibrer leur diabète. Par ailleurs, un mailing a été envoyé aux médecins généralistes et endocrinologues, en vue de sensibiliser leur patients sur l’importance de l’HbA1c, une brochure comportant diverses informations générales sur le diabète, ses complications et ses modes de traitement.
HbA1c,
indicateur des complications
Alors qu’est-ce que l’hémoglobine glyquée? Pour le Pr. Rkiouak, président de la SMEDIAN, lorsqu’on est diabétique, le dosage du sucre n’est pas le meilleur examen pour vérifier que tout va bien. Il faut également mesurer le taux d’hémoglobine glyquée dans les globules rouges. Une protéine du sang qui permet de fixer le sucre. (HbA1c). Beaucoup plus fiable, cette l’hémoglobine glyquée permet d’avoir la glycémie moyenne des trois derniers mois. Son taux doit être inférieur à 7%, autrement, le patient est exposé aux complications.
En effet, les spécialistes s’accordent à dire que l’intérêt de mesurer l’hémoglobine glyquée est indéniable. Cela permet de mieux contrôler son diabète, à travers un meilleur équilibre sur le long terme. Les résultats montrent une diminution de 60 % des rétinopathies (maladies des yeux) et des néphropathies (maladie des reins), si l’on baisse de deux points le taux d’HbA1c. Pour la moitié des diabétiques de type 2, cela signifie un gain de plusieurs années avant de passer à l’insuline.
En effet, aujourd’hui, il est possible de mesurer son diabète grâce à une simple prise de sang, pour rechercher, voire doser, le taux HbA1c dans le sang. Ce taux informe minutieusement sur le niveau moyen du glucose dans le sang, minute après minute, jour après jour , pendant une durée de trois mois. Alors que le test de glycémie à jeun renseigne sur le taux du sucre dans le sang à l’instant du test et ne permet donc pas d’avoir une idée précise sur l’évolution du diabète et par conséquent son équilibre n’est pas garanti. “Le taux HbA1c véritable témoin de la glycémie moyenne sur trois mois a montré une étroite relation avec le taux de survenue des complications, pour les prévenir, la valeur de HbA1c doit être inférieure à 7%”, explique Pr. Rkiouak.
Si le taux de (HbA1c) est supérieur à 7%, le traitement du diabète doit être revu en vue d’un équilibre optimal.
Aussi, la campagne suscitée a pour objectif d’inciter les diabétiques à effectuer un contrôle régulier une fois par trimestre, afin de piéger leur diabète, leur évitant ainsi de fâcheuses complications. “En retenant le chiffre 7, patients et médecins partagent désormais un même objectif”, conclut le Pr. Rkiouak.
Le débat est ailleurs
Mais est-ce vraiment suffisant de mesurer le taux du sucre dans le sang, pour éviter le pire à un diabétique. Assurément non. Cette campagne est certes une excellente initiative pour sensibiliser les patients sur les éventuelles complications, en optant pour un mode de vie sain et un suivi régulier de leur traitement, mais c’est justement à ce niveau là que le bât blesse. Une fois dépistés, beaucoup de diabétiques ont du mal à suivre leur traitement. Les raisons sont multiples. Outre les outils de mesure, la médication est onéreuse, alors que leur revenu, si revenu il y a, est modique. Point de travail, point d’assurance maladie et donc point de ressources pour se soigner. Les spécialistes savent tous cette réalité. Même si certains préfèrent se voiler la face. Comme ce fut le cas du médecin représentant le Ministère de la Santé qui affirmé sans la moindre hésitation que tous les diabétiques du Maroc sont correctement soignés grâce au programme du ministère de la Santé lancé depuis cinq ans et qui permet de doter d’assurer la médication à tous les patients qui sont dans le besoin. Fait que ces derniers réfutent, et que nous avons nous-mêmes constaté lors d’une enquête réalisée par La Nouvelle Tribune en juin dernier, à l’occasion du passage à l’insuline 100 et publiée dans notre édition n° 409. Un passage qui ne fut pas sans dégâts sur les patients. Ces derniers déclarent être fournis une fois sur cinq et souvent en fonction du produit disponible chez l’unité communale. Ce qui n’est pas sans conséquence sur l’équilibre de leur diabète, qui est souvent perturbé par des interruptions du traitement, dues aux ruptures de stocks dans les services en question. D’où un SOS lancé par un certain nombre d’endocrinologues au ministère de la Santé, pour subventionner les traitements du diabète, en particulier. Un appel qui n’a pas trouvé d’écho, jusqu’à présent, chez les responsables concernés.
Leïla Ouazry